_Isidore LISEUX, 5, Rue Scribe_
_1875_
Ce petit ouvrage ne se trouve pas dans les collections des Oeuvres de
La Mothe Le Vayer, notamment dans celle de 1669 (15 vol. in-12); il ne
fut publié que l'année suivante[1], en même temps que l'_Hexaméron
rustique_, également exclu de ces collections. L'auteur avait alors 82
ans.
C'était un sage à la manière antique, et nous ne pouvions mieux choisir
que ces pages pour donner une idée de sa philosophie. Elles montrent
comment le scepticisme absolu en toutes matières, religions, morale,
esthétique, histoire, se concilie aisément avec la soumission aux
mystères du Christianisme. Il n'y a, pour cela, qu'à être de son temps
et de son pays. On a un salon rempli d'idoles en or, en marbre, en
plâtre: au milieu, ce «grand Dieu pendu» dont parle Bossuet. Livré aux
seules lumières de la science, on hésite: l'embarras est grand, le choix
difficile; mais, encore une fois, on est de son époque, et l'on se fait
pardonner ses doutes en déclarant, avec Saint Paul, qu'on ne sait rien,
«sinon Jésus-Christ crucifié»[2].
Ainsi l'on vit, tranquille et honoré, l'espace de quatre-vingt-quatre
ans; ainsi l'on est précepteur de Louis XIV, et, plus heureux que
certain philosophe de nos jours, on a pour collègues à l'Académie
Française des évêques, Bossuet lui-même, qui ne s'offensent pas de
collaborer avec vous à un dictionnaire, parce que vous avez l'audace de
penser et d'écrire librement.