Parmi les autres lettres de la correspondance de Voltaire avec
d’Alembert, dont je possède les autographes, je remarque ces mots
écrits ainsi:
Lettre du 13 novembre.--Aux Delices, où nous voudrions bien vous
voir: entousiasme, répété _trois fois_, enciclopedie.
Lettre du 29 novembre 1756.--Je m’aperçois, apartenant, enciclopedie.
Lettre du 4 février.--Enciclopedie, philosofe, _deux fois_,
cristianisme.
Lettre du 29 février.--Enciclopedie.
Lettre du 22 décembre.--Philosofe, etimologie, biblioteque.
Lettre du 27, aux Delices.--Dictionaire, teologie, metaphisique.
Lettre du 8 juillet.--Philosofe, estomac, teologien.
Lettre du 23 juillet.--Philosofe, _deux fois_.
Lettre du 2 décembre.--Philosofe, _quatre fois_, citoien, filosofe,
enciclopedie.
Lettre du 6 décembre.--Apuyé, vangé, tirannie, philosofe, _deux fois_.
Lettre du 29 décembre.--Philosofe, téologien, catécumène,
historiografe.
Lettre du 3 janvier.--Piramide, metafisique.
Lettre du 9 janvier.--Biblioteque, teologien, cretien.
Lettre du 8 juillet.--Philosofe, estomac, teologien.
Lettre du 23 juillet.--Philosofe, _deux fois_, citoien, filosofe,
teologien, enciclopedie, bayonete.
Lettre du 29 décembre.--Philosofe, teologien, catechumène,
historiographe.
Lettre du 3 janvier.--Piramides, metaphisicien, teologien, cretien,
biblioteque.
Lettre du 21 octobre 1771.--Avantures[242].
[242] On voit par cet exemple que le mot _avanture_, ainsi écrit
et imprimé dans les œuvres de Corneille, de Fénelon, de la
Bruyère, de Racine et autres, était encore ainsi écrit avec _a_
au temps de Voltaire; et en effet, si l’on voulait se conformer
à l’étymologie on devrait aussi écrire _aventage_ qui dérive
également d’_advenire_.
Je n’ai cru devoir citer ici que l’orthographe personnelle d’un petit
nombre de nos auteurs classiques les plus éminents; mais j’ai pu
m’assurer que l’écriture de la majorité des écrivains distingués du
dix-septième et du dix-huitième siècle est non moins _hétérodoxe_ au
point de vue académique.
Si nous ne possédons aucun autographe de Molière pour nous édifier en
ce qui le concerne, on peut croire qu’il partageait le sentiment si
spirituellement exprimé par Henriette dans les _Femmes savantes_.
On voit, en effet, par la correspondance de Mme de Sévigné que les
femmes les plus spirituelles et les plus élégantes de cette époque ne
se piquaient nullement de purisme orthographique. Leur négligence, sous
ce rapport, semblait une grâce de plus.