LES DICTIONNAIRES FRANÇAIS ANTÉRIEURS A CELUI DE L’ACADÉMIE DE 1694.

Depuis l’origine de l’Académie on ne cesse de parler de l’usage en

fait d’orthographe, et d’invoquer son autorité devant laquelle tout

s’incline. Mais quel est-il, cet usage? à quelle époque doit-on le

faire remonter? à quel instant le reconnaître et le sanctionner?

L’usage, pris à un moment donné, est-il identique d’un siècle à

l’autre? L’usage de Vaugelas est-il le même que celui de Robert

Estienne, et celui de Robert est-il le même que celui de Clément Marot

et, si l’on veut remonter plus haut, d’Alain Chartier ou de Christine

de Pisan? Enfin l’usage de d’Olivet est-il celui de Regnier des Marais,

et l’Académie en 1835 s’est-elle conformée à l’usage de 1740?

Non sans doute. Ce n’est pas à tel moment précis que l’usage doit

être recherché, mais dans l’ensemble du développement de la langue,

en suivant autant que possible un même mot depuis le moment où la

lexicographie en a consacré l’emploi. C’est dans les glossaires, les

dictionnaires surtout, que l’on doit en recueillir les formes, car

si le copiste, l’écrivain lui-même, se livre dans son manuscrit à

son caprice ou à sa manière habituelle d’écrire, il n’en est pas de

même du rédacteur ou de l’éditeur d’un lexique, qui doit enregistrer

l’usage le plus généralement adopté et le plus autorisé par les érudits

contemporains.

Mais un obstacle se rencontrait tout d’abord dans l’exécution de cette

recherche: les lexiques français anciens sont aujourd’hui tellement

rares qu’il serait bien difficile d’en former la série complète depuis

leur naissance jusqu’à la fin du XVIIe siècle.

L’ouvrage le plus ancien et le plus important pour l’histoire de

la langue française et les origines de son orthographe, est le

Dictionnaire latin-français, encore inédit, commencé en 1420 et terminé

en 1440 par Firmin LE VER (Firminus VERRIS), prieur des Chartreux

de Saint-Honoré lez Abbeville, et écrit tout entier de sa main. Ce

manuscrit, inconnu à Du Cange et qui lui eût été si utile, est un

in-folio sur vélin, de 942 pages à deux colonnes et de 86 lignes à la

page, contenant environ 30,000 mots latins en usage au commencement du

XVe siècle, avec leurs correspondants français, leur synonymie, leur

interprétation soit en latin, soit en français.

Ce grand travail, auquel toute la communauté de Saint-Honoré a dû

collaborer avec son prieur, commence ainsi:

«Incipit Dictionarius a Catholicon et Hugutione atque a Papia et

Britone extractus atque a pluribus aliis libris gramaticalibus

compilatus et hoc secundum ordinem alphabeti.»

A la fin avant la grammaire: «Explicit liber iste qui proprie

nomininari debet dictionarius, quia omnes dictiones, seu

significationes, quas in Catholicon et Vgutione, atque in Papia, et

Britone, et eciam in pluribus aliis libris gramaticalibus repperire

potui ego, Firminus Verris, de villa Abbatisuille, in Pontiuo,

Ambianensis diocesis oriundus, religiosus professus ac huius domus

Beati Honorati prope dictam villam Abbatisuille, Cartusiensis

ordinis, prior indignus, _per viginti annorum curricula et amplius_,

cum maxima pena et labore insimul congregaui, compilaui et conscripsi.

«Vnde infinitas Deo patri jam refero gratias qui per coëternum filium

suum, in spiritus sancti gratia, nostrum librum sic compilatum cum

maximo labore et pena ad finem tamen usque compleuit.

«Qui dictus dictionarius anno dñi millesimo CCCCº quadragesimo (1440)

mensis aprilis die ultimo completus fuit et finitus.

«Pro quibus laboribus ego supradictus hujus operis compilator vos

obsecro omnes in visceribus caritatis quicumque in libro isto studere

volueritis ad Christi laudem et gloriam michi ex diuina gratia

rependatis.

«Quatinus pro salute anime mee Salutationem beate Marie semper

virginis dicere vos velitis. Quatinus vestris oracionibus et precibus

adjutus omniumque meorum percepta venia peccatorum una vobiscum ad

eterna valeam peruenire gaudia. Ubi jam reuelata facie illa vera

et coeterna perfruamur sapientia cum patre et spiritu sancto per

infinita secula. Amen. Amen.

«Cest liure est et appartient [aux chartreux pres dabbeuille[86]] en

pontieu de leuesquiet damiens. Qui lara le rende. Explicit.»

[86] Ce passage a été gratté dans le XVIe siècle.

Je n’insisterai pas sur l’intérêt que ce beau manuscrit, d’une écriture

soignée et très-lisible, présente pour l’histoire de notre langue,

dont il offre le tableau complet à une époque bien déterminée, et non

cette promiscuité des temps et des lieux inévitable dans les glossaires

actuels du vieux français. Il est facile, en le parcourant, d’apprécier

quel était l’état de l’idiome «gaulois» sous le règne de Charles VII,

pendant la période de l’invasion étrangère, si funeste aux études et

aux lettres. Le soin apporté par l’auteur au classement des mots, soin

que je n’ai pu constater dans aucun des glossaires manuscrits que j’ai

vus, la justesse des synonymies et des définitions, en font une œuvre

à part, un _corpus_ général de notre vieux langage en même temps que

du latin, à l’époque qui précède immédiatement celle où les érudits

de la Renaissance allaient, non plus seulement introduire dans le

français une couche nouvelle de mots de forme latine, mais le replonger

vivant dans le moule du latin littéraire de Cicéron et de Virgile,

en substituant un calque romain à la forme propre au vieux langage

français et conforme à ses procédés phoniques.

Sous plusieurs rapports le Dictionnaire latin-français de Le Ver

jette un nouveau jour sur l’état de l’écriture et de la prononciation

au commencement du XVe siècle. On y voit combien l’orthographe

des mots latins s’était déjà simplifiée et se rapprochait de la

simplicité de forme figurative de la prononciation. On y lit ainsi

écrite cette série de mots: _antitesis, antrax, antropofagi,

antropoformita, antropos_ sans _ph_; tous ces mots sont expliqués

en latin, le mot français pour le traduire ne faisant pas encore

partie de notre langue; mais on voit ainsi écrits et traduits les

mots: IDRA, _idre_; IDROPICIA, _idropisie_, IDROPICUS, _idropiques_;

IDROMANCIA, _devinemens par les eaux_; IPOTECA, _ipoteque_; IPOTECARIUS

ou APOTECARIUS, _apoticaire_; ANTECRISTUS, _antecrist_; TIRANNUS,

_tirans_; LIRA, _lire_; MISTERIUM, _mistere_; MARTIRIUM, _martire_, etc.

Ces explications des mots latins encore privés de correspondants

français sont quelquefois curieuses et instructives pour nous refléter

les idées de l’auteur et de son temps. Je lis aux mots _Theatrum,

Comedia, Tragedia_.

«THEATRUM. A theoro, ras, quod est videre: dicitur hoc

«THEATRUM, tri, pe(nultima) cor(ripitur). I. Spectaculum

ubicumque fiat. s(eu) locus in quo omnis populus aspiciat ludos.

scilicet locus in civitatibus ubi exercentur joca et ludi. Id.

Ubi decollabantur rei. Id. _Plache commune où on fait les jeux ou

quarrefour_[87].

[87] Je lis dans l’article si remarquable de M. Sainte-Beuve

sur Joach. du Bellay (p. 210 du _Journal des Savants_, avril

1867): «On doit rendre justice aux efforts de quelques poëtes de

la Pléiade pour instituer une comédie qui ne fût pas celle des

_carrefours_.»

«THEATRUM, atri, etiam dicitur Prostibulum. siue Lupanar quo post

ludos exactos meretrices ibi prostituerentur. Id. _bordel_. Unde

«THEATRALIS, is, trale, ad theatrum pertinens. Id. _de quarrefour ou

de bordel_.

«THEATRICUS, ca, cum. Idem. I. _de bordel_. Ut dicitur mulier

theatrica. I. _Bordeliere_.»

--«COMÉDIA, die. I. Villanus cantus. s(eu) villana laus. quia tractat

de rebus rusticanis. _comme chansons de Jeus de personnages_[88].

[88] _Li Jeu de Marion_; le _Jeu de la Sainte Hostie_; le _Jeu

du Prince des Sotz_, par Gringore. Tel était le nom donné aux

comédies d’alors.

«COMÉDUS, da, um. pe(nultima) pdr (producitur). qui comediam

describit. seu facit seu dicit comediam.

«COMÉDICUS, ca, cum. I. ad comediam seu ad comedendum pertinens. Seu

delectabilis.

«COMÉDICE. Adv. I. delectabiliter.»

--«TRAGEDÍA. Oda quod est cantus. seu laus. componitur cum tragos

quod est hircus. Et dicitur hec

«TRAGEDÍA, díe. pen. prod. I. Carmen luctuosum quod incipit a leticia

et finit in tristicia. Cui contraria est comedia. quia incipit a

tristicia et finit in leticia. Unde

«TRAGEDÍA. dicitur de crudelissimis rebus. sicut qui patrem seu

matrem occidit. seu comedit filium et e converso s. hujus modi.

Unde et tragedo dabatur hircus animal fetidum. Ad fetorem materie

designandum.

«TRAGÉDUS, da, dum. ad tragediam pertinens.

«TRAGEDUS, di. tragedie scriptor. seu cantor.

«TRAGÉDICUS, ca. cum. I. luctuosus. Funestus.»

Il est remarquable que la plupart de ces mots relatifs au théâtre, si

usités au siècle suivant, manquent complètement au français en 1440.

Une autre instruction ressort encore de l’examen des mots français

contenus dans ce vaste répertoire. La trace des cas figurés

conformément à la grammaire romane se rencontre à chaque instant,

bien qu’à l’époque où il a été commencé (1420), ils eussent disparu

de la plupart des manuscrits depuis près d’un siècle. Le Ver écrit

_premiertes_ de PRIMITAS, _commenchemens_ au singulier, PRINCEPS est

traduit par _prinches_. PRIORATUS devient _prioreit, priorte_:

_dignetes ou offiche de prieur_. PRIORITAS, _premiertes_. Il en est

de même pour le participé passé: _ratificatus_ donne _acceptes_.

INUTILIS donne _nient profitables_; ABSTINENS, _abstinens, sobres_;

ABSTINENTIA, _abstinence, sobriétés_; ABRENUNTIATIO, _renoiemens_;

ADEMPLETUS, _accomplis, parfait_. Il y a cependant des incertitudes:

REBELLIS fournit _rebelle_ et _rebelles_. La plupart des mots

très-usités, comme _roy, fil_ (_filius_), _foy_ (_fides_), ne

prennent pas l’_s_ caractéristique du nominatif latin ou subjectif

roman[89].

[89] On sait que la langue d’oïl conserva à l’origine le système

des cas de la déclinaison latine: seulement elle le simplifia en

réduisant à deux seulement les six cas du latin. Le premier fut

le signe du sujet: on l’a appelé en conséquence _cas-suject_,

ou mieux _subjectif_. Le second servit pour les compléments de

toute espèce, d’où vient le nom de _cas-régime_ ou _complétif_.

J’expliquerai, à l’appendice D, en donnant l’analyse des travaux

récents sur la grammaire du vieux français dans leur rapport avec

notre orthographe, le mécanisme de ces deux cas: je me bornerai

à noter ici que généralement le subjectif roman au singulier

conservait l’_s_ finale là où il y avait _s_ ou _x_ dans le

primitif latin au singulier.

J’ai fait pour les huit premières colonnes du B le relevé des mots

latins du Dictionnaire de Le Ver qui manquent complétement aux

glossaires latins et à Du Cange lui-même: sur 210 mots, 32 sont

inconnus aux lexicographes, c’est-à-dire que près d’un sixième de ce

dictionnaire est nouveau ou inédit.

Voici ces trente-deux mots:

_balans_ brebis

_balatro_ jougleur (sic)

_balbere_ besguier

_balbescere_ idem.

_balbiter_ besguement

_balbultia_ besguerie

_balbutiens_ besgans

_balbuties_ besguetes, baubetes, parlers de petis enfans.

_balearius_ getteur à la tandesle ou abalestrier

_baleator_ getteur à la tandesle ou abalestrier

_balestrum_ abalestre, a Balin (gr.) dicitur

_balestrare_ traire aucune chose dabalestre ou ferir de balestre

_balestratus_ gettes, trais ou ferus de trait d’abalestre

_balneatio_ baignemens

_ballare_ peser à balanche, balanchier

_balluga_ balanche

_ballanga_ banlieue

_balsamatus_ enbasmes, oins de basme

_baptismaliter_ par baptême

_bapterium_ baton

_baratro_ lecherres

_barbarius_ barbier

_barbarizare_ faire cruelment

_barcarius_ qui fait barges, nefs ou qui les gouverne

_baronissa_ baronneresse

_basilisca_ gencienne

_batillum_ enchensoir

_beatificencia_ eureusetes (felicitas)

_bellacitas_ bataille

_bellaciter_ bateilleusement

_bellicator_ bateilleur, combateur

_bellificare_ faire bataille, bateiller, combatre

Je dois à l’obligeance de MM. les Conservateurs de la Bibliothèque

impériale la communication de deux anciens glossaires manuscrits,

l’un français-latin (nº 7684 f. 1.); l’autre latin-français (nº

7679), dont Du Cange s’était servi pour son beau _Glossarium mediæ

et infimæ latinitatis_; leur nomenclature, très-sèche, est moitié

moins considérable que celle du ms. Le Ver. J’ai essayé de comparer

l’orthographe et le mode de composition de certains mots, la plupart

de formation récente, dans la première moitié du XVe siècle, à leurs

formes respectives dans la seconde moitié et à la fin de ce même siècle

ou au commencement du suivant.

| | |Glossarium |Gloss. lat.-gall, |

| |Firmin Le Ver, | gallico-lat., | XVe s., |

|Mots latins | Dictionarius | script. XVe sæc.| script. XVIe s. |

| avec le | latino-gallicus,| Il est de la 2e | Cod. Bigotianus.|

| français actuel.| 1420-1440. | moitié du s. | (B. Imp. |

| | | (Bibl. Imp. | Ms. 7679.) |

| | | Ms. 7684.) | |

| | | | |

|_bivium_ |quarrefour |carfourt |(double voie) |

| (carrefour) | | | |

|_ager_ (champ) |champ |champt |champs |

|_candelabrum_ |chandelier |chandellier |chandelier |

| (chandelier) | | | |

|_bubo_ |chuette, cahuhan |chouen |(certain oisel) |

| (chat-huant) |(oisel) | | |

| | | | |

|_biga_ (charrette)|charette a ii |charrete |charette |

| | roues et a | | |

| | ii chevaux | | |

|_cruca, curculio_ |chatepeleuse, |chatepelouse | » |

| (chenille) | catepeleuse | | |

|_calidus_ (chaud) |chaut |chault, chaut | » |

|_vespertilio_ |chauvesoris |chauvesouris |chauve souris |

| (chauve-souris)| | | |

|_captivitas_ |chetivetes ou |cheitivité |chetivité |

| (captivité) | prison | | |

|_comosus_ |qui ha grans |cheveleulx, grans | » |

| (chevelu) | cheveus | cheveux de fames| |

| | | | |

|_capsa_ (coffre) |casse, coffre, |cofre |casse |

| | escrin | | |

|_convalescentia_ |convalescence, | » | » |

| (convalescence)| sanité, | | |

| | poissance, | | |

| | vaillanche | | |

|_columba_╮ |╭femelle de |coulumbe, colombe | » |

|_columna_╯ || coulon, | | |

| (colombe) |╰ coulombe | | |

|_convenientia_ |convenabletes |convenablete, | » |

| (convenance) | | convenance | |

|_bufo_ (crapaud) |crapaut |crapaust |crapoult |

|_crux_ (croix) |crois | » |croais |

|_mandibula_ |machoire |machouere |machoere |

| (mâchoire) | | | |

|_infelicitas_ |mal eurtes |malourete | » |

| (malheur) | | | |

|_infaustus_ |mal eureux |mal eureux |mallereux |

| (malheureux) | | | |

|_malefactum_ |maufait |maufait | » |

| (méfait) | (_malefactio_- | | |

| | malefaisson) | | |

|_malefaciens_ ╮ |mal faisans |╭maufaisant, |╮ mal faisant |

|_malefactor_ ╯ | |╰maufaitteur |╯ |

| (malfaiteur) | | | |

|_malivolus_ |mal veullans |mal veillant |malvelant |

| (malveillant) | | | |

|_melancolia_ |melecolie, une des|melencolie | » |

| (mélancolie) | iiij humeurs | | |

|_tabanus_ (taon) |tahon |taan, taon |thaon |

Il régnait encore une grande simplicité orthographique dans le cours du

XVe siècle et au commencement du XVIe. Le latin lui-même, dans les mots

qu’il avait empruntés au grec, obéissait à cette répugnance, j’allais

dire à cette horreur, naturelle au génie français, pour les doubles,

les triples et les quadruples consonnes. L’introduction, non plus

partielle mais générale, dans notre langue de lettres parasites signale

le milieu du XVIe siècle; elle est due aux tendances gréco-latines mal

dirigées que nous allons voir se développer successivement dans les

glossaires publiés au premier siècle de l’imprimerie.

J’arrive maintenant à la série des glossaires imprimés. Il m’a

été impossible de me procurer le titre exact du Dictionnaire

latin-français, imprimé à Genève, en 1487, par Loys Garbin, et cité par

M. Diez.

La table étendue que Génin a jointe à la grande Grammaire de Palsgrave

pourrait, jusqu’à un certain point, tenir lieu d’un de ces recueils

alphabétiques ou vocabulaires, si écourtés, qu’on publiait en latin

avec le mot français correspondant, au commencement du XVIe siècle.

Bien que le travail original de Palsgrave n’ait paru à Londres qu’en

1531, on reconnaît, par voie de comparaison, que son orthographe est

bien plus _gauloise_ que celle des grammairiens et des lexicographes du

continent au début du règne de François Ier, et que le docte professeur

de Henri VIII a dû travailler en Angleterre sur des documents de la fin

du XVe siècle ou des premières années du suivant[90]. Malgré sa date

plus récente on peut donc le placer au premier rang parmi les livres

imprimés contenant un recueil de mots français.

[90] Il signale, comme ayant contribué à l’aider dans son

travail, l’ouvrage intitulé: _Here begynneth the introductory to

write and to pronounce frenche, compyled by Alexander Barcley

compendiously_ at the commandement of the ... prynce Thomas duke

of Northfolke.

Je possède les trois autres glossaires:

1º Le _Catholicon abbreuitatum_, pet. in-4 goth., imprimé à Paris, en

1506, par Jehan Lambert, sans nom d’auteur. Il ne contient que 3,500

mots; c’est un livre très-intéressant, puisqu’il nous représente l’état

de la langue avant l’introduction de cette multitude de vocables

savants, tirés du latin et même du grec à l’époque de la Renaissance.

L’orthographe y est simple, naturelle, assez logique, bien que souvent

irrégulière et entachée de l’influence que j’appellerais volontiers

_calligraphique_.

On y rencontre peu de lettres dites étymologiques, et, quand les

consonnes sont redoublées, c’est probablement qu’elles se prononçaient

ainsi. Il écrit _abbe, abesse, abaye_..... _alumer, flateur.....

acolite, fiole, doy_ (digitus), _vayne_ (vena), _autentique, blon,

painture, acoutumer, acompagner, acroistre_ et _solicitude_; mais il

double la consonne _l_ lorsqu’elle termine un mot dont la désinence est

en _e_ féminin; ainsi, il écrit: _argille_, _cautelle, huille_, et l’on

y voit ces mots ainsi figurés, _deffendre, celluy, couraige, secret,

enhardy, oyseaulx, poyson, pulpitre, haultesse_, etc.

2º _Vocabularius latinis, gallicis et theutonicis verbis scriptum_

(sic). Il parut à Strasbourg, en 1515, chez Mathis Humpffuff; il est

composé de 36 ff. in-4. J’en extrais, comme curiosité orthographique,

quelques-uns des noms relatifs aux oiseaux:

«_Avis_, oyseau. _Auceps_, oyseleur. _Nidus_, nid. _Aquila_, aigle.

_Falco_, faulcon. _Accipiter_, tiercelet. _Nisus_, espervier.

_Ventilanus_, vannete. _Milvus_, huan. _Ardea_, hairon. _Ciconia_,

sigoigne. _Cignus_, cigne. _Griphus_, griffon. _Pellicanus_,

pelican. _Strucius_, ostruche. _Grus_, grue. _Nicticorax_, chuette.

_Vultur_, voultour. _Ossifragus_, freynol. _Ritersculus_, roytellet.

_Philomena_, rossignol. _Canapelus_, chardoneret. _Citradula_,

cerin. _Ficedula_, grive. _Figellus_, pinson. _Sturnus_, estourneau.

_Parix_, mesange. _Passer_, moyneau. _Psiacus_, papegay. _Turtur_,

turierelle. _Palumbus_, colombier. _Pavus_, paon. _Quastulla_,

caille. _Arundo_, arondelle. _Pica_, pie ou agasse. _Cornix_,

corneille. _Vespertilio_, chauvesouris. _Anas_, anette ou cane.

_Auca_, oye. _Monedula_, corneille. _Gallus_, coq. _Gallina_,

gelline. _Pullus_, poussin. _Capo_, chappon. _Pullinarium_,

poullalier. _Papilio_, papillon. _Vespa_, mousche gueppe. _Apes_,

mousche a myel. _Cuculus_, cocul. _Lucinia_, hoche cul. _Upupa_,

hupe.»

3º Le _Vocabularius nebrissensis_[91] de 1524 est un travail beaucoup

plus ample que le précédent. Il contient près de 30,000 mots latins

avec leurs correspondants ou leur interprétation en français.

L’influence de la Renaissance y est encore bien peu sensible. Son

système orthographique, un peu plus régulier, ressemble à celui

du _Catholicon abbreviatum_. Il n’est pas plus étymologique que

son prédécesseur en ce qui concerne les mots tirés du grec, et en

général il se borne à les interpréter sans les retranscrire sous la

forme française. Il ne s’asservit pas non plus trop à l’orthographe

latine: il écrit _cicorée, cengle_ (cingula), _saincture, estraines_

(étrennes). Les _l_ qui ne se prononcent pas figurent cependant dans

bien des endroits: _poulpitre, avantureulx, chault_ (calidus).

[91] Publié à Lyon par Frère Gabriel Busa, de l’ordre des

Augustins, d’après le Dictionnaire latin-espagnol de Antoine de

Lebrixa.

Quant aux doubles lettres, il peint la prononciation: _resembler_

et _assembler, netoyer, alumer, acoustumer_ et _accorder, accepter,

appeller, amonceler_, etc. Ce précieux Dictionnaire constate un état

très-intéressant de notre langue, celui où elle va subir l’influence,

qui sera trop longtemps dominante, du latin classique et même

quelquefois du grec.

Robert Estienne eut le premier, en 1540, l’honneur de publier non plus

un simple Vocabulaire, mais un Dictionnaire français-latin, dans les

conditions d’érudition et de critique qu’exigeait un tel travail. Son

œuvre, accrue et perfectionnée dans l’édition de 1549, fit autorité et

exerça pendant deux siècles une grande influence sur l’orthographe.

Elle contient près de 20,000 mots français suivis de leurs diverses

acceptions et de leur interprétation latine.

Cette belle édition, où Robert Estienne introduisit une riche moisson

de termes nouvellement imités du latin et même du grec, servira donc de

point de comparaison avec la manière d’écrire qui a précédé et celle

qui a suivi.

Le docte imprimeur écrit, on le comprend, conformément à l’étymologie

des mots savants de nouvelle formation, mais de plus, il a réintégré

des lettres dites caractéristiques dans une grande partie des mots

d’une époque antérieure. Il corrige _cylindre_ au lieu de _cilindre_,

_cymaise_ au lieu de _cimaise_, _cymbale_ au lieu de _cimbale_,

_cyprès_ au lieu de _ciprès_, _phiole_ au lieu de _fiole_; il écrit

_chauchemare_ (cauchemar), _chaulx_ (_calx_), _cheueul_ (_capillus_),

_cichorée_; il redresse _hermite_ en _ermite_; il réclame _chifre_ et

non _chiffre_, à cause de l’hébreu _sephira_. Il respecte cependant

les formes consacrées par l’usage, _soulfre, thriacle_ (thériaque), et

il écrit sans _th_ _tesme_ (thema), et sans _ph_ _orfelin_. Sa manière

d’agglutiner les mots composés est conforme à celle que je propose:

il réunit tous les mots composés avec la préposition _contre_[92];

il écrit _chaussetrape, chauuesouri, chathuant_ (qui serait mieux

écrit _chahuant_), des _chaufecires_. On peut regretter toutefois

de rencontrer partout dans ses colonnes des mots défigurés par

l’addition de lettres latines déjà représentées dans le français, comme

_chaircuictier, poulpitre, poulser, poulsif, poulsin_.

[92] La marque du superlatif _très_ est toujours réunie au

mot qu’il modifie: _tresaccoutumé, tresaise_ (_très-aise_),

_tresuite_ (_très-vite_). Cette série forme plus de trois cents

mots dans son Dictionnaire.

L’autorité dont jouit le Dictionnaire français de Robert Estienne

se perpétua longtemps. En 1586 Guillaume de Laimarie, imprimeur de

Genève, donna une édition très-correcte du _Dictionarium puerorum_

que Robert avait publié en dernier lieu, en 1557, postérieurement au

Dictionnaire français-latin[93]. Cette édition de Laimarie renchérit

dans plusieurs cas sur le Dictionnaire de 1549, pour l’emploi des

lettres étymologiques surérogatoires; mais on lui doit quelques bonnes

leçons, comme _sansue_ par exemple (écrit _sanssue_ dans le ms. Le Ver).

[93] Laimarie remania l’ordre des mots de la partie française

pour remédier à la confusion qui résultait du groupement des

mots dérivés sous leur simple, et il adopta l’ordre alphabétique

absolu.

Le _Dictionnaire françois-latin_ connu sous le nom de Jean Nicot,

qui parut pour la première fois en 1564, le _Thrésor de la langue

françoyse_ du même, dans lequel il a mis à profit les recherches

laissées par le président Ranconnet; le _Grand Dictionnaire

françois-latin_ du même Nicot, dont le succès se continua d’édition

en édition jusqu’en 1618, nous reproduisent également l’orthographe

de Robert Estienne, dont les éditeurs déclarent reprendre en grande

partie le travail. Voici comment s’exprime à ce sujet Jacques du Puys

dans la préface de l’édition de 1614: «Il ne peut que la France ne

celebre grandement la memoire, comme elle se sent auoir été ornée par

son industrie, de deffunct Robert Estienne, lequel peut estre dict

auoir esté le premier qui a faict que la France, pour ce regard, ne

cede à aucune autre nation, tant pour les graces qu’il a eu propres

pour l’ornement de cet art d’imprimerie que pour l’amour infini qu’il

a porté à l’vtilité publique et le grand labeur et peine qu’il a pris,

sans y espargner rien qui ne fust en sa puissance, pour l’aduancer et

mener à sa parfection: de quoy font foi tant de beaux et excellens

liures et latins et grecs et hébrieux, plus encores recherchez

auiourd’huy que du vivant de l’imprimeur.....» La perfection du

Dictionnaire français «estant de soy tant recommandable et profitable

qu’un chascun sçait, m’a principalement incité à r’imprimer le dict

liure, duquel il y a quelque temps que i’ay recouuré l’exemplaire

laissé par deça par le dict Robert Estienne, auant que de partir de

France.»

L’édition de 1614 contient environ 26,000 mots avec toutes leurs

acceptions alors connues.

Le P. Philibert MONET, de la Compagnie de Jésus, très-habile professeur

de langue latine, rompit, dès 1624, avec la tradition léguée aux

_dictionnaristes_ par l’autorité jusque-là incontestée de Robert

Estienne. Il fit paraître à cette époque un _Parallele des deus langues

latine et françoise_, complétement perdu aujourd’hui, et que nous ne

connaissons que par la préface de son _Invantaire des deus langues

françoise et latine_, publiée à Lyon chez Claude Rigaud en 1635,

in-folio. Ce dernier ouvrage, que j’ai eu le bonheur de me procurer

récemment, est précieux pour l’histoire de la réforme orthographique

modérée, car il en est le code. Il contient 23,000 mots au moins.

Le système orthographique de l’auteur est simple et bien conçu: il

ne s’attache pas uniquement, comme les phonographes, à figurer la

prononciation, et ne fait pas disparaître toutes les lettres dites

caractéristiques, mais il ne figure jamais, autant que possible,

un même son par deux signes différents. Il écrit, par exemple,

_dysanterie, diseine, doit_ (_digitus_), _contanter, contantement,

contampler, continance, deus_ (_duo_), _cheveus, barreaus, chevaus_, et

leurs similaires.

Nathaniel DUEZ, grammairien polyglotte, fit paraître en 1669 un

Dictionnaire françois-italien, fort bien imprimé à Leyde chez Jean

Elsevier. Son orthographe, conforme en général à celle de Robert

Estienne et de ses continuateurs, renchérit même en certains cas sur

ceux-ci par une nouvelle intrusion de lettres destinées à figurer de

plus près l’orthographe latine et grecque. Ce glossaire contient 20,000

mots environ.

César OUDIN, secrétaire interprète du roi pour les langues étrangères,

publia en 1660 à Bruxelles le _Trésor des deux langues francoise et

espagnolle_. Ce lexique est encore un calque, au point de vue de

l’orthographe, de celui qu’Estienne avait publié 120 ans plus tôt.

César-Pierre RICHELET, auteur d’un _Dictionnaire françois_ publié

à Genève en 1680, était aussi versé dans les langues anciennes que

dans les langues modernes, l’italien et l’espagnol entre autres. Son

dictionnaire, dont les premières éditions sont devenues rares et

précieuses, est du plus haut intérêt. L’auteur s’exprime ainsi dans

son avertissement: «Touchant l’orthographe, on a gardé un milieu entre

l’ancienne et celle qui est tout à fait moderne et qui défigure la

langue. On a seulement retranché de plusieurs mots les lettres qui ne

rendent pas les mots méconnoissables quand elles en sont otées, et qui,

ne se prononçant pas, embarrassent les étrangers et la plupart des

provinciaux.

«On a écrit _avocat, batistère, batême, colère, mélancolie, plu, reçu,

revue, tisanne, trésor_, et non pas _advocat, baptistère, baptême,

cholère, mélancholie, pleu, receu, reveuë, ptisane, thrésor_.

«Dans la même vuë on retranche l’_s_ qui se trouve après un _e_ clair,

et qui ne se prononce point, et on met un accent aigu sur l’_e_ clair

qui accompagnait cette _s_; si bien que présentement on écrit _dédain,

détruire, répondre_, et non pas _desdain, destruire, respondre_.

«On retranche aussi l’_s_ qui fait la silabe longue, et qui ne se

prononce pas, soit que cette _s_ se rencontre avec un _e_ ouvert,

ou avec quelque autre lettre, et on marque cet _e_ ou cette autre

lettre d’un circonflexe qui montre que la silabe est longue. On écrit

_apôtre, jeûne, tempête_, et non pas _apostre, jeusne, tempeste_. Cette

dernière façon d’orthographier est contestée. Néanmoins, parce qu’elle

empêche qu’on ne se trompe à la prononciation et qu’elle est autorisée

par d’habiles gens, j’ai jugé à propos de la suivre, si ce n’est à

l’égard de certains mots qui sont si nuds lorsqu’on en a oté quelque

lettre qu’on ne les reconnoît pas.

«A l’imitation de l’illustre monsieur d’Ablancourt, _Préface de

Tucidide, Apophtegmes des anciens, Marmol_[94], etc., et de quelques

auteurs célèbres, on change presque toujours l’_y_ en _i_ simple.

On retranche la plu-part des lettres doubles et inutiles qui ne

défigurent pas les mots lorsqu’elles en sont retranchées. On écrit

_afaire, ataquer, ateindre, dificulté_, et non pas _affaire, attaquer,

difficulté_.»

[94] 3 vol. in-4, 1667, revu par Richelet.

On voit combien cette orthographe est conforme à celle que Firmin Le

Ver a consignée dans son dictionnaire rédigé deux siècles et demi

auparavant. On doit moins s’étonner si l’ouvrage de Richelet, sous

le rapport de l’orthographe, est si fort en avance sur le premier

Dictionnaire de l’Académie de 1694. Lors de l’apparition, en 1680,

de l’œuvre de Richelet, la copie des premières lettres du travail

académique devait être déjà entre les mains de Coignard, imprimeur

de l’Académie françoise (le privilége donné à l’Académie pour son

Dictionnaire est de 1674). Or, d’après le témoignage même du privilége,

la rédaction en était commencée dès 1635: elle devait donc représenter

l’état de la langue, et de l’écriture en particulier, non pas en 1694,

date de l’achèvement du dictionnaire, mais tel qu’il pouvait être vers

1660, époque de la mise sous presse de la première édition des cahiers.

(On s’en convaincra en jetant les yeux sur le Tableau comparatif qui

suit.) Or le travail d’analyse et de coordination accompli par de

savants académiciens pendant la longue période comprise entre 1635

et 1680, époque de l’apparition du Dictionnaire de Richelet, ainsi

que toutes les propositions acceptables des grammairiens réformateurs

étaient, pour ainsi dire, non avenues: l’Académie se croyait engagée

par les décisions grammaticales et orthographiques adoptées dans les

Cahiers, puis dans les premières lettres du Dictionnaire.

Il est résulté de cette lenteur du travail, très-explicable en pareille

matière, qu’au point de vue de l’usage, même en fait d’écriture,

l’œuvre académique s’est trouvée arriérée en naissant, et que

l’orthographe du Dictionnaire de Richelet de 1680, si raisonnable en

bien des points, n’a pu être sanctionnée en partie par l’Académie

qu’en 1740, en partie qu’en 1835, et qu’il en reste même une

certaine part en instance devant l’Académie de 1868.

En 1685 parut à Lyon chez Pierre Guillemin, en 1 vol. in-folio, un

_Dictionnaire général et curieux_, contenant les principaux mots et

les plus usitez en la langue françoise, leurs définitions, divisions

et étymologies par César de ROCHEFORT. L’ouvrage eut peu de succès, et

partant peu d’influence. Son orthographe ne se distingue par rien de

particulier de celle des dictionnaristes de son temps.

Antoine FURETIÈRE, chassé de l’Académie française en 1685 et mort en

1688, a laissé un _Dictionnaire universel_ qui ne parut qu’en 1690,

à Roterdam. Bien qu’il soit antérieur comme date de publication à

la première édition de l’Académie, il est facile de s’assurer qu’il

a beaucoup profité des discussions et des travaux de la compagnie

auxquels il avait eu part lui-même. Son orthographe, loin d’être, comme

celle de Richelet, en progrès marqué sur celle du Dictionnaire de

l’illustre Société, est plus inconséquente et moins régulière.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU CHANGEMENT D’ORTHOGRAPHE DEPUIS LE XVe SIÈCLE

DANS LES MOTS DIFFICILES.

[Titre inséré à la transcription d'après la Table des matières.]

Il m’a paru utile de résumer en un tableau synoptique les détails des

vicissitudes orthographiques de quelques-uns des mots difficiles quant

à l’écriture depuis 1420 jusqu’à nos jours, en extrayant la forme de

chacun d’eux des anciens lexiques, soit manuscrits, soit imprimés,

que je possède. Cette comparaison fait apparaître mieux qu’une longue

dissertation la nature des causes qui ont agi, la persistance de

certaines influences, et la raison du retour aux formes simplifiées.

Note. Ce tableau a dû être divisé en quatre à la transcription.

Pour faciliter la lecture les entrées ont été numérotées.

[Partie 1]

+--------------------------+-----------------+--------------+---------------+

| | FIRMIN LE VER | PALSGRAVE | CATHOLICON |

| PRIMITIFS LATINS. | _Dictionarius | publ. en |_Abbreviatum_ |

| | Lat.-Gal._, | 1530, | de 1506 |

| | 1420-1440 | mais antér. | |

+--------------------------+-----------------+--------------+---------------+

|Le _ch_ (χ) étymologique. | | | |

|╭ | | | |

|| 1 _character_ |caracter | » | » |

|| | (_caracter_)[95]| | |

|| 2 _cholera_ |colere | » | » |

|| | (_colera_) | | |

|| 3 _corda_ |corde | » | » |

|| _v. fr._ corde | (_corda_) | | |

|| 4 _schola_ |escole | id. | » |

|| _v. fr._ escole | | | |

|| 5 _chelidonia_ | » | » |celidoine |

|| 6 _stomachus_ |_estomac_ |estomach |estoumac |

|| | | | |

|| 7 _chirurgus_ |surgien |cirurgien | id. |

|| _v. fr._ cirurgien | (_cirurgicus_) | | |

|| 8 _chiromantia_ | (_ciromantia_) | » | » |

|| 9 _chresma_ |cremme |cresme | » |

|| _v. fr._ creisme | (_chrisma_) | | |

|╰ | | | |

| | | | |

|Le _th_ (θ) étymologique | | | |

|╭ | | | |

||10 _catholicus_ |_catholique_ | » |catolique |

||11 _theatrum_ | (Le Ver en donne| » | » |

|| | la définition. | | |

|| | _V._ au texte.) | | |

||12 _thema_ |theume | » | » |

||13 _thesaurus_ |tresor | » |tresor |

|| _v. fr._ thesaur | | | |

|╰ | | | |

| | | | |

|_th_ et _ph_ | | | |

|╭ | | | |

||14 _orthographo_ |ortografier | » | » |

|| | (_ortographo_) | | |

||15 _orthographia_ |ortographiemens | » |orthographie |

|| | (_ortographia_) | | |

||16 _orthographus_ |ortografieur | » | » |

|| | (_ortographus_) | | |

|╰ | | | |

| | | | |

|Le _ph_ (φ) étymologique | | | |

|╭ | | | |

||17 _orphanus_ |orfelin | » |_orphelin_ |

|| _v. fr._ orphenin | | | |

||18 _physicus_ |fisicien | » |phisicien |

|| _v. fr._ fisicien | (_fisicus_) | | |

||19 _phthisicus_ | » | » | » |

||20 _phantasticus_ |fantasieux |phantasticq | » |

|| _v. fr._ fantastic | (_fantasticus_) | | |

||21 _phlegmaticus_ |fleumatique | » |fleumatique |

|| _v. fr._ fleumatique | (_flegmaticus_) | | |

||22 _phreneticus_ |frenetique | » |frenetique |

|| _v. fr._ frenasieux | (_freneticus_) | | |

||23 _phasianus_ | » | » | » |

|| _v. fr._ phaisan | | | |

||24 _sulphur_ |_soufre_ | » |souffre |

||25 _cophinus_ |cofin | » |cophin |

|| _v. fr._ coffin | (_cofinus_) | | |

|| et coffe | | | |

|╰ | | | |

| | | | |

|L’_y_ étymologique. | | | |

|╭ | | | |

||26 _hybernum_ |iuer |yuer |iuer |

|| _v. fr._ iveir, iver, | | | |

|| yver | | | |

||27 _abyssus_ |abisme | id. | id. |

|| | (_abissus_) | | |

||28 _tyrannus_ |tirans, tirannie |_tyran_ |tiran |

|| | (_tyrannus_) | | |

||29 _mysterium_ |mistere | » |mistere |

|| _v. fr._ mistère | (_misterium_) | | |

|╰ | | | |

| 30 _septimana_ |_semaine_ | » |sepmaine |

| _v. fr._ sepmaine | | | |

| septaine | | | |

| 31 _nepótem_ |nepueu |neueu |nepueu |

| _v. fr._ neps- | | | |

| nieps-niez | | | |

| 32 _subtrahere_ |soubtraire |substrayre | » |

| 33 _auscultare_ |escouter |escolter | » |

| 34 _póllicem_ |pauch |poulce | » |

| _v. fr._ poulce | | | |

| 35 _subridere_ |soubsrire |soubzrire | » |

| _v. fr._ souzrire | (_surridere_) | | |

| 36 _suspicio_ |souspechon |souspecionner |soupeconner |

| _v. fr._ soupeson, | (_suspicatio_) | | |

| souspesson, | | | |

| souppechon, | | | |

| souspeçon, sopecon | | | |

| 37 _aurifaber_ |orfeure | id. | id. |

| _v. fr._ orfebvre | | | |

| 38 _sponsus_ |espeux | » |espoux |

| _v. fr._ espous | | | |

+--------------------------+-----------------+--------------+---------------+

| | FIRMIN LE VER | PALSGRAVE | CATHOLICON |

| PRIMITIFS LATINS. | _Dictionarius | publ. en |_Abbreviatum_ |

| | Lat.-Gal._, | 1530, | de 1506 |

| | 1420-1440 | mais antér. | |

+--------------------------+-----------------+--------------+---------------+

| 39 _ptisana_ |tisenne |tisanne |_tisane_ |

| | (_tipsana_)[96] | | |

| 40 _ætas_ (_ætaticum_) |aage |aage | id. |

| _v. fr._ aé, eage | (de _etas_) | | |

| 41 _ostrea_ |oistre |oystre | id. |

| _v. fr._ oistre | | | |

| 42 _cochlear_ |cuillier |cuillier |cueillier |

| | (_coclear_) | | |

| 43 _paienor, paganus_ |paien | » |payen |

| _v. fr._ payen | | | |

| 44 _bovem, bóvem_ |beuf | » |beuf |

| _v. fr._ boef | | | |

| 45 _poma_ |pomme |pomme | id. |

| _v. fr._ pome ou pomme| (_pomum_) | | |

| 46 _bona_ |_bonne_ | » | » |

| 47 _ratio--ratiocinium_ |_raison, |resonnable |raisonnement |

| _v. fr._ reson-- | raisonnable_ | | |

| resnable | | | |

| 48 _honórem_ |_honneur_ |honnieur |honneur |

| _v. fr._ honour | | | |

| 49 _abandonare_ | » |_abandonner_ | » |

| _v. fr._ abandoner | | | |

| 50 _fidelis_ |fidele | » | » |

| 51 _filiolus_ |fillœul |filliol |fileul |

| _v. fr._ filleux | | | |

| 52 _auricula_ |_oreille_ |oraille |oreille |

| _v. fr._ oreille | | | |

| 53 _patrinus_ |parrin |pairrayn |patrain |

| 54 _matrina_ |marrine | » |marrine |

| 55 _quadratum_ |quarre, quarement| » |quarre |

| 56 _scala_ |esquielle |eschiel ou |eschiale |

| _v. fr._ eschiele | | eschelle | |

| 57 _lacteo_ |alaitier |alaicter |alaiter |

| _v. fr._ alaiter | (_lactare_) | | |

| 58 _carruca_ |carette | » |charrete et |

| | | | charrette |

| 59 _stella_ |estoile |estoille | id. |

| _v. fr._ estelle | | | |

| 60 _batuere_ | » | » | » |

| (_v. fr._ abattre) | | | |

| 61 _abreviare_ | » | » | » |

| 62 _condemnare_ |(condempnation) |condampner | » |

| 63 _damnare_ |(dampnable) |dampner |_damner_ |

| _v. fr._ damner | | | |

| 64 _domare_ | » | » |_dompter_ |

| 65 _sollennitas_ ou |(solennel, |solempite |solennite |

| _solemnitas_ | solennelment) | (_sic_) | |

| _v. fr._ sollempniteit| | | |

| 66 _columna_ |columne |colomppe |_colonne_ |

| _v. fr._ columbe | | columpne | |

| 67 (_v. fr._ | » | » | » |

| contrerolleur) | | | |

| 68 _cognoscere_ |congnoistre |cognoistre | id. |

| _v. fr._ congnoistre | | | |

| 69 _parere_ |apparoir | » | » |

| _v. fr._ parrer et | | | |

| paroir | | | |

| 70 _insimul_ |ensamble |_ensemble_ | » |

| _v. fr._ ensemble | | | |

| 71 _plenus_ |plain, |plain | id. |

| _v. fr._ plain | plainement | | |

| 72 _hedera_ |erre |hierre | » |

| _v. fr._ hieres, | | | |

| hierre | | | |

| 73 _aqua_ |yaue |eaue et _eau_ |eau |

| _v. fr._ aage, aaige, | | | |

| aau, aigue, eaige, | | | |

| effve, iaue, yaue, | | | |

| eau | | | |

| 74 _luscinia_ |lonseignol | » | » |

| _v. fr._roxignous, | (de _lucinia_) | | |

| roxingnous, | | | |

| rossignous | | | |

+--------------------------+-----------------+--------------+---------------+

[95] Les mots latins de cette colonne qui sont en italique

reproduisent exactement l’orthographe du manuscrit de Le Ver.

Dans les autres colonnes, l’italique indique l’identité de

l’orthographe des mots français avec celle de l’Académie en 1835.

Le guillemet (») indique l’absence du mot.

[96] TIPSANA, _ne, tisenne, id est succus ordei decoctus.

Catholicon dicit ptisana. Prima producitur. Vide in p._

[Partie 2]

+---------------+---------------+---------------+---------------+

| ANTONIO | ROBERT | LAIMARIE | NICOT |

| DE LEBRIXA | ESTIENNE | | |

| 1524 | 1549 | 1586 | 1613 |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

|Le _ch_ (χ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

| 1 » |caractere | » | id. |

| 2 » |cholere | id. |cholére |

| 3 chorde |corde | id. | id. |

| 4 escole |escole |eschole |escole |

| 5 chelydoyne |chelidoine | id. | id. |

| 6 estomach |estomach | id. | id. |

| 7 cirurgien |_chirurgien_ | id. |chirugien |

| 8 » |chiromantie | id. | id. |

| 9 cresme |cresme | id. |cresme |

| | et mieux | | |

| | chresme | | |

|Le _th_ (θ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|10 » |catholique | id. | id. |

|11 » |theatre | id. | id. |

|12 » |tesme ou thesme|thesme |tesme |

|13 tresor |thresor | id. | id. |

| | | | |

|_th_ et _ph_ | | | |

| | | | |

|14 » |ortografier | » | » |

|15 orthographie|ortographie | » |ortographie |

|16 » |ortografieur | » | » |

| | | | |

|Le _ph_ (φ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|17 orphelin |orfelin | id. | id. |

|18 » |_physicien_ | id. | id. |

|19 ptisique |ptisique | » | » |

|20 phantastique|_fantastique_ | id. | id. |

|21 fleumatique |_flegmatique_ |phlegmatique | id. |

|22 » |frenatique |frenetique et |frenatique et |

| | | frenaisie | freaisie |

|23 » |faisant |_faisan_ | id. |

|24 souffre |soulfre | id. | id. |

|25 » |_coffre_ | id. | id. |

| | | | |

|L’_y_ | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|26 yuer |yuer ou hyuer | id. | id. |

|27 » |abysme | id. | id. |

|28 tyrant |tyrant |tyran | id. |

|29 » |mystere | id. | id. |

|30 » | » |septmaine | » |

|31 nepueu |nepueu | id. | id. |

|32 _soustraire_|soubtraire | id. | id. |

|33 escouter |escouter | id. | id. |

|34 poux ou |poulce | id. | id. |

| poulce | | | |

|35 » |soubrire | id. | id. |

|36 » |souspecon | id. |_soupçon_ |

|37 orfeure |orfebure |orfeure | id. |

|38 espoux |espoux | id. | id. |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

| ANTONIO | ROBERT | LAIMARIE | NICOT |

| DE LEBRIXA | ESTIENNE | | |

| 1524 | 1549 | 1586 | 1613 |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

|39 tisane |tisanne |tisane |tisanne |

|40 eage |aage | id. | id. |

|41 oistre |huystre |ouystre ou |huitre |

| | | huistre | |

|42 coulliere |cuilier |cueillier |cuilier |

|43 » |payen | » |payen |

|44 beuf |beuf | id. | id. |

|45 pomme |pomme | id. | id. |

|46 bonne |bonne | id. | id. |

|47 raisonnable |raisonnement |raisonner | id. |

|48 honneur | id. | id. | id. |

|49 » |abandonner |abandonner | id. |

| | (de bandon) | | |

|50 » |fidele | id. |fidele et |

| | | | fidelle |

|51 fillol |_filleul_ | » | id. |

|52 oureille |oreille |id. |id. |

|53 parrin | id. | id. | id. |

|54 _marraine_ |marrine | id. | id. |

|55 quarre | id. | id. | id. |

|56 eschelle |eschele | id. | id. |

|57 » |allaicter | id. | id. |

|58 charete |charette |_charrette_ | id. |

|59 estoille | id. | id. | id. |

|60 » |abbatre | id. |abatre |

|61 » |abbreger | id. |abreger |

|62 » |_condamner_ | id. | id. |

|63 damner | id. | id. | id. |

|64 » |donter | id. | id. |

|65 solennite |_solennité_ | id. | id. |

|66 colonne |colomne | id. | id. |

|67 » |contrerolleur | » | id. |

|68 congnoistre |cognoistre | id. | id. |

|69 apparoir |apparoir ou | » |apparoir ou |

| | apparoistre | | apparoistre |

|70 » |ensemble |id. ou | id. |

| | | ensemblement | |

|71 plain |_plein_ | id. | id. |

|72 » |hierre | id. | id. |

|73 eaue |eaue et eau | id. |eage ou eau |

|74 » |_rossignol_ | id. | id. |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

[Partie 3]

+---------------+---------------+---------------+---------------+

| PH. MONET | N. DUEZ | ANT. OUDIN | RICHELET |

| 1630 | 1659 | 1660 | 1680 |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

|Le _ch_ (χ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

| 1 caractere |charactere |charactere |caractêre |

| 2 cholere |colere |cholere et |colére |

| | | colere | |

| 3 corde | id. | id. | id. |

| 4 escole |escole | id. |_école_ |

| 5 chelidoine | id. | id. |_chélidoine_ |

| 6 estomac | id. |estomac et |estomac |

| | | estomach | |

| 7 chirurgien | id. | id. | id. |

| 8 » |chiromantie | id. | id. |

| 9 creme |chresme |chresme |_chrême_ |

| | (lit.) et | | et crême |

| | creme | | |

| | (cuisine) | | |

|Le _th_ (θ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|10 catholique | id. | id. |catolique |

|11 theatre | id. | id. |téâtre |

|12 theme | id. | id. |téme ou |

| | | | théme |

|13 tresor |thresor | id. |tresor |

| | | | |

|_th_ et _ph_ | | | |

| | | | |

|14 » | » | » | » |

|15 » |ortographie | id. | id. |

|16 » | » | » | » |

| | | | |

|Le _ph_ (φ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|17 orfelin |orphelin | id. | id. |

|18 physicien |physicien | id. |phisicien |

|19 _phthisique_|phtisique | id. | id. |

|20 fantastique | id. | id. | id. |

|21 phlegmatique|flegmatique | id. |flegmatique |

|22 phrenetique |phrenetique | id. |phrénetique |

| | et phrenesie | | et phrénesie |

|23 faisan |phaisan | id. |faisan |

|24 soufre |soulphre | id. |soufre |

|25 cofre |coffre | id. |cofre |

| | | | |

|L’_y_ | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|26 hiuer |hyuer |hyver |_hiver_ |

|27 abyme |abysme | id. |_abîme_ |

|28 tiran | id. |tiran et tyran |tiran |

|29 mystere | id. |mistere et |mistere |

| | | mystere | |

|30 semaine | id. | id. | id. |

|31 neueu |nepueu |neveu | id. |

|32 soutraire |soustraire | id. | id. |

|33 ecouter |escouter | id. |_écouter_ |

|34 _pouce_ |poulce | id. |pouce |

|35 _sourire_ |sousrire | id. |sourire |

|36 soupçon | id. | id. | id. |

|37 orfeure |orfeure |orfebvre |_orfèvre_ |

|38 espous et |espoux | id. |_époux_ |

| epous | | | |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

| PH. MONET | N. DUEZ | ANT. OUDIN | RICHELET |

| 1630 | 1659 | 1660 | 1680 |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

|39 tisane | id. |ptisanne |tisanne |

|40 aage | id. | id. |_âge_ |

|41 huitre |huistre | id. |_huître_ |

|42 cueillier |cuillier |_cuiller_ |cuilier |

|43 paien |payen | id. |_païen_ |

|44 beuf |_bœuf_ | id. |beuf |

|45 pomme | id. | id. | id. |

|46 bonne | id. | id. | id. |

|47 raisonner | id. | id. | id. |

|48 honneur | id. | id. | id. |

|49 abandonner | id. | id. | id. |

|50 fidele | id. |fidelle |fidéle |

|51 » |filleul | id. | id. |

|52 oreille | id. | id. | id. |

|53 parrin |_parrain_ |parrain |parrein et |

| | | | parrain |

|54 marreine |marraine | id. |marreine et |

| | | | marraine |

|55 quarré |quarré | id. | id. |

| | | | |

|56 eschele et |eschelle | id. |_échelle_ |

| echele | | | |

|57 _allaiter_ |allaicter | id. |alaiter |

|58 charrete |charette | id. | id. |

|59 estoile ou |estoille | id. |_étoile_ |

| etoile | | | |

|60 abatre |abbattre | id. |abatre |

|61 abbreger | id. | id. |abreger |

|62 condamner | id. | id. |condanner ou |

| | | | condâner |

|63 damner | id. | id. |dâner |

|64 domter |dompter | id. |domter |

|65 sollamnité |solennité |solemnité ou |solennité |

| | | solennité | |

|66 colomne | id. | id. |colonne |

|67 contreroleur|controlleur |contrerolleur |_contrôleur_ |

| | | et | |

| | | controolleur | |

|68 cognoitre, |connoistre | id. |connoître |

| connoitre | | | |

|69 apparoir |apparoir et | id. |aparoitre |

| | apparoistre | | |

|70 ansemble et |ensemble | id. | id. |

| ensemble | | | |

|71 plein et |plein | id. | id. |

| pleinemant | | | |

|72 hierre et |lierre | id. | id. |

| _lierre_ | | | |

|73 eau | id. | id. | id. |

|74 rossignol | id. | id. | id. |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

[Partie 4]

+---------------+---------------+---------------+---------------+

| FURETIÈRE | ACADÉMIE | ACADÉMIE | ACADÉMIE |

| 1690 | 1694 | 1740 | 1835 |

+---------------+---------------+---------------+---------------╢

|Le _ch_ (χ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

| 1 caractere | id. |caractére |_caractère_ |

| 2 colere | id. |_colère_ | id. |

| 3 corde | id. | id. | id. |

| 4 escole | id. |école | id. |

| 5 chelidoine | » | » |chélidoine |

| 6 estomac | id. | id. | id. |

| 7 chirurgien | id. | id. | id. |

| 8 chiromance | id. | id. |chiromancie |

| 9 chresme |chresme |chrême |chrême |

| et cresme | et créme | et crême | et _crème_ |

| | | | |

|Le _th_ (θ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|10 catholique | id. | id. | id. |

|11 theatre | id. |théatre |_théâtre_ |

|12 theme | id. |_thème_ | id. |

|13 tresor |thresor |_trésor_ | id. |

| | | | |

|_th_ et _ph_ | | | |

| | | | |

|14 ortografier |orthographier | id. | id. |

|15 orthographe |orthographe | id. | id. |

|16 » | » | » | » |

| | | | |

|Le _ph_ (φ) | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|17 orfelin |orphelin | id. | id. |

|18 physicien | id. | id. | id. |

|19 phtisique | id. |phthisique | id. |

|20 fantastique | id. | id. | id. |

|21 phlegmatique| id. | id. |flegmatique |

|22 frenetique | id. |_frénétique_ | id. |

| et frenesie | | et | |

| | | _frénésie_ | |

|23 faisan | id. | id. | id. |

|24 soulfre |soufre | id. | id. |

|25 coffre | id. | id. | id. |

| | | | |

|L’_y_ | | | |

| étymologique | | | |

| | | | |

|26 hiver | id. | id. | id. |

|27 abyme |abysme |abyme |abîme |

|28 tyran | id. | id. | id. |

|29 mystere | id. |_mystère_ | id. |

|30 semaine | id. | id. | id. |

|31 neveu | id. | id. | id. |

|32 soustraire | id. | id. | id. |

|33 escouter | id. | id. |écouter |

|34 poulce |pouce | id. | id. |

|35 sousrire | id. |sourire | id. |

|36 soupçon | id. | id. | id. |

|37 orfevre |orfévre | id. | id. |

|38 espoux | id. |époux | id. |

+---------------+---------------+---------------+---------------╢

| FURETIÈRE | ACADÉMIE | ACADÉMIE | ACADÉMIE |

| 1690 | 1694 | 1740 | 1835 |

+---------------+---------------+---------------+---------------╢

|39 tisane |ptisanne | id. |tisane |

|40 âge | id. | id. | id. |

|41 huistre | id. |huitre | id. |

|42 cuiller ou |cuillier ou | id. |cuiller |

| cuilliere | cuiller | | |

|43 payen | id. | id. |païen |

|44 bœuf | id. | id. | id. |

|45 pomme | id. | id. | id. |

|46 bonne | id. | id. | id. |

|47 raisonner | id. | id. | id. |

|48 honneur | id. | id. | id. |

|49 abandonner | id. | id. | id. |

|50 fidelle | id. |_fidèle_ | id. |

|51 filleul | id. | id. | id. |

|52 oreille | id. | id. | id. |

|53 parrein |parrain | id. | id. |

| et parrain | | | |

|54 marreine |marraine | id. | id. |

|55 quarré |quarré ou carré|_carré_ | id. |

|56 eschelle | id. |échelle | id. |

|57 alaiter |allaicter |allaiter | id. |

|58 charrette | id. | id. | id. |

|59 estoile | id. |étoile | id. |

|60 abatre |abbatre |_abattre_ | id. |

|61 abreger |abbréger |_abréger_ | id. |

|62 condamner | id. | id. | id. |

|63 damner | id. | id. | id. |

|64 domter | id. | id. |dompter |

|65 solemnité |solemnité ou |solennité | id. |

| | solennité | | |

|66 colomne | id. |colonne | id. |

|67 controlleur |contrôleur | id. | id. |

|68 connoistre | id. |connoître |_connaître_ |

|69 apparoistre,|apparoistre, |apparoître, |_apparaître_ |

| apparoître, | apparoir | apparoir | |

| apparoir, | | | |

| t. d. pal. | | | |

|70 ensemble | id. | id. | id. |

|71 plein | id. | id. | id. |

|72 lierre | id. | id. | id. |

|73 eau | id. | id. | id. |

|74 rossignol | id. | id. | id. |

+---------------+---------------+---------------+---------------+

ORTHOGRAPHE DE L’ACADÉMIE EN 1694, DATE DE LA PREMIÈRE ÉDITION DU

DICTIONNAIRE.

Il n’est peut-être pas sans intérêt de rechercher quels principes

ont dirigé l’Académie française dans l’établissement des règles

d’orthographe adoptées dans la première édition de son Dictionnaire

en 1694. Ces règles sont, pour la plupart, tombées en désuétude sous

l’action du temps, mais il en reste encore des traces nombreuses dans

presque toutes les parties de la sixième édition.

Pour déterminer ces principes, je m’attacherai à trois documents

officiels:

La _Préface_ du Dictionnaire même;

Les _Cahiers de remarques sur l’orthographe françoise pour estre

examinez par chacun de messieurs de l’Académie_, sorte de mémento

particulier destiné à assurer une certaine unité dans la discussion

académique et à préparer la solution des difficultés grammaticales;

La _Grammaire de Regnier des Marais_, secrétaire perpétuel de la

Compagnie, et chargé par elle de rédiger la Grammaire mentionnée dans

les statuts de sa fondation.

1º _Préface du Dictionnaire de l’Académie_.

En 1694, l’Académie s’exprimait ainsi dans sa préface:

«L’Académie s’est attachée à l’ancienne orthographe receuë parmi

tous les gens de lettres, parce qu’elle ayde à faire connoistre

l’origine des mots. C’est pourquoy elle a creu ne devoir pas

authoriser le retranchement que des particuliers, et principalement

les imprimeurs, ont fait de quelques lettres, à la place desquelles

ils ont introduit certaines figures qu’ils ont inventées[97], parce

que ce retranchement oste tous les vestiges de l’analogie et des

rapports qui sont entre les mots qui viennent du latin ou de quelque

autre langue. Ainsi elle a écrit les mots _corps, temps_ avec un _p_

et les mots _teste, honneste_ avec une _s_ pour faire voir qu’ils

viennent du latin _tempus, corpus, testa, honestus_... Il est vray

qu’il y a aussi quelques mots dans lesquels elle n’a pas conservé

certaines lettres caracteristiques qui en marquent l’origine, comme

dans les mots _devoir, fevrier_, qu’on escrivoit autrefois _debvoir_

et _febvrier_ pour marquer le rapport entre le latin _debere_ et

_februarius_. Mais l’usage l’a decidé au contraire; car il faut

reconnoistre l’usage pour le maistre de l’orthographe aussi bien

que du choix des mots. C’est l’usage qui nous mene insensiblement

d’une maniere d’escrire à l’autre, et qui seul a le pouvoir de le

faire. C’est ce qui a rendu inutiles les diverses tentatives qui

ont esté faites pour la reformation de l’orthographe depuis plus

de cent cinquante ans par plusieurs particuliers qui ont fait des

regles que personne n’a voulu observer[98]. Ce n’est pas qu’ils

ayent manqué de raisons apparentes pour deffendre leurs opinions

qui sont toutes fondées sur ce principe, qu’il faut que l’escriture

represente la prononciation; mais cette maxime n’est pas absolument

veritable; car si elle avoit lieu, il faudroit retrancher l’_r_

finale des verbes _aymer, ceder, partir, sortir_[99], et autres de

pareille nature dans les occasions où on ne les prononce point,

quoy qu’on ne laisse pas de les escrire. Il en estoit de mesme dans

la langue latine où l’on escrivoit souvent des lettres qui ne se

prononçoient point. Je ne veux pas, dit Ciceron, qu’en prononçant on

fasse sonner toutes les lettres avec une affectation desgoustante:

_Nolo exprimi litteras putidius_ (3, _de Orat._). Ainsi on prononçoit

_multimodis_ et _tectifractis_ quoy qu’on écrivist _multis modis_ et

_tectis fractis_, ce qui fait voir que l’escriture ne represente pas

tousjours parfaitement la prononciation; car comme la peinture qui

represente les corps ne peut pas peindre le mouvement des corps, de

mesme l’escriture qui peint à sa maniere le corps de la parole, ne

sçauroit peindre entierement la prononciation qui est le mouvement de

la parole. L’Académie seroit donc entrée dans un détail tres-long et

tres-inutile, si elle avoit voulu s’engager en faveur des estrangers

à donner des regles de la prononciation. Quiconque veut sçavoir la

veritable prononciation d’une langue qui luy est estrangere, doit

l’apprendre dans le commerce des naturels du pays; toute autre

methode est trompeuse, et pretendre donner à quelqu’un l’idée d’un

son qu’il n’a jamais entendu, c’est vouloir donner à un aveugle

l’idée des couleurs qu’il n’a jamais veuës. Cependant l’Académie n’a

pas negligé de marquer la prononciation de certains mots lors qu’elle

est trop esloignée de la maniere dont ils sont escrits et l’_s_ en

fournit plusieurs exemples; c’est une des lettres qui varient le plus

dans la prononciation lors qu’elle precede une autre consone, parce

que tantost elle se prononce fortement, comme dans les mots _peste,

veste, funeste_, tantost elle ne sert qu’à allonger la prononciation

de la syllabe, comme dans ces mots _teste, tempeste_; quelquefois

elle ne produit aucun effet dans la prononciation, comme en ces mots,

_espée, esternuer_; c’est pourquoy on a eu soin d’avertir le lecteur

quand elle doit estre prononcée. Il y a des mots où elle a le son

d’un _z_, et c’est quand elle est entre deux voyelles, comme dans ces

mots _aisé, desir, peser_. Mais elle n’est pas la seule lettre qui

soit sujette à ces changemens. Le _c_ se prononce quelquefois comme

un _g_, ainsi on prononce _segret_ et non pas _secret_, _segond_

et non pas _second_, _Glaude_ et non pas _Claude_, quoy que dans

l’escriture on doive absolument retenir le _c_. Ainsi les Romains

prononçoient _Gaius_, quoy qu’ils escrivissent _Caius_, _Amurga_ quoy

qu’ils escrivissent _Amurca_, selon l’observation de Servius sur le

premier livre des Georgiques; ce qui acheve de confirmer ce qu’on

vient de dire que la prononciation et l’orthographe ne s’accordent

pas tousjours et que c’est de la vive voix seule qu’on peut attendre

une parfaite connoissance de la prononciation des langues vivantes

et qu’on n’appelle vivantes que parce qu’elles sont encore animées

du son et de la voix des peuples qui les parlent naturellement; au

lieu que les autres langues sont appellées mortes, parce qu’elles ne

sont plus parlées par aucune nation, et n’ont plus par consequent que

des prononciations arbitraires au deffaut de la naturelle et de la

veritable qui est totalement ignorée[100].»

[97] Les accents.

[98] Moins de cent ans après, l’Académie devait, conformément aux

propositions de la plupart des novateurs, simplifier l’écriture

de près de cinq mille mots et introduire les accents dans le

corps d’une grande partie d’entre eux.

[99] Par cet exemple, on voit que dans _partir, sortir_, on ne

prononçait pas le _r_, de même que nous ne le faisons pas sentir

dans _aimer, céder_ non suivis d’une voyelle.

[100] La préface du premier Dictionnaire de l’Académie, en 1694,

a été écrite par Regnier des Marais, et l’epître dédicatoire

au Roi, par Perrault. On croit que les observations sur cette

dédicace publiées par d’Olivet, à la fin de ses _Remarques sur

les tragédies de Racine_ (Paris, Gandouin, 1738, in-12), sont

dues à Racine et à Regnier des Marais.

Dans cette préface comme dans les autres citations, j’ai suivi

scrupuleusement l’orthographe même des textes. Quant à la

ponctuation qui, n’étant soumise à aucune règle fixe, nuit

parfois à l’intelligence du sens, j’ai dû la rétablir d’après

l’usage des bonnes imprimeries. Le grand nombre des majuscules,

employées souvent d’une façon arbitraire, est modifié selon

habitudes actuelles.

On doit cependant signaler dans cette préface l’emploi du (;)

suivi d’une majuscule qui remplit la fonction d’une ponctuation

intermédiaire entre le point-virgule (;) et le point. (Les deux

points (:) remplissent une autre fonction.) Il est regrettable

qu’on ait abandonné un secours utile quelquefois et qui, du

reste, avait un précédent, ainsi qu’on en peut juger par les

textes grecs de ma _Bibliothèque des auteurs grecs_. Cette

ponctuation intermédiaire s’y trouve remplacée par l’emploi de

la minuscule simple après le point, pour indiquer une suspension

moins forte que lorsque le point est suivi de la majuscule.

La comparaison de notre orthographe académique, d’après la

dernière édition du Dictionnaire de 1835, avec celle du

Dictionnaire de 1694, prête une grande force aux instances de

ceux qui veulent améliorer l’état de choses actuel.

2º _Cahiers de remarques rédigés pour le Dictionnaire de 1694_.

Dans les _Cahiers_ dressés par l’Académie pour éclairer la

discussion des mots du Dictionnaire de 1694, se trouvent des règles

de détermination orthographique qu’elle n’a formulées nulle part

ailleurs. Ces Cahiers étaient tirés strictement à quarante exemplaires

au nom de chacun des membres. Il en existe deux éditions[101]. C’est

sur l’exemplaire de Racine de la première édition, conservé à la

Bibliothèque impériale, que j’ai transcrit ce qui suit. On y voit

établie la règle du doublement de la consonne avec ses nombreuses

exceptions, celle de la composition de nos mots avec les prépositions

latines. La loi de la configuration étymologique paraît déjà subir de

notables restrictions, faites au nom de l’usage. Voici l’analyse de

quelques-unes des principales remarques:

[101] M. Ch. Marty-Laveaux a réédité en 1863, chez le libraire J.

Gay, à trois cents exemplaires, ces deux éditions en les faisant

précéder d’une intéressante introduction.

«La premiere observation que la Compagnie a creu devoir faire est

que, dans la langue françoise, comme dans la pluspart des autres,

_l’orthographe n’est pas tellement fixe et determinée qu’il n’y ait

plusieurs mots qui se peuvent escrire de deux differentes manieres,

qui sont toutes deux esgalement bonnes, et quelquefois aussi il y en

a une des deux qui n’est pas si usitée que l’autre, mais qui ne doit

pas estre condamnée_.

«Generalement parlant, la Compagnie prefere l’ancienne orthographe

qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorans, et est d’avis

de l’observer par tout, hormis dans les mots où un long et constant

usage en a établi une differente.

«L’ancienne orthographe peche quelquefois en lettres superfluës;

mais il ne faut pas les appeller ainsi quand elles servent à marquer

l’origine, comme en ce mot _vingt_, qui s’escrit de la sorte,

encore que le _g_ ne se prononce point, parce qu’il vient du latin

_viginti_. Il n’en est pas de mesme quand l’usage a depuis long-temps

reglé le contraire: ainsi on n’orthographie plus le mot _escripre_

avec un _p_ ni _escripture_.»

Suivent quelques règles sur la permutation des consonnes ou le

maintien des consonnes caractéristiques, règles que l’usage a

consacrées ou que l’Académie a abrogées elle-même en 1740.

Cependant, le passage suivant est à noter particulièrement: il explique

et justifie l’abandon des caractères étymologiques dans les mots tirés

du grec et devenus d’un usage vulgaire: «Plusieurs aussi escrivent:

_fantaisie, fantastique, fantasque, fantosme_, mais d’autres veulent

un _ph_ à _phantaisie_, qui signifie cette faculté de l’ame que les

Latins appellent imagination; mais _fantaisie_ que signifie caprice,

bizarrerie, s’escrit avec _f_. _Ce n’est pas que les deux mots n’ayent

la mesme origine, mais le dernier, à force d’estre usité et de passer

dans les mains de tout le monde, a changé son_ PH _grec en un_ F

_françois_.»

C’est ce dernier précepte qui aurait dû être appliqué plus

rigoureusement dans les éditions successives du Dictionnaire.

«On doit garder, ajoute le Cahier, les doubles consones aux mots

où il y en avoit dans le latin, par example, deux _bb_, deux _cc_,

deux _dd_, etc. D’autre costé, pour l’ordinaire la consone n’est pas

double dans le françois quand elle ne l’estoit point dans le latin.»

Le Cahier, pour être conséquent avec l’exemple qu’il donne en écrivant

partout _consone_ avec un seul _n_, aurait dû supprimer la double

lettre à _persone_, à _sonette_, à _pome_, etc., etc.

«Les composez et les derivez suivent l’orthographe de leurs simples.»

Le Cahier passe ensuite en revue les prépositions latines qui entrent

dans la composition des mots français. «Quand la preposition _a_

est suivie d’un _g_ ou d’une _m_, ces consones ne se doublent pas,

excepté pour le _g_ les mots où il est déja double en latin. Exemples:

_aggreger, aggresseur, aggraver, exaggerer_. Toute autre consone

que _g_ ou _m_ se double: _abbatre, abbonner, abbreuver, abbreger,

abbrutir_.» Il y a un certain nombre d’exceptions indiquées.

«Avec la préposition _ad_ il y a à distinguer; quelques-uns enlèvent

le _d_, mais la meilleure orthographe le conserve. Exemples:

_addonner, adjoint, adjourner, adjouster, adjuger, adjuster,

admettre, admirable, admiral_[102], _admis, admodier, admonester,

addresser, advis, advocat_. Quelques-uns neantmoins escrivent

ENCORE[103] _avis, avertissement, avertir_ et _avocat_ sans _d_.»

[102] On a reconnu plus tard que le mot _amiral_ vient de l’arabe

_émir_. La préposition _ad_ des Latins n’avait rien à faire ici.

[103] L’habitude d’écrire simplement et d’essayer de figurer

la prononciation plutôt que l’étymologie est plus ancienne en

France que l’Académie de 1694 ne paraît le supposer, car cet

usage remonte à l’époque même de nos plus anciens monuments

écrits du XIe, du XIIe et du XIIIe siècle (_Lois de Guillaume,

Apocalypse, Quatre Livres des rois_, etc.). Le mot _appellata_,

que l’Académie de 1694 écrit _appellée_, est figuré ainsi,

_apeled_ et _apelee_; le _tesmoignage_ (_testimonium_) est alors

_testimoine_ ou _tesmoigne_; les _yeux_, comme écrivait R.

Estienne, sont des _oils_, etc. Il est vrai que, depuis le XIVe

siècle, les clercs, fort épris du latin, se sont donné carrière

pour saupoudrer de plus en plus leurs transcriptions de lettres

étymologiques et souvent de lettres qui ne le sont pas; mais

c’est à partir de la Renaissance de l’antiquité que cette fièvre

d’érudition a pris son plus grand développement. Voir plus haut,

p. 112.

«Preposition _e_. Devant un mot simple commençant par _f_, cette

consone se double. Exemples: _effaroucher, effeminer_. Devant

toute autre consone que _f_, on met aprés la preposition latine

un _s_. Exemples: _esbattre, esmouvoir, espleurer, espris,

esrailler, estester_, etc.

«La preposition _sous_ garde son _s_. Exemples: _sousbarbe,

souschantre, souslever, souspeser, souspir, soustenir,

soustraire_. Quelques-uns neantmoins escrivent _soupir_ et

_soutenir_.»

Mais l’Académie, en 1740, a décidé contrairememt à la plupart des

règles des Cahiers de 1694. Il suffit d’indiquer quelques mots extraits

des séries complètes du Cahier qu’elle a rectifiés dès sa troisième

édition: _appanage, appaiser, appercevoir_, etc.; _desboetter,

desbotter, desborder, desbourser, esbattre, esbranler, escarter_,

qu’elle écrit les uns par un seul _p_ et les autres sans _s_.

Dans le Cahier on autorise cependant d’écrire _deffaillir_ et

_defleurir, deffaire_ et _defricher_, et l’on remarque que quelques

mots qui n’avaient pas d’_h_ en latin en ont pris en français:

«_ululare_, hurler; _altus_, haut; _exaltare_, exhausser; _ostreum_,

huistre; _oleum_, huile; _ostium_, huis; _octo_, huit.»

Voici ce qui est dit à l’article DU CIRCONFLEXE:

«Le circonflexe mis sur une syllabe marque bien qu’elle est longue;

mais ce n’est pas pour cela qu’on l’y met, c’est pour montrer qu’on y

a retranché une voyelle, comme on fait en grec aux verbes et aux noms

contractes[104]. Par exemple, on le met en _bâiller, râiller_,

contractes de _beailler_ et de _riailler_; à _âge, blessûre, j’ay

pû, ingenûment, assidûment_, etc. Les novateurs de l’orthographe

le veulent substituer à la place de l’_s_ muette, et escrivent

_tempête, bête, ôter_, etc.»

[104] Cet accent circonflexe joue encore dans notre orthographe

le double rôle, de marquer la suppression d’une lettre, comme

dans _affût, affûtage, aîné_, vous _arrivâtes_, nous

_crûmes_, etc., et de rendre la syllabe longue, comme dans

_bâche, bêche, bellâtre, câlin_, etc. Il y a là une source

de nombreuses difficultés pour les étrangers.

L’opinion des novateurs a prévalu, et l’Académie a même retranché

l’accent circonflexe à la plupart des mots qui ont subi une

contraction: _railler, blessure, pu, ingénument_. Elle l’a

conservé à _assidûment_.

On lit à l’article de la DIVISION:

«La division se met entre deux mots qui, en effet, ne font qu’un,

mais qui ne sont pas entierement joincts; comme _eux-mesmes,

re-saler, re-sumer, francs-fiefs, cordon-bleu, grand-croix,

ciel-de-lict, entre-post_, etc. On la met aussi entre la troisieme

personne singuliere tant du present de l’indicatif que du futur,

et le pronom personnel _il_ et _elle_, et l’impersonnel _on_.

Exemples: _parle-il, mange-elle, disne-on ceans, ira-il,

dira-elle, sonnera-on_. C’estoit l’ancienne orthographe, dont la

raison est assez connüe à ceux qui connoissent la langue françoise

du quatorziesme et quinziesme siecle. Mais depuis quelques années

on s’est advisé de mettre entre ces mots deux tirets et un _t_ au

milieu, de cette sorte, _dira-t-il, ira-t-on_. Ie voy grand nombre

de gents qui s’opposent à cet usage, et disent qu’il n’y en a aucune

raison, ny aucun exemple chez nos anciens. Messieurs jugeront si leur

opposition est bien fondée; et chacun marquera, s’il luy plaist, ce

qu’il voudroit changer, corriger, retrancher et adjouster à tout ce

Traitté, tant pour le gros et pour l’ordre, que pour le détail et

pour les exemples.»

3º _Grammaire de Regnier des Marais_.

Dans sa _Grammaire_, publiée en 1706, Regnier des Marais, qu’on peut

supposer avoir été le rédacteur des Cahiers, expose les mêmes principes

avec plus de développements. (Voir plus loin l’analyse de cette

Grammaire, p. 136.)

Ainsi donc, l’Académie de 1694 procédait en matière d’orthographe,

sous l’influence gréco-latine, en vue d’une conformité aussi intime

que possible avec l’écriture du latin littéraire. Bien qu’elle tienne

peu de compte des concessions que le latin vulgaire, la basse latinité

et les écrivains français du XIIe au XVIe siècle avaient faites à la

prononciation, on remarque une tendance à s’écarter de l’orthographe

des Cahiers de remarques rédigés par Regnier des Marais; elle fait

quelques sacrifices à la nécessité de simplifier, qui est propre au

génie de notre langue et à sa prosodie. Aussi la lecture, d’après ces

principes mixtes de 1694, devait être fort difficile, par suite de la

multiplicité de ces consonnes ramenées du latin du siècle d’Auguste,

consonnes qui tantôt se prononçaient et tantôt ne se prononçaient

point. Ronsard, ainsi que le grand Corneille, tous deux véritablement

Français, avec des idées et des sentiments antiques, avaient mieux

compris l’organisme de notre langue. C’est un grand honneur pour

l’Académie d’avoir osé, dès 1740, se déjuger elle-même en renonçant

aux règles et aux idées théoriques qu’elle avait adoptées en 1694,

et d’avoir su rentrer dans la voie de la tradition et de la vérité

pratique.

Observations sur l'orthographe ou ortografie française, suivies d'une histoire de la réforme orthographique depuis le XVe siècle jusqu'a nos jours · 第 39 / 124 题