A la suite de mes remarques personnelles, je crois devoir donner ici
un exposé succinct des diverses tentatives et des appels incessants
faits depuis trois siècles par des esprits distingués, et je dirai même
par des amis du bien public, en faveur d’une réforme orthographique.
J’espère que ce travail offrira de l’intérêt, ne fût-ce que sous le
rapport de l’histoire de notre langue, et qu’il aura quelque utilité.
Chacun appréciera ce qu’il y a de vrai, de pratique, d’opportun ou bien
de prématuré et même de malencontreux dans tant de systèmes. On verra
que des idées rejetées d’abord se sont successivement introduites, et
qu’ensuite elles ont été favorablement accueillies et sanctionnées par
l’usage.
Il en sera de même de celles que l’Académie, éclairée par l’expérience
de ses précédents, et par la nécessité de rendre notre langue de plus
en plus accessible à tous, croira devoir concéder aux désirs le plus
généralement manifestés: tant d’efforts lui donneront la preuve des
besoins et la mesure du possible. Ils démontreront même l’impossibilité
d’adhérer à des systèmes trop absolus.
Du haut de la position qu’elle occupe, l’Académie, à qui l’avenir
appartient, peut ne céder que dans une juste mesure aux désirs
impatients des novateurs. Elle considérera donc, dans le calme de sa
sagesse, les besoins du temps, non moins exigeants aujourd’hui qu’ils
ne l’étaient autrefois, et, par des concessions successives, qui
rectifieront l’orthographe française, elle assurera de plus en plus à
notre langue son universalité.