L'Éditeur poursuivra, suivant toute la rigueur des lois, les
contrefacteurs et vendeurs des oeuvres qu'il publie.
Afin de satisfaire l'impatience des nombreux souscripteurs des Oeuvres
de Napoléon Bonaparte, nous joignons au tome troisième de la collection
deux pièces originales qui appartiennent au tome premier, et qu'il
faudra plus tard faire relier à la fin de ce premier volume.
Les plus habiles bibliographes savaient très-bien que Bonaparte avait
publié au commencement de la révolution les deux brochures que nous
plaçons ici; mais on croyait impossible de se procurer ces deux écrits
de la jeunesse d'un sous-lieutenant d'artillerie, devenu depuis le
souverain maître de l'Europe. Le style et les idées du jeune soldat à
la naissance de la révolution, comparés aux discours de l'empereur,
offriront sans doute des rapprochemens intéressans; on y trouvera
peut-être déjà quelques points de départ de cette carrière où la
fortune, après avoir comblé un mortel de tous ses dons les plus
brillans, semble s'être plu à les lui ravir en un instant, pour le
frapper, à la fin de sa carrière, de ses coups les plus déchirans. Après
beaucoup de recherches que nous avions même cru désormais infructueuses,
nous sommes parvenus à ces découvertes importantes dans la collection
des _oeuvres_ d'un homme aussi extraordinaire.
La lettre à M. Buttafoco, député de la Corse à l'Assemblée nationale,
nous a été communiquée par l'imprimeur même de cette brochure, qui en
conservait un exemplaire précieusement: nous en devons la communication
à M. J. B, Joly, imprimeur à Dôle[4].
[Note 4: Nous avons depuis eu connaissance d'un autre exemplaire de
la lettre à M. Buttafoco, qui se trouve dans la bibliothèque d'un de
nos jurisconsultes les plus distingués: une faute d'impression y est
corrigée de la main même de Bonaparte.]
Bonaparte était alors lieutenant d'artillerie à Auxonne. Il vint trouver
M. Joly avec son frère Louis, auquel il enseignait les mathématiques:
l'ouvrage fut imprimé à ses frais au nombre de cent exemplaires, et il
les fit passer dans la Corse.
Bonaparte avait aussi composé un ouvrage qui aurait pu former deux
volumes, sur l'histoire politique, civile et militaire de la Corse. Il
engagea M. Joly à aller le voir à Auxonne pour traiter de l'impression
de cet ouvrage. M. Joly s'y rendit en effet. Bonaparte occupait, au
pavillon, une chambre presque nue, ayant pour tous meubles un mauvais
lit sans rideaux, une table placée dans l'embrasure d'une fenêtre, et
chargée de livres et de papiers, et deux chaises: son frère couchait sur
un mauvais matelas, dans un cabinet voisin. On fut d'accord sur le prix
d'impression; mais il attendait d'un moment à l'autre une décision pour
quitter Auxonne ou pour y rester. Cet ordre arriva en effet quelques
jours après: il partit pour Toulon, et l'ouvrage ne fut pas imprimé. Il
est douteux que l'on puisse jamais retrouver cet écrit dont il ne reste
aucune trace. On lui avait confié le dépôt des ornemens d'église de
l'aumônier du régiment, qui venait d'être supprimé. Il les fit voir à
M. Joly, et ne parla des cérémonies de la religion qu'avec décence: _Si
vous n'avez pas entendu la messe_, ajoutât-il, _je puis vous la dire._
Pour constater davantage l'authenticité de cette lettre, nous citerons
le passage suivant du Journal de Dijon, du 4 août 1821.
«L'exemplaire que nous possédons nous a été donné, il y a environ
dix-neuf ans, par une personne d'Auxonne, qui le tenait elle-même _ex
autoris dono_.
«Deux fautes d'impression, l'une à la première ligne de la page 8, et
l'autre à la fin de la sixième ligne de la page 9, sont corrigées de la
main de l'auteur.
«Il n'y avait pas long-temps que nous étions en possession de notre
exemplaire, lorsque dans un voyage à Dôle (Jura) nous eûmes occasion de
visiter M. Joly (Jos.-Fr.-Xav.), imprimeur en cette ville, possesseur
d'une bibliothèque qui atteste ses connaissances et son bon goût. Nos
yeux se promenaient avec complaisance sur les richesses bibliographiques
de son cabinet; ils s'arrêtèrent sur un volume fort mince, qui se
faisait distinguer, au milieu d'une quantité de reliures de luxe, par
la recherche qui avait été mise à la sienne: c'était la _Lettre de M.
Buonaparte à M. Matteo-Buttafoco_. Nous apprîmes alors, de la bouche de
M. Joly, que cette brochure était sortie de ses presses, en 1790;
que Bonaparte, qui était alors lieutenant au régiment de la Fère,
artillerie, en garnison à Auxonne, en avait revu lui-même les dernières
épreuves; qu'à cet effet il se rendait à pied à Dôle, en partant
d'Auxonne à quatre heures du matin; qu'après avoir vu les épreuves il
prenait, chez M. Joly, un déjeuner extrêmement frugal, et se remettait
bientôt en route pour rentrer dans sa garnison, où il arrivait avant
midi, ayant déjà parcouru dans la matinée huit lieues de poste.»
«Bonaparte entra dans le corps royal de l'artillerie en 1785. Du
régiment de la Fère, où il fit ses premières armes, il passa dans celui
de Grenoble, en garnison à Valence, où il était en 1791, le quatrième
des premiers lieutenans de première classe (Voyez l'_État militaire du
corps de l'artillerie de France pour l'année 1791_, imprimé chez
Firmin Didot, petit in-12 de 166 pages). Nous remarquons que le nom de
Bonaparte qui est employé trois fois dans l'_État militaire_ cité, y est
écrit, page 60, _Buonaparté_, tandis qu'on lit, pages 94 et 139, _Buona
parté_.»
La petite brochure intitulée: _Le souper de Beaucaire_, semblait devoir
ne pas échapper à l'oubli. Bonaparte passait, en 1793, à Beaucaire;
il s'y trouva à souper dans une auberge le 29 juillet, avec plusieurs
commerçans de Montpellier, de Nîmes et de Marseille. Une discussion
s'engagea sur la situation politique de la France: chacun des convives
avait une opinion différente.
Bonaparte, de retour à Avignon, profita de quelques momens de repos pour
consigner ce dialogue dans une brochure qu'il intitula: _Le souper de
Beaucaire_. Il fit imprimer cet opuscule chez Sabin Tournal, rédacteur
et imprimeur du Courier d'Avignon.
L'ouvrage ne fit alors aucune sensation; ce ne fut que lorsque Bonaparte
devint général en chef, que M. Loubet, secrétaire du feu M. Tournal, qui
en avait conservé un exemplaire, y attacha quelque prix, parce que cet
exemplaire était signé de la main de son auteur. Il le montra alors à
plusieurs personnes d'Avignon. M. Loubet étant mort, on s'est adressé à
son fils par l'intermédiaire de M. M...., et on a obtenu la copie
exacte de cet opuscule, dont il n'existe plus sans doute que ce seul
exemplaire.
GALERIE MILITAIRE
DE NAPOLÉON BONAPARTE
RECUEIL DE TOUS LES TABLEAUX ET MONUMENS
OU SONT REPRÉSENTÉS
LES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENS DE SA CARRIÈRE MILITAIRE;
PAR DAVID, GÉRARD, GIRODET, GROS, GUÉRIN, LBJEUNE, LETHIERS, GAUTHEROT,
TAUNAY, (Carle et Horace) VERNET, VINCENT, BACLER D'ALBE, BERTBON,
BOURGEOIS, CALLET, CARTELLIER, CLODION, DEBRET, DESEVE, ESPERCIEUX,
MEYNIER, MONGIN, PAJOU, PONCE CAMUS, RHOEN, THÉVENIN, etc., etc.
(FAISANT SUITE AUX OEUVRES DE NAPOLÉON.)
Gravés par G. NORMANT père et fils.
C.L.F. PANCKOUCKE, ÉDITEUR,
L'ouvrage contient QUARANTE planches in-folio sur papier vélin superfin.
Il paraîtra en CINQ livraisons de chacune HUIT planches.
Le prix de chaque livraison est de SIX FRANCS, et de tout l'ouvrage
TRENTE FRANCS.
Il faut ajouter trente centimes pour recevoir chaque livraison franc de
port.
Lorsque la victoire, qui avait guidé nos phalanges en Italie et en
Égypte sous la conduite de Napoléon, l'eut élevé sur les débris d'un
gouvernement éphémère, il sembla, pendant quelque temps, vouloir suivre
l'exemple qu'il avait donné lui-même, d'ériger des monumens à la gloire
nationale. C'était en effet à la patrie qu'avaient été consacrés les
chefs-d'oeuvre des arts, les plus beaux prix de nos conquêtes, par
l'armée d'Italie, dont les triomphes avaient peuplé ce Musée, devenu le
point de réunion des plus magnifiques productions de l'art antique et
moderne. Ce fut alors que le ciseau de nos plus habiles statuaires, que
le pinceau des disciples de Raphaël et de Michel-Ange s'empressèrent de
perpétuer les nombreux exploits de nos plus grands guerriers. Quelque
jaloux que fût Napoléon d'occuper seul les cent voix de la renommée,
pour entretenir cette ardeur belliqueuse, il fallut que sa gloire se
confondît avec la gloire nationale, qu'elles fussent toutes deux réunies
dans des monumens consacrés à l'utilité publique, aux hommes éminens
par la bravoure et le mérite, qui avaient bien servi la patrie, ou qui
étaient morts pour elle dans les combats.
Dans cette collection, nous avons placé les tableaux qui retracent la
carrière militaire de Napoléon Bonaparte, parce qu'il y est représenté
entouré des guerriers qui ont parcouru avec lui cette longue et
brillante période. En réunissant ces tableaux, le lecteur suivra, avec
les progrès de notre gloire militaire, ceux des efforts de tous les arts
pour l'immortaliser: chaque dessin rappellera à la mémoire le souvenir
de plusieurs événemens.
En célébrant ainsi de nouveau cette suite de hauts faits, nous rendrons
en même temps hommage au génie de nos grands artistes, aux David,
Gérard, Girodet, Gros, Guérin, Lejeune, Taunay, Vernet, etc., etc.
La galerie fondée par le prince Berthier contient huit tableaux, sujets
de batailles, par nos premiers artistes; nous avons obtenu de les faire
dessiner.
Nous avons cru devoir aussi nous réduire à un simple trait, suffisant
pour donner exactement le dessin des objets, et révéler toute la pensée
de l'artiste.
_Voici la liste et tordre dans lequel nous présenterons ce Recueil._
Les gravures sont classées dans l'ordre chronologique, et forment
une suite de tableaux historiques de la vie de Napoléon Bonaparte.