ORGANISATION D'APRÈS GUERRE

La constitution du service radiologique de guerre n'est pas seulement

pour nous un motif légitime de soulagement en ce sens qu'elle correspond

à un devoir accompli envers ceux qui risquaient leur vie pour la défense

de la patrie commune. Nous devons, en plus, y trouver un enseignement

impérieux pour l'avenir. Nous devons en déduire une organisation d'après

guerre dans l'intérêt du développement de notre race.

Maintenant que l'éducation sur ce point a été faite, que nul médecin ou

chirurgien n'ignore plus les bienfaits de l'examen radiologique, et que

cette connaissance est également répandue parmi les citoyens qui ont été

soldats et parmi leurs familles,--on ne peut plus revenir à l'ancien

état de choses où l'emploi de radiodiagnostic était réservé à des cas

exceptionnels et à des localités exceptionnelles. Il est indispensable

d'assurer à toute la population française le bénéfice d'une méthode

d'examen aussi précieuse.

Il est à remarquer, tout d'abord, qu'avec la fin de la guerre, ne se

sont nullement éteintes les obligations de solidarité sociale suscitées

par celle-ci. Nombreux sont les démobilisés qui, revenus dans leurs

foyers, ont conservé des souffrances ou des infirmités contractées

pendant le service. A tous ceux-là sont dus les soins qui peuvent

améliorer leur santé et faciliter leur travail; et il est parfaitement

légitime d'étendre ce droit à leurs familles.

Une obligation analogue est créée par les conditions spéciales de vie

dans les régions libérées. La reprise d'activité dans ces régions est

parfois très difficile. Les accidents de travail y sont nombreux. Le

poste de secours est un élément essentiel du groupement qui entreprend

la reconstruction des villages détruits et la mise en valeur des champs

ou des puits de mines. A chaque poste de secours doit être affecté un

appareil radiologique qui en augmente l'efficacité.

Les conséquences néfastes de la guerre se font sentir encore de bien

d'autres manières. Il n'est point nécessaire d'insister sur notre bilan

en ce qui concerne le nombre de la population et la santé publique. Nous

savons tous que la France a perdu l'élite de sa jeunesse tant au point

de vue physique qu'au point de vue moral, et que parmi les citoyens qui

ont été épargnés sévit la tuberculose. C'est la tuberculose encore qui

attaque la vie des jeunes enfants et compromet l'avenir de la race.

Pour conjurer le danger qui menace celle-ci, aucun effort ne doit être

épargné, et le mot d'ordre doit être de faire tout ce qui est possible

pour conserver à la France chacun de ses citoyens et pour assurer

le développement des enfants. Déjà cette nécessité a été largement

comprise, et un vaste effort a été entrepris pour la création de

dispensaires antituberculeux et de sanatoriums dans toute la France.

Ces établissements dont le rôle est la lutte contre la tuberculose

ont besoin pour cela de tous les moyens qu'offre la science moderne;

ils doivent, en particulier, disposer d'appareils radiologiques pour

l'examen des lésions pulmonaires et des lésions osseuses.

Les nécessités de l'examen radiologique ne se bornent pas à ces

exemples. Cet examen s'impose dans un grand nombre de cas qui se

présentent fréquemment dans la vie courante; il doit constituer un

procédé de diagnostic, non point exceptionnel, mais tout à fait

habituel. Il doit, en particulier, être employé pour veiller à la santé

des enfants, pour contrôler le développement de leur système osseux et

l'état des organes internes.

Pour remplir ce rôle social, le service radiologique doit être un

élément exigé dans tout hôpital, hospice ou établissement sanitaire de

France, dans les villages comme dans les villes. Une telle organisation

comporte une grande provision de matériel et un personnel correspondant.

La réalisation est facilitée par les disponibilités en appareillage qui

résultent de la guerre et par la formation de personnel qui a eu lieu

pour les besoins delà guerre.

Le Service de Santé qui s'est trouvé en possession d'un matériel

considérable, a pris la décision d'affecter celui-ci à ses hôpitaux

militaires, et, dans la mesure des disponibilités, aux hôpitaux mixtes

ou civils. De plus, les voitures radiologiques ou postes mobiles en bon

état doivent être mis à la disposition des centres de région pour parer

aux besoins de celles-ci, en se rendant dans les villages où il n'existe

aucun poste fixe. On obtient ainsi un noyau d'organisation qui s'étend

sur toute la France.

En dehors de cette action, il en est une autre, d'initiative privée. Les

œuvres de guerre, qui disposaient d'appareils radiologiques, en premier

lieu le Patronage National des Blessés, ont voulu compléter leur tâche

en répartissant les appareils rendus disponibles dans les hôpitaux et

dispensaires, de manière à établir des centres de service radiologique

ou à conserver ceux qui s'étaient fondés pendant la guerre.

Les hôpitaux et hospices civils des villes de province ont été, en

général, utilisés pour le service des blessés pendant la guerre. A

ce titre, ils ont été pourvus d'installations radiologiques établies

le plus souvent par l'initiative privée. Il est à remarquer que, dans

presque tous les cas semblables, les municipalités ont demandé après la

guerre à conserver l'installation et n'ont pas hésité à faire dans ce

but un effort en versant une indemnité à l'œuvre qui avait fourni les

appareils. C'est là une indication réconfortante du progrès réalisé dans

la connaissance générale du rôle de la radiologie et de la nécessité de

son emploi régulier.

Ainsi nous pouvons prévoir dès à présent une organisation assez complète

qui pourra se perfectionner progressivement, à condition de disposer

d'un personnel compétent suffisamment nombreux. Celui-ci doit pouvoir

être renouvelé suivant les besoins. Il est dont important que continuent

à fonctionner les centres d'enseignement pour les médecins spécialisés

en radiologie ainsi que pour les manipulateurs ou manipulatrices

chargés d'assurer le bon fonctionnement des appareils. Pour répondre à

ce besoin, un cours de Radiologie a été créé récemment à la Faculté de

Médecine de Paris.

Il convient aussi d'encourager la fabrication des appareils, des

ampoules, soupapes, écrans, etc., afin que les nombreux centres

radiologiques nouvellement créés puissent s'approvisionner facilement en

matériel indispensable.

La Radiologie et La Guerre · 第 15 / 21 题