«Madrid, le 12 juin 1812.
«Monsieur le duc, deux jours après avoir reçu votre dernière lettre, du
5 de ce mois, par laquelle vous m'annoncez que vous regardez le
mouvement des Anglais sur vous comme très-prochain, j'ai eu des
nouvelles de l'Andalousie; le maréchal duc de Dalmatie mande, par sa
lettre du 26 mai, qu'il est positif que l'intention du général anglais
est de marcher sur l'Andalousie pour forcer l'armée du Midi à lever le
siége de Cadix: telles sont ses propres expressions. D'après cette
opinion, à laquelle le duc de Dalmatie paraît s'être arrêté, loin
d'avoir exécuté les ordres que je lui avais donnés de mettre le corps du
comte d'Erlon en mesure de contenir celui du général Hill en Estramadure
et de passer même le Tage si le général Hill le passait pour agir sur la
rive droite, il demande que l'armée de Portugal et celle d'Aragon
marchent au secours de l'armée du Midi.
«Comme cette opinion ne s'est point vérifiée jusqu'ici et qu'elle me
paraît même formellement démentie par les rapports que vous m'avez
adressés, je n'ai point révoqué mes premiers ordres; je les réitère, au
contraire, en pressant leur exécution.
«J'ai cru cependant qu'il était important de vous faire connaître ce que
m'écrit le duc de Dalmatie. Il est possible que les Anglais fassent par
la suite ce qu'ils n'ont pas fait aujourd'hui.
«Je vous recommande donc de ne pas vous laisser imposer par de fausses
démonstrations; s'il arrivait que celles que les Anglais ont faites
contre vous n'eussent eu d'autre objet que de masquer leur véritable
projet sur l'Andalousie, soyez toujours prêt à faire marcher, comme mes
instructions antérieures l'ont prévu, trois divisions de l'armée de
Portugal en Estramadure, dans le cas où lord Wellington se porterait sur
la rive gauche du Tage: c'est ce que vous êtes à portée d'observer. Le
général Caffarelli m'a écrit en date du 25 mai; il a dû entrer en
correspondance avec vous sur les secours que vous pouvez attendre de
l'armée du Nord; il paraît que vous avez peu à y compter, vu l'état de
faiblesse auquel, suivant ce que mande le général Caffarelli, l'armée du
Nord est réduite.»