LE MINISTRE DE LA GUERRE AU MARÉCHAL MARMONT.

«Paris, le 9 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, depuis la lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à

Votre Excellence le 2 du courant, l'Empereur m'a renvoyé vos dépêches

des 16 et 21 avril. Sa Majesté m'ordonne de vous mander que c'est

dorénavant le roi d'Espagne qui doit vous donner les directions, ainsi

que le prince de Neufchâtel l'a fait connaître et que j'ai eu soin de

vous le réitérer par mes lettres des 15 mai et 2 courant. Ceci répond

aux observations et aux demandes contenues dans votre première dépêche;

Sa Majesté espère que votre retraite s'est faite devant lord Wellington

suivant les règles de la guerre, en le contenant avec des masses et des

corps rassemblés.

«L'Empereur suppose que vous aurez conservé vos têtes de pont sur

l'Aguada[7], parce que cela seul peut vous permettre d'avoir des

nouvelles de l'ennemi tous les jours et de le tenir en respect. Sa

Majesté ajoutait, à cette occasion, que, si vous aviez mis un trop grand

intervalle entre l'ennemi et vous, vous auriez agi contre les principes

de la guerre en laissant le général anglais maître de se porter où il

voudrait, et que, perdant ainsi l'initiative des mouvements, vous

n'auriez plus la même influence dans les affaires d'Espagne. L'Empereur

pense que la Biscaye et le Nord se sont trouvés dans une situation

fâcheuse par les suites de l'évacuation des Asturies, dont la

réoccupation par la division du général Bonnet ne lui était point encore

connue. Le nord de l'Espagne s'est trouvé exposé, en effet, à des

événements malheureux, et il n'est pas douteux que la libre

communication des guérillas avec la Galice et les Asturies, par terre et

par mer, ne finit par les rendre formidables. _Tant que les Asturies ne

seront pas occupées en force par vos troupes_, ajoute Sa Majesté, _votre

position ne peut jamais s'améliorer_.

[Note 7: Toujours les mêmes idées insensées! Conserver des têtes de

pont sur l'Aguada quand l'armée prend forcément position sur la Tormès

et en arrière, et qu'un espace de vingt lieues de désert sépare les deux

armées! LE MARÉCHAL DUC DE RAGUSE.]

«Telle est l'opinion de l'Empereur, sur laquelle Sa Majesté insiste

d'autant plus, qu'elle ignorait, en écrivant, le retour du général

Bonnet dans les Asturies, que vos lettres postérieures lui auront

appris, et qui doit avoir une influence très-avantageuse sur l'état des

affaires dans le nord de l'Espagne.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9) · 第 101 / 127 题