LE MARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL MARMONT.

«Séville, le 14 avril 1812.

«Monsieur le maréchal, M. le général Foy a dû vous transmettre diverses

lettres que je lui ai écrites, et vous rendre compte que la place de

Badajoz avait été malheureusement emportée par assaut dans la nuit du 6

au 7 de ce mois. Je m'étais porté en Estramadure avec vingt-quatre mille

hommes pour secourir la place; le 7, j'arrivai à Villafranca, et mes

avant-postes furent poussés jusqu'à Fuente-Del-Maestro, Azeuchal,

Villalba et Almendralejo. Le 8, comme j'allais prendre position à

l'embouchure du Guadajira, j'appris la fâcheuse nouvelle de la prise de

Badajoz. Jusqu'alors je m'étais flatté que l'armée de Portugal, qui ne

pouvait douter que toute l'armée anglaise ne fût sur la Guadiana,

viendrait se réunir à celle du Midi pour livrer bataille aux ennemis.

J'étais fondé dans mon espoir par l'assurance que vous-même me donnâtes

le 22 février dernier. Mais, en même temps, j'appris, par des lettres du

général Foy des 30 et 31, que les moyens qu'il avait auparavant lui

étaient ôtés. J'étais en trop grande disproportion de forces avec

l'ennemi pour lui livrer bataille en Estramadure; je me suis donc

rapproché de l'Andalousie, où ma présence était des plus nécessaires:

Séville était investie par quatorze mille Espagnols, et les lignes de

Cadix étaient compromises.

«On dit que l'armée anglaise marche sur moi; si elle se présente, je la

recevrai en position, et je ferai en sorte qu'elle ait lieu de se

repentir d'être venue. S'il y avait en le moindre concert d'opération

entre l'armée de Portugal et celle du Midi, l'armée anglaise était

perdue et la place de Badajoz serait encore au pouvoir de l'Empereur. Je

déplore amèrement qu'il ne vous ait pas été possible de vous entendre

avec moi à ce sujet.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9) · 第 84 / 127 题