LE GÉNÉRAL DORSENNE AU MARÉCHAL MARMONT.

«Pampelune, le 11 avril 1812.

«Monsieur le maréchal, je ne reçois qu'à l'instant la lettre que Votre

Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 23 mars dernier pour me

prévenir que les ennemis paraissent décidément faire une entreprise sur

Badajoz; qu'elle se met en mouvement; qu'elle va, en conséquence, avoir

besoin d'augmenter ses forces, et que, pour les réunir, elle m'engage à

relever la grande communication, les garnisons de la province de

Palencia et celles de Valladolid.

«Il m'est extrêmement pénible d'être obligé de déclarer à Votre

Excellence que je ne puis faire dans cette occasion ce qu'elle désire.

_Les troupes qui me sont annoncées depuis deux mois ne sont pas

arrivées._ Partout mes _garnisons sont insultées_, et je n'ai pas un

régiment disponible pour agir. Si je ne reçois pas de renforts, j'ai

lieu de craindre de voir mes communications interceptées avant peu.

«Une preuve bien convaincante de ce que j'annonce à Votre Excellence,

c'est que les régiments de marche de son armée, que j'aurais dû lui

renvoyer depuis longtemps, n'ont pu encore être remplacés, ce qui m'a

obligé à les garder jusqu'à ce jour.

«Enfin, monsieur le maréchal, je dois vous prévenir qu'en supposant même

que le prince de Neufchâtel vous ait donné l'avis que je dois vous

secourir au besoin, il me serait impossible de le faire dans ce moment,

puisque je ne peux déplacer un seul homme sans compromettre ou évacuer

le pays (ce qui serait bien contraire aux intérêts et à la volonté de

l'Empereur), et que, partout où mes troupes sont établies, elles n'y

sont que trop faiblement.

«Je vais me rendre en Biscaye, afin de faire un effort pour vous

renvoyer vos deux régiments de marche, qui tiennent encore la ligne

d'Irun à Vitoria. Celui qui était à Pampelune doit vous avoir rejoint.

Si je réussis, je me trouverai heureux; mais je vous prie de ne pas me

supposer dans une position avantageuse.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9) · 第 82 / 127 题