«Paris, le 12 mars 1812.
«J'ai mis sous les yeux de l'Empereur, monsieur le maréchal, vos lettres
des 27, 28 février et du 2 de ce mois.
«Sa Majesté pense que la réunion de vos forces à Salamanque n'est pas
suffisante pour le but que vous devez remplir; qu'il est nécessaire que
vous jetiez un pont sur l'Aguada, et que vous y ayez une tête de pont,
afin que, si l'ennemi laisse moins de cinq divisions sur la rive droite
du Tage, vous puissiez vous porter sur la Coa, sur Almeida, et ravager
tout le nord du Portugal. La saison des pluies doit finir. Si Badajoz
est pris par deux simples divisions, la prise de Badajoz ne pourra pas
vous être imputée et retombera tout entière sur l'armée du Midi. Si, au
contraire, l'ennemi s'affaiblit de plus de cinq divisions et n'en laisse
que deux, trois ou même quatre sur la rive droite, ce sera la faute de
l'armée de Portugal si elle ne marche pas sur le corps de l'ennemi,
n'investit pas Almeida, ne ravage pas tout le nord du Portugal, ne jette
pas des partis jusqu'à Mondego. Enfin le rôle principal de l'armée de
Portugal se réduit à ceci: d'y tenir en échec six divisions de l'armée
anglaise, au moins cinq; prendre l'offensive dans le Nord; ou, si
l'ennemi a pris l'initiative, ou si toute autre circonstance l'ordonne,
faire filer sur le Tage, par Almaraz, autant de divisions que lord
Wellington en aura fait filer pour faire le siége de Badajoz.
«Telles sont, monsieur le duc, les dispositions que Sa Majesté me charge
de vous prescrire.»