LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.

«Valladolid, le 13 janvier 1812.

«Monseigneur, en lisant votre lettre DU 21 NOVEMBRE, je trouve que je

n'ai fait qu'exécuter littéralement l'ordre de l'Empereur, et que, même,

je lui ai donné moins d'extension, puisqu'il m'était prescrit de

compléter à douze mille hommes le détachement de l'armée du Centre, et

que celle-ci n'a presque rien fourni; enfin que l'intention de Sa

Majesté était que je plaçasse quatre mille hommes en échelons pour

maintenir la communication. La division que j'ai de moins pour le

moment, et que Sa Majesté supposait que j'avais sous la main, se

trouvait nécessairement détachée pour l'exécution des ordres que vous

m'avez adressés.

«Le général Montbrun n'a pas _pu passer par Lucena_. Il lui aurait

_fallu un équipage de montagne_, et je n'en ai pas. Il paraît qu'il lui

était aussi impraticable _de se porter par Tarazona sur Requeña_.

Indépendamment de la difficulté des chemins, de celle des vivres, le

passage _présente des impossibilités_, et, près de Requeña, se trouvent

des positions qui sont occupées, retranchées et difficiles à chercher et

difficiles à emporter. Il a donc pris la route _d'Albonte_ et manoeuvré

_sur la rive droite du Xucar_, menaçant _la seule retraite qu'ait

l'ennemi_. Il est probable que son arrivée dans ces parages aura fait

une diversion utile au maréchal Suchet, et lui aura facilité

l'investissement de la place en séparant l'armée de la garnison, et

déterminé celle-là à rentrer en Murcie. Ainsi tout ce qui tient aux

opérations d'armée semble devoir être promptement terminé; et, si

Valence résiste encore, ce ne sera plus qu'une opération méthodique pour

laquelle le concours _du général Montbrun serait inutile_; et, comme,

d'un autre côté, il est probable que les Anglais feront des mouvements à

la fin de février, _et qu'alors j'ai besoin de tout mon monde_, j'ai

donné l'ordre au général Montbrun _de se mettre en route à la fin de

janvier pour me rejoindre_. Indépendamment des deux divisions, _il a

toute ma cavalerie légère_ dont je ne saurais me passer si, seul, je me

trouvais forcé de faire la moindre opération.

«Sa Majesté parait tenir à ce que j'aie trois divisions dans la vallée

du Tage; mais, vu la grande étendue de l'armée _et le temps qu'il faut

pour la réunir_, qui, y compris celui nécessaire pour que _les ordres de

mouvement parviennent_, est au moins _de quinze jours_, tandis que

l'ennemi _peut être en quatre jours sur moi_, je n'ai _d'autre garantie_

d'être en mesure _de le combattre et de l'empêcher de séparer l'armée_,

tant qu'il est dans _la position qu'il occupe aujourd'hui_, que de tenir

_beaucoup de troupes sur les deux rives du Duero, afin de retarder assez

les opérations pour que les divisions puissent venir me rejoindre_.

Mais, indépendamment de ces motifs, _comment pourrais-je occuper le pays

entier_, établir des ressources, rendre faciles toutes les

communications _si près de la moitié de l'armée se trouve dans la vallée

du Tage?_ Enfin, une dernière considération, qui a en partie motivé _le

changement de situation de l'armée, c'est l'impossibilité d'y vivre_. Un

corps considérable dans cette position _ne peut y vivre que par les

provinces_ de la Manche et de Ségovie; et elles sont _affectées_ à

l'armée du Centre. Partout il _n'est_ possible _d'y entretenir que_ des

postes ou une très-faible _division_. C'est ce que j'ai fait. Malgré les

efforts inouïs que j'ai faits avant mon départ pour procurer des

subsistances à cette division, _je n'ai encore que l'espérance_ qu'elle

pourra y vivre jusqu'à la récolte, mais non la certitude.

«Je suis arrivé à Valladolid avant-hier; le général Dorsenne avait

préparé _un ravitaillement pour Rodrigo_, et je profite de sa présence

ici pour être soutenu au besoin, et je fais conduire _le convoi

immédiatement dans cette place_, et par la même occasion _en relever la

garnison et en changer le commandant_. Comme je n'ai point de _cavalerie

légère_, le général Dorsenne me prête celle qu'il a ici et qui, réunie

aux dragons, me donnera une force _en cavalerie suffisante pour le

mouvement_; je soutiens _le convoi par quatre divisions_ et je m'y rends

de ma personne. Je ne pense pas que l'ennemi fasse de _dispositions pour

s'opposer à son entrée_. Mais, si l'armée anglaise passait l'Aguada pour

livrer bataille, _j'attendrais sur la Tormès la division du Tage et les

troupes que le général Dorsenne pourrait m'amener_; mais sans doute ce

cas n'arrivera pas. _Rodrigo sera ainsi approvisionné_ jusqu'à la

récolte, et, à moins _d'un siége_, il ne doit plus être l'objet d'aucune

sollicitude. Cette opération terminée, les troupes du général Dorsenne

seront relevées sans retard dans le septième gouvernement.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9) · 第 56 / 127 题