«Paris, le 24 août 1811.
«L'Empereur a lu, monsieur le maréchal, vos dernières dépêches. Sa
Majesté voit avec plaisir les ouvrages que vous avez fait faire à
Almaraz et sur le Tietar. Elle trouve qu'il serait convenable de faire
des ouvrages de campagne en avant du Rio del Monte.
«Sa Majesté espère qu'avant le 15 septembre tous vos dépôts, les trois
cent quatre-vingt-sept chevaux qui doivent compléter les cinq cents
chevaux du train de la garde, sur lesquels cent treize vous ont déjà été
fournis, et les onze cent quarante chevaux du train, que vous mène le
général Vandermaesen, vous seront arrivés; que tous vos dépôts
quelconques, soit de cavalerie, soit d'infanterie, vous auront rejoint,
et que votre armée se trouvera ainsi portée à plus de cinquante mille
hommes. La réparation de votre armée est la grande affaire en ce moment;
elle doit occuper tous vos soins; mais l'Empereur trouve que vous
n'envoyez aucun état détaillé qui puisse mettre à même de disposer à
subvenir à tous vos besoins.
«J'envoie mon aide de camp, le chef d'escadron baron de Canouville, dans
les provinces du Nord, avec des ordres pour que tous les dépôts de
cavalerie et d'artillerie, et tous les détachements qui appartiennent à
l'armée de Portugal, la rejoignent sans délai. Cet officier a l'ordre de
voir tout partir et de rester jusqu'à ce que tout soit en marche; je lui
prescris même de se mettre en correspondance avec vous pour l'exécution
de ces ordres.
«L'Empereur, monsieur le duc, me charge de vous faire connaître que
l'armée de Portugal doit prendre sa ligne de communication sur Madrid;
que c'est là que doit être son centre de dépôt; que toute opération que
l'ennemi ferait sur la Coa ne peut déranger cette ligne. Si l'ennemi
veut prendre l'offensive, il ne peut la prendre que dans l'Andalousie,
parce que, de ce côté, il a un objet à remplir qui est de faire lever le
siége de Cadix. Ses forces dans le Nord, avançât-il même jusqu'à
Valladolid, n'aboutiraient à rien. Les troupes que nous avons dans ces
provinces, en se repliant, lui opposeraient une armée considérable, et
alors, sans doute, l'armée de Portugal devrait faire, pour l'armée du
Nord, ce qu'elle ferait pour l'armée du Midi. L'objet important est que
votre ligne d'opération soit sur Talavera et Madrid, parce que votre
armée est spécialement destinée à protéger celle du Midi. Enfin,
monsieur le maréchal, l'armée de Portugal étant attaquée de front, son
mouvement de retraite est encore sur Madrid, parce que, dans tous les
cas possibles, ce doit être sa ligne d'opération. Il faut donc que tous
les dépôts quelconques appartenant à l'armée de Portugal soient dirigés
sur Talavera et Madrid. L'Empereur a même ordonné que la garnison de
Rodrigo fût relevée par l'armée du Nord; mais ce dernier ordre ne pourra
être exécuté que plus tard.
«Le 26e régiment de chasseurs, qui est un régiment entier, doit vous
avoir rejoint. Mandez-le-moi. Il est fort important que vous ayez au
moins six mille hommes de cavalerie. Correspondez le plus fréquemment
possible avec moi et sur tous les détails tant militaires que
d'administration.
«Le général Dorsenne recevra, par mon aide de camp, l'ordre impératif de
faire partir, dans les vingt-quatre heures, tous vos dépôts et
détachements. Tout ce qui est en état de servir sera dirigé en gros
détachements sur Placencia, et le général Dorsenne vous enverra l'état
et l'itinéraire. Quant aux hommes malingres, il les dirigera sur Madrid,
puisque votre ligne d'opération est désormais sur Madrid, en sorte qu'il
ne lui restera plus un seul homme appartenant à votre armée.
«Je vous préviens aussi, monsieur le maréchal, que, vraisemblablement,
l'Empereur se déterminera à diriger de Valladolid, par Salamanque, sur
Placencia tous les renforts que conduit le général Vandermaesen. Tout ce
qui est pour l'armée du Midi se réunira à la colonne du général
Vandermaesen et en suivra le mouvement, et ensuite cette troupe se
rendra d'Almaraz, par Truxillo, à l'armée du Midi.
«Mon aide de camp, après avoir vu partir les troupes et même le corps du
général Vandermaesen, continuera sa route par Avila, Placencia et
Almaraz, et reviendra par Truxillo et Madrid; et l'intention de Sa
Majesté est que vous le chargiez de rapporter des états exacts de la
situation de l'armée.»