Don Adriano d'Armado à Jacquinette.»

C'est ainsi que tu entends le lion de Némée rugir contre toi, pauvre

agneau, destiné à être sa proie. Tombe avec soumission aux pieds du

monarque, et, au retour du carnage, il pourra être d'humeur de se jouer

avec toi; mais si tu résistes, pauvre infortuné, que deviens-tu alors?

La proie de sa rage et la provision de sa caverne.

LA PRINCESSE.--De quel plumage est celui qui a dicté cette lettre?

Quelle girouette! quel coq de clocher! Avez-vous jamais rien entendu de

mieux?

BOYET.--Je suis bien trompé si je ne reconnais pas le style.

LA PRINCESSE.--Je le crois sans peine; autrement votre mémoire serait

bien mauvaise, vous venez de le lire il n'y a qu'un moment.

BOYET.--Cet Armado est un Espagnol qui hante ici la cour. Un rêve-creux,

un monarcho[38]. Un homme qui sert de divertissement au prince et à ses

compagnons d'étude.

[Note 38: Caractère fantasque du temps, monarque italien, rodomont et

insolent.]

LA PRINCESSE, _à Costard_.--Toi, l'ami, un mot. Qui t'a donné cette

lettre?

COSTARD.--Je vous l'ai dit: monseigneur.

LA PRINCESSE.--A qui devais-tu la remettre?

COSTARD.--De la part de monseigneur, à madame.

LA PRINCESSE.--De quel seigneur et à quelle dame?

COSTARD.--De monseigneur Biron, mon bon maître, à une dame de France

qu'il appelle Rosaline.

LA PRINCESSE.--Tu t'es mépris sur l'adresse de cette lettre. Allons,

mesdames, partons.--(_A Costard_.) Mon ami, cède cette lettre, on te la

rendra une autre fois.

(La princesse sort avec sa suite.)

BOYET.--Quel est le galant[39]?

ROSALINE.--Vous apprendrez à le connaître.

BOYET.--Oui, mon continent de beauté[40].

[Note 39: _Suitor_ et _shooter_. La prononciation fait l'équivoque

_amant_ et _tireur_.]

[Note 40: Toi qui contiens, qui possèdes toute la beauté de la terre.]

ROSALINE.--Eh bien! celle qui tient l'arc.--Bien répliqué, n'est-ce pas?

BOYET.--La princesse va tuer des cornes; mais si vous vous mariez,

pendez-moi par le cou, si les cornes manquent cette année; bien riposté.

ROSALINE.--Eh bien! je suis le tireur.

BOYET.--Et quel est votre daim?

ROSALINE.--Si on le choisit aux cornes, c'est vous-même... Ne

m'approchez pas; riposté.

MARIE.--Vous disputez toujours avec elle, Boyet; et elle frappe au

front.

BOYET.--Mais elle-même est frappée plus bas, l'ai-je bien visée de ce

coup?

ROSALINE.--Voulez-vous que je vous attaque avec un vieux proverbe qui

dit: «Il était un homme, lorsque le roi Pépin de France n'était encore

qu'un petit garçon,» qui visa le but?

BOYET.--Je pourrais vous répliquer par un autre, qui dit: «Il était une

femme, lorsque la reine Genièvre de Bretagne n'était qu'une petite

fille,» qui visa le but?

ROSALINE, _chantant_.

Tu ne peux le toucher, le toucher, le toucher,

Tu ne peux le toucher, bonhomme.

BOYET, _chantant_.

Si je ne le peux, si je ne le peux,

Si je ne le peux, un autre le pourra.

(Rosaline et Catherine sortent.)

COSTARD.--Sur ma foi, cela est bien plaisant! comme tous deux l'ont

ajusté!

MARIE.--Un but merveilleusement visé! car tous deux l'ont touché.

BOYET.--Un but! Oh! remarquez bien le but; un but, dit cette dame.

Mettez une marque à ce but, pour le reconnaître, si cela se peut.

MARIE.--La main est à côté de l'arc: en vérité, la main est hors de la

ligne.

COSTARD.--Oui vraiment, il faut viser plus près, ou jamais il ne

touchera le blanc[41].

[Note 41: _Cloud_, le blanc que visent les archers, et _pin_, la

cheville qui le soutient en l'air.]

BOYET.--Si ma main est à côté de la ligne, il y a apparence que la vôtre

est dans la ligne.

COSTARD.--Alors elle aura gagné le prix, en fendant la cheville du

blanc.

MARIE.--Allons, allons, vos propos sont trop grossiers. Vos lèvres se

salissent.

COSTARD, _à Boyet_.--Elle est trop forte pour vous à la pointe,

monsieur. Défiez-la aux boules.

BOYET.--Je crains de trouver trop d'inégalités dans le terrain: bonne

nuit, ma chère chouette.

(Boyet et Marie sortent.)

COSTARD, _seul_.--Par mon âme, un simple berger, un pauvre paysan! ô

seigneur, seigneur! Comme les dames et moi nous l'avons battu! Oh! sur

ma vie, excellentes plaisanteries! Un esprit sale et vulgaire quand il

coule si uniment, si obscènement, comme qui dirait, si à propos. Armado

d'un côté. Oh! c'est un élégant des plus raffinés! Il faut le voir

marcher devant une dame et porter son éventail! Il faut le voir envoyer

des baisers; et avec quelle grâce il lui fait des serments! et son page

de l'autre côté: cette poignée d'esprit! Ah! ciel! c'est la lente la

plus pathétique! «Sol, la, sol, la.»

(On entend des cris à l'intérieur.--Costard sort en courant.)

Peines d'amour perdues Comédie · 第 19 / 30 题