Quoique votre trop flatteuse lettre, citoyen, et vos jolis couplets ne
soient signés que de la lettre initiale B....l, je crois avoir deviné
juste, en vous en croyant le père, et j'aime mieux courir le risque
d'une erreur, que d'une ingratitude. Recevez l'expression de toute
ma sensibilité: si la vérité ne dicte pas vos éloges, c'est au moins
l'amitié, et ce dernier sentiment m'est si cher, j'en ai tant besoin,
pour supporter mon infortune, que je lui pardonne tout.
D'une captivité cruelle
Vous louez trop le triste fruit,
Mon cœur, au sot orgueil rebelle,
Par votre encens n'est pas séduit.
La complaisance maternelle
N'a jamais fasciné mes yeux.
Une éloquence naturelle
Est pour moi l'art le plus heureux.
Souffrant, prêt à cesser de vivre,
Ai-je pu croire qu'à ces _Nuits_
Le destin me ferait, survivre,
Et finirait mes longs ennuis?
Dans le sein d'une épouse chère
J'épanchais ma sombre terreur;
Je ne voulais qu'elle sur terre,
Pour confidente et pour lecteur.
Le neuf thermidor me rappelle
A ses baisers, à son amour;
Je ne renaissais que par elle,
Pour elle je chéris le jour.
De mes mains, la reconnaissance
Laisse échapper le manuscrit.
Un voile sert mon impuissance,
Mais l'amour encor me trahit.
C'est à vous de cueillir des palmes
Au Pinde, et la rose à Paphos,
Vous dont les jours sereins et calmes
S'écoulent dans un doux repos.
Seize ans, âme sensible, aisance,
Forces, talens, vous avez tout:
La carrière pour vous commence,
Moi, je suis las et suis au bout.