_Des Nuits d'Hiver et de la Conciergerie._
De Vezoul, le 25 Prairial, an 5.
Je lisais avant-hier vos _Nuits de la Conciergerie_,[17] mes sens
étaient émus, mon imagination exaltée; je jetais? quelques idées sur
le papier, j'y ajoutai des rimes, et c'est ce que j'ose vous offrir
aujourd'hui. Pardonnez ce faible hommage: souriez à l'essai d'un jeune
homme de seize ans qui demande et a besoin d'encouragement et d'exemple.
Quelle âme sensible et naïve
A tracé ces sombres tableaux?
Quelle voix touchante et plaintive
Gémit au fond de ces cachots?
Quel pinceau!... quelle touche mâle!
Qu'il sait bien choisir ses couleurs!
Silence! son chagrin s'exhale!
Qu'il peint bien ses justes douleurs!
O toi dont le tendre délire
Produit des accords si touchans;
Toi, dont l'harmonieuse lyre
Émeut, échauffe tous mes sens!
Et toi, sa compagne chérie,
Toi qui partageas ses malheurs,
Souffre que mon âme attendrie
Avec vous répande des pleurs.
Quand sur l'émail de la prairie
Un doux songe te fait errer,
Avec toi, dans ta rêverie,
Oh! qu'il m'est doux de m'égarer!
Quand un autre songe t'inspire,
Te change en guerrier courageux,
A tes côtés je vois, j'admire
Mon pays libre et vertueux.
Quand ta Joséphine inquiette
Vient te consoler en prison,
De mon cœur ma bouche interprète
Répète à chaque instant son nom.
Quand par un ordre sanguinaire,
Plongé vivant sous les tombeaux,
Tu nous retraces ta misère,
Je sens, je partage tes maux.
Que tu sais bien de la nature
Nous peindre les rians attraits!
Que d'une ame innocente et pure
Tu sais bien nous offrir les traits!
Que ton simple et touchant ouvrage
Remplit mes sens de volupté!
Pardonne à ce trop faible hommage,
C'est le cœur seul qui l'a dicté.