Tout récipiendaire doit avoir un état au moins honnête, de l'aisance et
une sorte de crédit dans le monde.
Il ne sera admis qu'aux deux tiers des suffrages.
L'épreuve sera d'un an entier.
On ne prendra point d'argent pour la réception d'un Franc-péteur. On
devrait payer au contraire les hommes assez courageux pour oser devenir
libres et procurer la liberté aux autres.
Il faudra, pour être reçu, n'avoir pas moins de 24 ans, et pas plus de
60.
On exige du récipiendaire une disposition marquée pour l'éloquence, et
sur-tout la connaissance de sa langue.
Les Francs-péteurs n'auront au-dehors aucunes marques distinctives.
Dans leurs assemblées seulement, ils porteront au cou un ruban blanc,
au bout duquel pendra la figure en or de Zéphire, couronné de toutes
sortes de fleurs, avec cette devise: A LA LIBERTÉ.
Le lieu des séances se nomme _Case_.
La formule du serment pour être reçu, est conçue en ces termes: «Tenant
à grand honneur d'entrer dans la société des Francs-péteurs, je promets
une constante soumission à son directeur et une tendre amitié à tous
les frères. Ennemi déclaré du préjugé, je le combattrai en tous lieux,
en pétant librement, souvent et méthodiquement».
Cette formule prononcée à haute voix sera suivie d'une canonnade ou
salve de pets, en signe d'allégresse.
Les repas se font dans la salle du _Zéphire_ ou de la _Liberté_.
Les discours d'éloquence ne seront prononcés que dans la _Case_, ainsi
que les bons poëmes et odes, à l'honneur du Pet.
Les petits madrigaux, quatrains, épitres, stances et couplets ne seront
reçus qu'à table.
Les Francs-péteurs ne feront des vers que dans l'intention de faire
ensuite de meilleure prose.
Les applaudissemens ne se manifesteront que par le bruit des pets.
L'improbation, par le silence.
Le recueil sera publié tous les ans, et marchera de pair avec celui des
mille et une autres sociétés en vogue.
Tous les deux mois, on tiendra la _Case_ ordinaire.
Le conseil tiendra tous les huit jours.
Chaque année, le premier ventôse, époque où les vents impétueux
sont censés faire le plus de fracas, sera l'assemblée générale, où
les officiers de chaque case feront l'extrait des délibérations du
conseil; les trésoriers y rendront leurs comptes. Les réflexions et
observations seront proposées par écrit et signées de leur auteur.
Chaque case est composée d'un directeur, d'un vice-gérent ou directeur
en second, d'un orateur, d'un foudroyant, d'un introducteur et d'un
trésorier.
Tous les officiers composeront le conseil, et y appelleront les cinq
derniers officiers sortans de charge, avec les plus anciens frères; de
sorte qu'ils seront toujours au nombre de douze.
Il n'y aura point de chef, ni de secrétaire-général, ou perpétuel, car
leur autorité balancerait d'abord et neutraliserait ensuite le pouvoir
de l'universalité.
Il ne pourra y avoir absolument qu'une Case d'établie dans chaque
ville, excepté à Paris, où il y en aura trois, l'une au centre et les
deux autres répondantes à l'orient et à l'occident.
Chaque Case ne pourra être composée que de trente sujets exclusivement.
Ils suffisent pour ramener à la liberté des concitoyens de bonne foi.
La société aura des correspondans dans toutes les communes de la
République; et dans les pays étrangers, un chef de correspondance,
auquel tous les autres associés rendront compte de leurs opérations.
On s'assemblera tous les deux mois, à 8 heures du matin, en été, et à
dix en hiver. On fera un dîner honnête, mais frugal.
Il n'y aura point de frères du second ordre.
_Nota._ Si la société a lieu, on donnera plus d'étendue à ce réglement,
mais le nom de la société ne changera pas.