Tout pet est salutaire par lui-même, en tant que l'on se débarrasse
d'un vent qui incommode. Cette évacuation détourne plusieurs maladies,
la fureur, la douleur hypocondriaque, la colique, les tranchées, la
passion iliaque, etc. Mais lorsqu'ils remontent, ou ne trouvent pas de
sortie, ils attaquent le cerveau par la prodigieuse quantité de vapeurs
qu'elles y portent, corrompent l'imagination, rendent mélancolique,
frénétique, et engendrent d'autres maladies très-fâcheuses. De-là, les
fluxions qui se forment par la distillation des fumées de ces météores
sinistres, et qui descendent dans les parties inférieures: heureux
quand on en est quitte pour la toux, et les catarrhes. Le plus grand
mal est d'être incapable de toute application, et rebuté par l'étude et
le travail. Partez comme moi de ce principe, cher lecteur, qu'il y a
une utilité particulière à péter; je vais en citer plusieurs exemples.
Une dame, dans un cercle nombreux, est attaquée d'un mal de côté:
allarmée d'un accident si imprévu, elle quitte une fête qui semblait
n'être faite que pour elle, et dont elle était l'ornement. On s'agite,
on s'inquiète, on vole à son secours. La faculté s'assemble à la hâte,
consulte, raisonne, cherche la cause du mal, cite force auteurs,
s'informe de la conduite et du régime de la dame. La malade s'examine
et se rappelle qu'elle a imprudemment retenu un gros pet qui lui
demandait son congé.
Une autre, sujette aux vents, retient douze gros _pets_ captifs, qui
successivement essaient de se faire jour. Elle se met à la torture,
pendant une longue séance, et se présente à une table bien servie,
croyant y faire figure. Qu'arrive-t-il? elle dévore des yeux des mets
auxquels elle ne peut toucher. Tout est plein, son estomach rempli de
vents, ne peut plus recevoir de nourriture.
Un petit maître, un abbé poli, un grave magistrat, tous trois
également contrefaits, font de leur corps une caverne d'Eole; ils
y introduisent les vents, l'un par ses éclats, l'autre ses doctes
entretiens, le dernier dans ses longues harangues. Bientôt ils sentent
l'effort d'une violente tempête intestine, se roidissent contre sa
fureur. Pas un d'eux ne lâche le moindre pet; de retour chez eux, une
violente colique que toute la pharmacie ne peut appaiser, les abat
impitoyablement, et les met à deux doigts de la mort.
Que de biens ne procure point un pet lâché à propos. Il dissipe tous
les symptômes d'une maladie sérieuse, il bannit toutes craintes et
tranquillise par sa présence les esprits allarmés. Tel se croyant
dangereusement malade, appelle tous les sectateurs de Galien, qui
tout-à-coup faisant un pet copieux, remercie la médecine, et se trouve
parfaitement guéri. Tel autre se lève avec un poids énorme sur
l'estomach, et sort du lit tout gonflé. Il n'a cependant fait la veille
aucun excès. Sans goût, sans appétit, il ne prend aucune nourriture,
s'inquiète, s'allarme; la nuit vient, et ne lui apporte que la faible
espérance d'un sommeil interrompu. A l'instant où il se met au lit, une
tempête s'élève dans la basse région, les intestins émus semblent se
plaindre, et après de violentes secousses, un gros pet se fait jour et
laisse notre malade confus de s'être inquiété pour si peu de chose.
Une femme esclave du préjugé n'avait jamais connu les avantages du Pet.
Depuis douze ans, victime malheureuse de sa maladie, et de la médecine,
elle avait épuisé tous les remèdes. Eclairée enfin sur l'utilité du
Pet, elle pète librement et souvent; dès-lors, plus de douleurs, elle
jouit d'une santé parfaite.
Si la _vesse_ trouble l'économie de la société par sa nature
malfaisante, le _Pet_ est son antidote. Il la détruit, et l'empêche
de paraître, lorsqu'il a eu lui-même assez de force pour se faire un
passage, car il est évident, d'après tout ce que j'ai dit, qu'on ne
vesse que parce qu'on n'a pas voulu péter, et que par-tout où se trouve
le frère aîné le Pet, sa sœur, la vesse ne peut se trouver.
Je trouve dans un très-ancien manuscrit, la pièce suivante, qui n'est
pas sans mérite, et qui va très-bien à mon sujet.