Le plus beau de mes droits d’homme libre, ô roumi,
C’est celui de pouvoir sauver mon ennemi...
D’assurer, chez mon peuple, à qui m’en paraît digne,
L’asile et les secours,--en le marquant d’un signe.
Si je jette sur toi mon manteau, ce manteau
Est plus sûr que du fer contre un coup de couteau;
Et, quel que soit l’objet que te donne un Kabyle,
En disant: _Anaya_,--tu peux marcher tranquille,
Tête haute, dans mon pays, du Sud au Nord:
L’_anaya_ t’accompagne, et rien n’est aussi fort!
C’est un beau droit, dans un pays toujours en guerre!
Et la sécurité ne s’y connaîtrait guère
Sans l’_anaya_;--mais Dieu veut le bien près du mal.
Un Kabyle perdrait sa femme ou son cheval
Plus volontiers que son beau droit de faire grâce!
L’_anaya_, c’est, roumi, le sultan de ma race:
Sans exiger d’impôts il ne fait que du bien...
Dis, quel autre sultan peut égaler le mien?