L’ANAYA KABYLE

Le plus beau de mes droits d’homme libre, ô roumi,

C’est celui de pouvoir sauver mon ennemi...

D’assurer, chez mon peuple, à qui m’en paraît digne,

L’asile et les secours,--en le marquant d’un signe.

Si je jette sur toi mon manteau, ce manteau

Est plus sûr que du fer contre un coup de couteau;

Et, quel que soit l’objet que te donne un Kabyle,

En disant: _Anaya_,--tu peux marcher tranquille,

Tête haute, dans mon pays, du Sud au Nord:

L’_anaya_ t’accompagne, et rien n’est aussi fort!

C’est un beau droit, dans un pays toujours en guerre!

Et la sécurité ne s’y connaîtrait guère

Sans l’_anaya_;--mais Dieu veut le bien près du mal.

Un Kabyle perdrait sa femme ou son cheval

Plus volontiers que son beau droit de faire grâce!

L’_anaya_, c’est, roumi, le sultan de ma race:

Sans exiger d’impôts il ne fait que du bien...

Dis, quel autre sultan peut égaler le mien?

Au bord du Désert: L'âme arabe (à Pierre Loti); Impressions; Souvenirs; Légendes arabes; La pétition de l'Arabe · 第 65 / 87 题