Je pousse si loin le respect de l’individualité que je voudrais voir les
femmes introduites pour une part dans le travail critique et
scientifique, persuadé qu’elles y ouvriraient des aperçus nouveaux, que
nous ne soupçonnons pas. Si nous sommes meilleurs critiques que les
savants du XVIIe siècle, ce n’est pas que nous sachions davantage, mais
c’est que nous voyons de plus fines choses. Eh bien, je suis persuadé
que les femmes porteraient là leur individualité, et réfracteraient
l’objet en couleurs nouvelles. Les socialistes se trompent grossièrement
sur le rôle intellectuel de la femme: ils voudraient en faire un homme.
Or, la femme ne sera jamais qu’un homme très médiocre. Il faut qu’elle
reste ce qu’elle est, mais qu’elle soit éminemment ce qu’elle est. Elle
est diverse de l’homme, mais non inférieure à l’homme. Une femme
parfaite vaut un homme parfait. Mais elle doit être parfaite à se
manière, et non en ressemblant à l’homme. Elle en diffère comme
l’électricité négative et l’électricité positive, c’est-à-dire par le
sens et la direction, non par l’essence. Le négatif n’est pas inférieur
au positif, mais il va en sens contraire: toute quantité peut être
indifféremment considérée comme négative ou positive. Le négatif et le
positif réunis forment le complet, ce qui ne désire plus rien. Toute
chose désire son complément: le positif attire nécessairement le
négatif, l’angle rentrant appelle l’angle saillant. Ainsi la vie est
partagée, tous ont la meilleure part, et il y a place pour l’amour.
(L’Avenir de la Science.)