Il faut des éléments très divers pour le développement complet de
l’esprit d’une nation; la foi seule n’y suffit pas, et la critique seule
y suffirait encore moins.
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Le signe le plus certain de l’affaiblissement d’une société est cette
indifférence aux nobles luttes qui fait que les grandes questions
politiques paraissent secondaires auprès des questions d’industrie et
d’administration.
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Le caractère bien plus que l’esprit rapproche les hommes, et les plus
grandes diversités d’opinion ne sont rien auprès de la sympathie morale
qui résulte de communes espérances et de communes aspirations.
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Des deux systèmes de politique qui se partageront éternellement le
monde, l’un se fondant sur le droit abstrait, l’autre sur la possession
antérieure, la France, pays de logique et d’idées généreuses, a toujours
préféré le premier. Qui oserait lui en faire un reproche, puisque c’est
à ce glorieux défaut qu’elle doit la splendeur de son histoire et la
sympathie du genre humain?
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Ce qui frappe au premier coup d’œil dans les compositions idéales des
races celtiques, surtout quand on les compare à celles des races
germaniques, c’est l’extrême douceur de mœurs qu’on y respire. Point de
ces vengeances effroyables qui remplissent l’_Edda_ et les
_Niebelungen_. Comparez le héros celtique et le héros germain, Beowulf
et Pérédur par exemple. Quelle différence! Là, toute l’horreur de la
barbarie dégouttante de sang, l’enivrement du carnage, le goût
désintéressé, si j’ose le dire, de la destruction et de la mort; ici, au
contraire, un profond sentiment de la justice, une grande exaltation de
la fierté individuelle, il est vrai, mais aussi un grand besoin de
dévouement, une exquise loyauté......
L’homme primitif de la Germanie révolte par sa brutalité sans objet, par
cet amour du mal, qui ne rend ingénieux et fort que pour haïr et pour
nuire. Le héros kymrique, au contraire, même dans ses plus étranges
écarts, semble dominé par des habitudes de bienveillance et une vive
sympathie pour les êtres faibles.
(Essais de morale et de critique, 1859.)
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La philosophie n’exclut pas la foi dans un idéal de justice vers lequel
toute conviction sincère a le droit de se tourner avec un sentiment
pieux; mais elle regarde comme un acte d’orgueil de croire qu’on est
nécessaire aux plans divins, et que la Providence veille sur nous,
quelque faute que l’on commette, quelque peu de souci que l’on ait de
s’éclairer.
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L’Allemand n’a pas la rhétorique sonore, le journalisme retentissant; un
Lacordaire, un Montalembert n’ont pas de place dans un tel pays. Chez
nous, toute l’opinion libérale, sans distinction de doctrine, est avec
celui qui résiste; en Allemagne, l’opposition, la résistance à la loi,
sont une cause de défaveur; la persécution ne donne pas grand prestige,
car l’Allemand est pour ce qui est fort: il n’a pas cette générosité,
souvent superficielle, il faut le dire, qui nous porte à croire que le
faible a toujours raison.
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La peine capitale disparaîtra, non par une évolution prématurée, mais
par le progrès des mœurs publiques, qui l’effacera de l’usage avant de
l’effacer de la loi. Enfin la paix universelle, ce rêve de tant d’âmes
honnêtes, plus abusées sur le choix des moyens que sur le but à
atteindre, cessera un jour d’être une utopie. Le vrai progrès n’étant
possible que par la paix, les nations civilisées comprendront qu’il est
de leur intérêt commun de régler leurs différends d’une manière plus
rationnelle. Déjà ne voyons-nous pas combien une grande guerre est
devenue difficile en Europe, grâce à cet équilibre savamment établi qui
fait porter tout le poids sur le point menacé?
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Le XVe et le XVIe siècles en Italie, furent des époques atroces, et ils
virent le réveil de l’esprit humain. L’orage n’est pas mauvais pour la
croissance des grands arbres; de très belles choses se créent dans des
temps très durs.
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L’État ne saurait rester indifférent au bien, puisque ses actes, surtout
quand il rend la justice, supposent la distinction du bien et du mal.
Peut-il davantage rester indifférent au vrai! Non certes. Les conditions
des sociétés modernes, au point de vue de la guerre, relèvent
essentiellement de la science, et la nation qui se mettrait en dehors de
la haute culture serait infailliblement vaincue et conquise. La beauté
n’est que l’éclat du bien et du vrai, une civilisation complète ne
saurait la négliger.
(Mélanges religieux et historiques, _Œuvre posthume_, 1904.)