13 NOVEMBRE 1870

... C’est là, dira-t-on, une assemblée de notables, quelque chose

d’aristocratique, de peu conforme à notre jalouse et soupçonneuse

démocratie. Il est vrai; mais faisons trêve pour un moment à ces

mesquines préoccupations. Quand nous serons sortis de l’abîme, nous

reprendrons ces questions; maintenant, sauvons-nous. Un pays ne se sauve

que par des actes de foi et de confiance en l’intelligence et en la

vertu de quelques citoyens. Laissez le petit nombre des vrais

aristocrates qui existe encore vous tirer de la détresse où vous êtes;

puis vous vous vengerez d’eux en les excluant de vos chambres, de vos

conseils électifs. Il faut, au moment présent, des hommes d’élite par

l’esprit et le cœur. Ces hommes ne réclament de privilège qu’au moment

du péril; qu’on souffre ce privilège-là. La réunion qu’il s’agit de

former aura pour mission de traiter avec un gouvernement essentiellement

aristocratique, qui admet hautement la valeur de la supériorité de

naissance et de la supériorité du savoir; acceptez pour un moment

l’esprit de votre adversaire; vous prendrez ensuite votre revanche à

loisir.

Certes, il vaudrait mieux que la France trouvât dans ses institutions

antérieures la désignation de cette chambre improvisée et intérimaire,

On n’a jamais vu plus clairement que ces jours-ci le vide terrible que

laisse en un pays le manque d’institutions provinciales et d’une réelle

aristocratie locale. Que n’avons-nous depuis longtemps de sérieux

conseils généraux! Si dans quelques départements ces conseils sont

réunis et qu’ils veuillent prendre sur eux de choisir un délégué qui

paraisse adopté par l’opinion publique, il faut accueillir ce délégué

avec empressement. Si, comme on le dit, quelques départements sont en

train de faire leurs élections sans avoir attendu l’invitation

officielle, tant mieux: ces départements-là sont probablement les plus

avancés de la France sous le rapport de l’esprit politique. Toutes les

expressions promptes et sincères de l’opinion, qu’on les accueille vite,

qu’on les groupe. Pas de minutieuses formalités, pas de petitesses

d’amour-propre. Le plus indigne de faire partie d’une telle assemblée

serait celui qui s’y porterait candidat. Candidat, grand Dieu! à une

mission de larmes et de deuil!...

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