L’éditeur du présent volume ne s’est pas dissimulé les inconvénients que
présentait l’entreprise de faire un choix, d’un point de vue
particulier, dans l’œuvre d’Ernest Renan. Ces fortes constructions, aux
arêtes logiques, se prêtaient moins que d’autres au morcellement, et la
crainte de trahir une pensée si riche et si complète a plus d’une fois
arrêté un travail entrepris à la suggestion d’un de nos universitaires
les plus éminents[1].
[1] M. Samuel Rocheblave, professeur à l’Université de Strasbourg.
Deux raisons ont encouragé son achèvement. On a pensé que la réunion
sous un volume portatif faciliterait la connaissance de morceaux
politiques et sociaux célèbres, cités souvent durant la guerre même, et
dispersés dans des volumes dont le public ne se rapproche pas
facilement. On a surtout désiré mettre en lumière, au moment le plus
glorieux de notre histoire, les réflexions profondes, parfois amères,
toujours si passionnément françaises, du grand esprit qui souffrit tant
des malheurs et des fautes de son époque. Espérer que ce travail mettra
fin à la légende du scepticisme de Renan, si solidement établie par une
critique superficielle, serait bien hardi. Il nous suffira de rassembler
ces pensées vieilles de plus d’un quart de siècle et auxquelles la mort
des deux petits-fils de Renan, tués à l’ennemi en 1914 et 1917, prête un
caractère pathétique, pour que les esprits réfléchis y trouvent la
réponse à ces banalités.
De préférence à l’ordre chronologique, on a divisé ces morceaux en trois
groupes, dont le plus considérable est celui qui concerne la guerre de
1870. En effet, le but de ce volume n’était pas un historique de la
pensée de Renan, mais la présentation d’un ensemble touchant les
destinées de la France, de l’Europe, le rôle particulier de notre patrie
dans l’histoire de la civilisation. Pour marquer clairement le caractère
de chaque extrait, on lui a donné un titre tiré du texte même. On y a
joint quelques notes explicatives très brèves pour rester dans le
caractère presque scolaire d’une publication où on n’a désiré que servir
la pensée d’Ernest Renan et la France.