M. Peretti tressaillit.

--Vous lui ressemblez peut-être plus que vous ne pensez... Jeune homme,

vous ne voulez pas de récompense, et je vois à votre air qu'il est

inutile d'insister. Mais, prenez cet anneau... et, peut-être qu'en

certaines occasions, il pourra vous être plus utile qu'une fortune...

A ces mots. M, Peretti glissa vivement une bague dans la main de

Pardaillan, et, sans y attacher d'autre importance, le chevalier la

passa à un de ses doigts... Dix minutes plus tard, les trente mulets

rechargés de leurs précieux sacs sortaient par-derrière et se mettaient

en route. M. Peretti suivait à cheval, escorté par le meunier et ses

garçons transformés en gens de guerre.

La caravane ayant atteint rapidement la Ville-l'Évêque, celui qui

paraissait être le chef des muletiers s'approcha, chapeau bas, de M.

Peretti et lui demanda:

--C'est bien la route d'Italie, que nous reprenons?

--Non, monsieur le comte, répondit M. Peretti: vous prendrez la route de

La Rochelle...

Pardaillan, Charles d'Angoulême et Picouic étaient demeurés seuls dans

le logis du meunier; le moulin lui-même se dressait sur l'aile gauche de

ce logis, et ils communiquaient par un escalier de bois qui, partant du

rez-de-chaussé, aboutissait à l'étage du moulin où se manoeuvrait la

meule et où on pouvait mettre en mouvement les grands bras livrés à

l'action du vent. De cet étage du moulin, par une simple trappe à

laquelle aboutissait une échelle, on descendait à l'étage inférieur où

se recueillait la farine.

Pardaillan parcourut rapidement le logis et le moulin et se rendit

compte de ces diverses dispositions.

--Voici notre quartier général, dit-il en désignant le logis, et

voici notre ligne de retraite, ajouta-t-il en montrant l'escalier qui

conduisait au moulin.

--Nous allons donc nous battre? demanda Picouic.

--Alerte! cria Pardaillan.

La troupe de Guise, en effet, apparaissait à ce moment sur la butte.

Pardaillan ouvrit la fenêtre et cria:

--Holà, messieurs! qui êtes-vous? que désirez-vous?

--Qui êtes-vous vous-même? fit dans la nuit une voix impérieuse.

--Ma foi, monseigneur duc, répondit Pardaillan en reconnaissant la voix

de Guise, je suis le meunier du joli moulin de la butte... Qu'y a-t-il

pour votre service?

--Meunier ou non, dit le duc, vous avez tout à l'heure tiré sur mes gens

qui montaient le sentier sans autre intention que de patrouiller. En

conséquence, je vous préviens que vous serez pendu haut et court, à

moins que vous ne sortiez à l'instant. Auquel cas, il vous sera fait

grâce de la vie.

--Me sera-t-il permis, monseigneur, d'emporter aussi les trente sacs

pleins d'or que vous venez piller?

--Sortez! hurla le duc, furieux, livrez-nous la place, ou nous allons

vous donner l'assaut!

--Ah! monseigneur, si vous menacez, nous allons être forcés de faire une

sortie et de vous exterminer tous...

--Guise, qui allait Jeter un ordre, s'arrêta soudain.

--Ils sont peut-être cent là-dedans! dit-il à Maineville.

Pardaillan entendit et cria:

--Nous sommes trois, monseigneur!... Et c'est bien assez, savoir: le duc

d'Angoulême, qui attend avec impatience la rencontre que vous lui avez

promise; le sieur Picouic, baladin de son métier, et, enfin, votre

serviteur, chevalier de Pardaillan.

Et il referma tranquillement la fenêtre.

--Oui, au revoir! gronda Guise, pâle de fureur.

Et il donna ses ordres. Avec les forces dont il disposait, il forma un

large cercle de surveillance autour de la butte; chaque homme avait pour

mission de surveiller, et non de se battre; il devait surtout prévenir

le cas où on tenterait de faire sortir du moulin tout bagage qui

ressemblerait à des sacs de blé. Puis, il expédia un sergent à Paris.

Deux heures plus tard, ce sergent revenait, annonçant que les ordres

du duc allaient s'exécuter, c'est-à-dire qu'une troupe de mille

arquebusiers allait arriver.

Pendant ces deux heures, Pardaillan et ses deux compagnons s'étaient

fortement barricadés. Maurevert frémissait de joie: il tenait enfin

l'ennemi tant redouté et disait au duc:

--Monseigneur, vous m'avez promis deux cent mille livres sur le butin

que vous allez faire? Je veux vous proposer un échange: gardez les deux

cent mille livres et donnez-moi l'homme qui vient de vous parler avec

tant d'insolence.

--Je te comprends, Maurevert, dit Guise, tu hais cet homme. Mais, moi

aussi, je le hais. Et nous avons un vieux compte à régler. Cela date

de l'hôtel Coligny... Seulement, si tu veux te contenter de cent mille

livres, ce qui est encore un joli denier, tu auras permission d'assister

à l'entretien que j'aurai avec le Pardaillan, dès que nous l'aurons pris

dans son terrier.

--Peste, monseigneur, c'est cher, ce sera donc bien beau?

--Je te le jure, gronda Guise.

Les Pardaillan — Tome 03 : La Fausta · 第 43 / 107 题