LE TANGO JUGÉ EN ARGENTINE.

C'est une question fort débattue en ce moment de savoir si le tango,

dont la vogue, décidément, s'affirme dans tous les salons bien dansants,

et menace d'envoyer bostons et two-steps rejoindre les vieilles lunes,

est gracieux ou malséant, admissible ou condamnable, s'il faut

l'approuver ou s'en désoler, ou tout simplement s'en divertir... Le

tango a ses partisans, ses détracteurs,--et aussi ses indifférents.

Sollicités par des enquêtes, des écrivains, des artistes, des hommes du

monde, des comédiennes, ont donné leur sentiment sur l'affaire. Un de

nos lecteurs, qui habite l'Argentine, nous fait part, à ce propos, d'une

opinion particulièrement autorisée, puisqu'elle vient du pays même où

naquit, dit-on, le tango.

C'est celle de M. le docteur Infante, intendant municipal--nous dirions

en France maire--de Rosario. M. le docteur Infante n'aime pas le tango,

et il a pris, récemment, un sévère arrêté pour l'interdire dans les bals

publics, sous peine d'une amende de 50 francs par infraction. Le maire

de Rosario blâme particulièrement quelques figures du tango, qui ne

constituent d'après lui qu'une «danse de nègres, capable de pervertir

les goûts de la jeunesse».

En annonçant cette décision, un journal de la Mariana, la NUEVA EPOCA,

l'accompagne de commentaires élogieux. Voilà donc le tango jugé

indésirable en Argentine... Cependant les jeunes gens de France

continuent, dans les derniers bals de la saison, à le pratiquer avec

zèle. Mais survivra-t-il à l'été?

L'Illustration, No. 3670, 28 Juin 1913 · 第 30 / 39 题