LUTTES D'INFLUENCE EN ORIENT.

La guerre turco-balkanique a mis en présence, avec les forces opposées,

deux influences extérieures aux belligérants: d'un côté l'influence

allemande, prépondérante en Turquie, de l'autre l'influence française

qui a joué, chez les alliés, un grand rôle.

Los hostilités terminées, ces luttes de «rayonnement» vont s'accentuer

encore entre nos voisins et nous,--plus exactement entre nous et la

triplice, car l'Italie ni l'Autriche ne sauraient s'en désintéresser.

Or, l'une des oeuvres françaises qui ont accompli, en Orient; notamment,

la meilleure besogne, l'Alliance française, se plaint que les ressources

dont elle dispose ne lui permettent pas d'accomplir, là-bas, tout ce

qu'elle voudrait.

A son récent banquet--auquel assistait, bien qu'il n'eût pas encore, à

ce moment, pris possession de ses hautes fonctions, M. Poincaré--M.

Jonnart, ministre des Affaires étrangères, faisait appel au zèle, au

dévouement de l'Alliance pour l'aider «à travailler à la sauvegarde des

intérêts et des droits de la France». Certes, le bon vouloir, l'ardeur

même de l'Alliance française ne sauraient être mis en doute; mais, comme

le tait remarquer son président M. P. Foncin, «elle ne peut agir que si

elle est en mesure de compter sur les sympathies actives du public

français». Or, ses ressources ne se développent pas proportionnellement

à ses efforts, pour mener à bien la tâche qu'elle assume.

Sans doute, elle vient de fonder avec succès à Brinn (Autriche), où les

rivalités d'influence sont ardentes, où la population est très variée,

un comité nouveau qui, dès le premier jour, a obtenu un gros succès.

Mais, dans l'Orient proprement dit, son oeuvre traverse une crise

redoutable. «Plus que jamais, écrit de Constantinople un de ses membres,

notre Comité a besoin d'être soutenu. Les Allemands redoublent d'efforts

en Asie Mineure, en Arménie... Et, précisément, cette année, nos

ressources sont des plus restreintes... Nous allons être forcés de

réduire toutes nos subventions, et même d'en supprimer quelques-unes.»

D'autre part, le P. Katchadourian, directeur des écoles arméniennes de

Mamouret el Aziz, s'inquiète des progrès des orphelinats allemands,

qu'une quête fructueuse en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, vient

de mettre en possession de ressources énormes.

Il serait souhaitable que l'opinion française entendît ces

plaintes,--cet appel, et tendît à ces pionniers de notre influence «une

main secourable», selon le mot du P. Katchadourian.

_Une serviette historique._

Nous reproduisions récemment (numéro du 21 décembre 1912) un tableau

satirique du dix-septième siècle auquel les conférences de Londres

donnaient un intérêt actuel: il représentait l'_Homme malade_--entendez

le Turc,--soigné par des médecins de toutes nations réunis à son chevet.

Au moment où la guerre se poursuit en Thrace, le document que nous

publions ci-dessous rappelle à propos que la lutte de la Croix contre le

Croissant n'offre point aux historiens un thème nouveau.

La serviette brodée dont notre photographie montre fidèlement les

dessins fut donnée, avec un service de table complet, au prince Eugène,

après sa victoire sur le? Turcs à Belgrade, en 1717. En ce temps-là,

c'était l'empereur d'Autriche qui guerroyait avec le sultan; et Belgrade

était le prix de la lutte, comme aujourd'hui Andrinople. Les épisodes de

la campagne, qui se termina par la paix de Passarovitz (1718), sont

naïvement évoqués sur cette curieuse serviette: en dessous des armes du

prince Eugène de Savoie, soutenues par deux lions, l'aigle autrichien

dévore le croissant--_aquila dévorat lunam_, dit la légende;--au milieu

figure le prince Eugène lui-même, à cheval, entre deux Turcs implorant

la clémence du vainqueur; en bas c'est, autour de Belgrade assiégée, un

combat entre cavaliers, où l'épée chrétienne l'emporte sur le cimeterre.

[Illustration: _La lutte séculaire de la Croix contre le Croissant_.--La

prise de Belgrade par les troupes autrichiennes du prince Eugène, en

1717, figurée sur une serviette de table.]

Mme Vanderbroucque Grardel, à qui nous devons la communication de ce

document, nous a dit tenir la précieuse serviette de son père, fils d'un

industriel, Alexandre Grardel, maire de Bapaume et aide de camp du

général Oudinot en 1813, qui avait épousé une petite-fille d'Augustine

de Tende; celle-ci l'avait reçue de son père, Jean-Baptiste-Louis de

Tende, écuyer et avocat au conseil d'Artois, proche parent de la famille

de Savoie-Carignan.

_L'alcoolisme et la criminalité aux États-Unis._

Si l'on contestait encore l'influence de l'alcoolisme sur la

criminalité, les statistiques établies en Amérique, dans des

circonstances particulièrement concluantes, ne laisseraient guère de

doute à cet égard.

Dans l'État de Dakota, les arrestations policières se sont réparties de

la manière suivante:

Pendant les neuf mois précédant la prohibition de l'alcool:

Dans Dans

5 petites villes. 7 grandes villes.

Ivresse. 319 1.492

Coups. 223 535

Autres causes. 192 1.545

L'Illustration, No. 3654, 8 Mars 1913 · 第 38 / 45 题