24 janvier.

Nous sommes allés voir le terrain sur lequel s'est déroulée la bataille

de lundi.

Là où nous voyions les Turcs tomber sous les balles et les obus, le

spectacle est horrible. En un seul endroit, à peine grand comme la place

Vendôme, nous avons compté cinq cents et quelques cadavres, à peine le

quart de ce que les Turcs ont laissé des leurs sur la place, puisqu'on

en a compté officiellement 2.200.

Ici, dans une tranchée, un éclat d'obus a arraché la poitrine d'un

soldat et l'a plaquée, sanguinolente, sur les pierres du mur-abri... Là,

c'est un officier dont toute la partie supérieure du crâne a été

enlevée, ouverte et la cervelle projetée en deux endroits à trois ou

quatre mètres! Plus loin, un obus a coupé en deux un soldat à hauteur de

la poitrine, lui a entièrement déshabillé le torse et l'a ensuite

retourné sur la partie inférieure du corps. Ailleurs, ce sont quinze ou

vingt hommes fauchés à leur place dans la tranchée, leurs armes à côté

d'eux. Ici, un isolé; là, un monceau de quarante ou cinquante cadavres.

Sur l'emplacement de la réserve, les tentes sont encore là, des gamelles

sur les feux éteints... Le sol est criblé de balles de shrapnells,

d'éclats qui y ont tracé de longs sillons.

De temps à autre, un cadavre grec,--relativement peu. Certains d'entre

eux, des evzones, serrent dans leurs mains des lettres à leur femme, à

leur mère. Les pauvres gens ont dû les baiser pieusement avant de mourir

et ils semblent prier celui qui les leur prendrait des mains de vouloir

bien les faire parvenir quand même!...

Un _pappas_ circule sur ce terrain d'horreur pour dire sur chaque mort

grec les prières d'usage...

L'Illustration, No. 3654, 8 Mars 1913 · 第 28 / 45 题