UNE SORTIE DES ÉQUIPES PARISIENNES
DE BOY-SCOUTS FRANÇAIS
Une nombreuse assistance se trouvait réunie, dimanche matin, pour
assister, dans les bois de Clamart, à divers exercices exécutés par les
sections parisiennes des «Éclaireurs français». Il y avait là l'amiral
Besson, par qui la revue devait être passée, le commandant Nogué,
représentant le ministre de la Guerre, le lieutenant de vaisseau Benoît,
promoteur de ce mouvement en France, M. Chéradame, président de la
société, le capitaine Royet, directeur technique, le comte de LaVaulx,
qui forme le projet intéressant d'initier une de ces jeunes équipes à
l'aéronautique, le colonel Boucher, etc. Quelques correspondants de
guerre avaient été également invités.
Les fondateurs de, cette association se sont proposé le même but que le
général Baden-Powell lorsqu'il créa les Boy-Scouts anglais. D'après les
statuts de la Société des «Éclaireurs», ce but est de «développer, chez
les jeunes gens, la vigueur et l'adresse physiques, l'initiative,
l'esprit de ressource, le courage sous toutes ses formes, le
patriotisme, le sentiment de la solidarité, de la responsabilité morale
et de l'honneur». En somme, donner à tous, dès l'adolescence, l'art de
se débrouiller devant les obstacles matériels et, dans la conduite
générale de la vie, la dignité et le contrôle de soi-même qui sont les
plus belles et les plus fortes qualités dont l'homme puisse s'ennoblir.
Les adhérents sont pris parmi les jeunes garçons de dix à vingt ans. Ils
doivent, pour être admis, faire le serment suivant: «Je promets, sur mon
honneur, d'agir en toute circonstance comme un homme conscient de ses
devoirs, loyal et généreux; d'aimer ma patrie et de la servir
fidèlement, en paix comme en guerre; d'obéir au code de l'Éclaireur». La
place nous manque, malheureusement, pour donner les douze articles de ce
code qui tendent tous au but indiqué plus haut.
[Illustration: Les éclaireurs creusent une tranchée-abri.]
Le costume, copié sur celui des Boy-Scouts anglais, est, ainsi qu'on le
voit par les photographies ci-jointes, celui des cow-boys popularisés
par les récits d'aventures américaines. Outre qu'il est très coquet et
sied admirablement aux adolescents, il est de nature à plaire à leur
jeune imagination romanesque. Chaque section, ou plutôt chaque
patrouille, se signale par la nuance du foulard qui entoure le col.
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[Illustration: On soigne un blessé.]
Chacune de ces patrouilles s'exerce séparément à peu près tous les
dimanches, sous la direction de son instructeur. Cette dernière réunion,
qui groupait toutes les équipes parisiennes, était, depuis un an que
l'association existe, la première sortie générale de service en
campagne. Nous avons pu y voir les exercices les plus variés et en
admirer la parfaite exécution. Tandis que les uns installaient le
télégraphe et le téléphone de campagne, d'autres creusaient des
tranchées, construisaient un pont ou faisaient très habilement, très
prestement, le service d'ambulance et de brancardiers. On nous montrait
encore le maniement d'une voiture démontable construite par les
«Éclaireurs» eux-mêmes. Enfin, de tous côtés, sur des installations de
fortune, de jeunes marmitons, très convaincus, cuisinaient le prochain
déjeuner.
Le clou a été une manoeuvre exécutée par toutes les équipes réunies. A
un signal, toutes les patrouilles ont disparu dans les bois, puis les
«Éclaireurs» sont revenus en rampant, courant dans les espaces
découverts, profitant des moindres accidents de terrain pour se cacher
et avancer; finalement, tous se sont élancés à l'assaut de la hauteur où
nous les attendions.
[Illustration: COMMENT ON FAIT DES SOLDATS Les Éclaireurs parisiens
manoeuvrant dans les bois de Clamart: la construction d'un pont.--_Phot.
Gimpel._]
L'amiral Besson a ensuite passé la revue et, le cercle ayant été formé,
de vibrants discours prononcés par l'amiral, par le commandant Nogué et
M. André Chéradame ont clos, pour les invités du moins, la petite fête.
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Ce simple récit ne peut rendre l'excellente impression que nous avons
rapportée de ce spectacle de grand air. Nous en sommes revenus avec
cette conviction que la formule du «scoutisme» est la meilleure qui se
puisse trouver pour l'éducation physique et morale de la jeunesse. Il
suffira de citer le cas de la section de Saint-Denis, présente à la
belle réunion de dimanche. Les enfants qui la composent sont des fils
d'ouvriers des usines, milieu assez difficile, comme on sait, et hostile
à toutes les parades militaristes. L'instructeur nous racontait que,
pour obtenir l'approbation des parents, il avait surtout dressé sa
petite troupe à la manoeuvre des ambulanciers et brancardiers qu'elle
pratique du reste fort bien. Les résultats moraux ont été encore plus
surprenants et les parents en ont été très impressionnés. Ils ont écrit
à l'instructeur des lettres qui, en termes d'une simplicité émouvante,
exprimaient leur satisfaction et leur surprise. Le leit-motiv de toutes
ces missives était: «Notre petit gars a beaucoup changé, il n'est plus
le même.» Et les braves gens disaient combien ils en étaient heureux.
Toutes les équipes mériteraient d'ailleurs d'être citées: celle des
constructeurs de pont, celle de Grenelle, au foulard rouge, nombreuse,
disciplinée et d'une tenue parfaite; les télégraphistes et
téléphonistes. Tous vraiment rivalisaient de savoir-faire et d'entrain.
Après avoir constaté de tels résultats, on ne peut que souhaiter, pour
préparer à notre pays les belles et solides générations dont il a plus
que jamais besoin, le plus grand développement à cette oeuvre si
intéressante du «scoutisme» français.