DE COLOMBO A SANTINIKETAN

_Ceylan._--Nous débarquons dans le grand tohu-bohu de l’escale, le mardi

1er novembre 1921 à 11 heures. Premières beautés cingalaises; deux dames

vêtues du même petit corsage blanc, bien serré au corps, bien pincé à la

taille, manches au coude, longue jupe; au moindre mouvement, la chair

apparaît entre les deux parties du vêtement. Et les hommes sont plus ou

moins vêtus, suivant leur rang social; les coolies-rikshaw, les tireurs

de pousse-pousse, n’ont plus qu’un pagne, mais presque tous ont un

parapluie. De tout ce que notre civilisation a élaboré, plus que le

tabac et l’alcool, c’est ce qui semble le plus hautement apprécié. On le

porte de toutes manières et aussi suspendu dans le dos.

Dans la rue, les enfants, charmants avec leurs beaux yeux, vont nus;

parfois, une petite ficelle autour des reins; parfois, suspendu à cette

ficelle, un petit cœur de métal argenté figure la feuille de vigne du

premier père.

L’hôtel où nous descendons est loin de la ville, au bord de la mer. Des

cocotiers balancent très haut dans le ciel leurs têtes échevelées. Grand

vent. Une lame s’abat avec bruit sur la rive; la nuit, on se croirait

encore en bateau. Des nuées de domestiques apparaissent, disparaissent,

graves et silencieux comme des ombres.

Nous allons voir le Principal d’un des collèges, Mr K. Il a repris le

costume national, tout blanc, en molle soie de Bénarès, les pieds nus

dans des sandales. Sa femme arrive, une Anglaise blonde et rose vêtue

d’un beau sari mauve; la société anglaise lui a naturellement tourné le

dos. Bouddhisante plus que théosophe, entièrement acquise à l’Inde, elle

vint ici comme institutrice.

En sortant de cette maison, au seuil de la véranda, je m’arrête,

éblouie; la route rouge comme un fruit, les arbres de toutes essences,

les fleurs qui jonchent le sol, ces odeurs si fortes, comme épicées,

ainsi je me représenterais le paradis! Le soleil se couche dans un ciel

dramatique où courent des nuages formidables, éclatants de couleurs, et

tout de suite la nuit tombe. Les corbeaux en vols énormes se

rassemblent, se nichent, le ciel en est obscurci.

* * * * *

_Mercredi 2._--Nous sommes partis ce matin pour faire de Colombo

l’excursion traditionnelle à Kandy. Route fameuse, souvent décrite: les

villages, les rizières en terrasses, les forêts aux arbres immenses,

cette beauté de la flore tropicale qui oppresse un peu. Dans une

scierie, un éléphant soulève des pièces de bois; un peu plus loin, un

petit crocodile fait des grâces dans un ruisseau.

Le temple de la Dent du Bouddha est bien médiocre, moins encore que le

moine qui nous guide et qui semble stupide.

Il l’est, me dit mon orientaliste[1].

[1] M. Sylvain Lévi, professeur de sanscrit au Collège de France.

* * * * *

_Jeudi 3._--Retour à Colombo, visite du beau musée, mon compagnon

poursuivant son idée: bateaux, courants marins, ports. Un dernier adieu

aux K., quelques achats et nous montons dans le train pour l’Inde, car,

me dit dédaigneusement mon guide, Ceylan n’est pas l’Inde.

Et c’est bien vrai que, le détroit passé, voici les larges draperies,

les anneaux aux poignets, aux bras, aux chevilles, au nez, les oreilles

percées et transpercées pour les parures qui les incrustent. L’or que

notre pâleur éteint, prend tout son éclat, sa magnifique splendeur sur

ces peaux brunes. Les petites filles, toutes vêtues d’innocence, ont de

petits chignons entourés, piqués de fleurs. Pays des beaux yeux, presque

trop grands, qui mangent la figure. C’est aussi le pays des gros

ventres: ces pauvres gosses mangent, Siva sait quoi!

La ligne suit longtemps la mer. Sur le sable grimpent et rampent des

fleurs charmantes aux clochettes mauves, qui s’étendent, recouvrant

tout, menaçant de tout envahir; elles étaient inconnues, il y a une

dizaine d’années; il faut songer à les combattre, à les détruire.

Nous avions bien fait le projet de prendre le temps nécessaire pour

visiter les temples du sud, mais mon compagnon se hâte vers son travail,

nous ne verrons que Madura. Une grande ville sans un hôtel, seulement

quelques chambres aménagées dans la gare même, pour les voyageurs; à

peine quelques Occidentaux; ici, l’indigène est seul et maître.

Un vieux brahmane attendait sur le quai de la gare le touriste possible;

il tombe sur nous, proie facile, et tout de suite nous allons au temple.

Qui pourrait le décrire? Un temple? Non, une série de temples; les

entrées sont surmontées de hauts pylônes, huit, je crois; pas un pouce

de leur surface qui ne soit sculpté, fouillé, orné de mille manières;

des milliers et des milliers de figures de dieux. Mais ceci n’est rien:

il faut voir ces salles immenses, aux innombrables piliers. Une seule en

compte presque mille; les statues des dieux, des héros, les frises où

éléphants, singes, serpents, poissons, et tous les animaux de la

création s’enroulent, se déroulent, et les représentations symboliques,

tout cela s’entassant, se pressant dans un amoncellement de formes et de

figures qui donnent le vertige. Des kilomètres de choses surprenantes,

formidables, monstrueuses, exquises. Notre pauvre imagination

occidentale reste interdite devant ce débordement. Cependant, sous ce

chaos, on devine un ordre, un équilibre, voire même une mesure, si ce

mot ne semble pas ridicule, appliqué à un tel art.

Est-il possible que ces trésors d’invention follement prodigués soient

lettre morte ou close pour les artistes occidentaux, pour nos

sculpteurs, nos décorateurs, qu’il n’y en ait chez nous ni reproduction,

ni moulage, ni photographie? On commence à connaître Angkor; mais les

temples de l’Inde noire ne sont pas des ruines, et c’est ce qui en

augmente le prodigieux intérêt: une foule, la ville entière grouille

dans les salles, à travers les galeries. Dans une des entrées, un petit

bazar est installé; les marchands proposent aux fidèles les fleurs, les

guirlandes dont ils pareront les dieux, la cendre, le minium, le beurre

et l’huile dont ils les oindront. Ils vont, hommes, femmes et enfants de

toutes castes, de toutes conditions, se baignant, se couchant, flânant,

priant, bavardant, jouant; les vaches et les chiens circulent aussi

librement que dans la rue; des perroquets crient dans leurs cages

suspendues au plafond; des milliers d’oiseaux passent, se nichent, car

la nuit tombe. Une odeur lourde, sucrée, presque suffocante sort de

toutes ces lumières, de toutes ces fleurs, de tous ces corps nus.

Notre brahmane ayant partout fièrement proclamé que ce «Frenchman» était

un grand _sanskrit scholar_, la sympathie de la foule nous a partout

accompagnés. Devant un petit sanctuaire--où naturellement nous n’avons

pu entrer--un prêtre Sivaïte nous a offert des guirlandes (5 roupies, et

le change est terriblement mauvais).

Un peu étourdis par tant d’étrangetés, nous avons rejoint nos chambres

par les rues éclairées de rares lumignons. Le temple seul a

l’électricité. Détail significatif.

Le lendemain, visite rapide de la ville. Les missions anglaises et

américaines y multiplient les bâtiments et les œuvres; les prosélytes

sont-ils nombreux? Que peuvent comprendre des Hindous à ces religions

qui prétendent ne s’adresser qu’à la raison, alors que le Divin, auquel

ils ont donné tant de bizarres aspects, est pour l’homme inconcevable,

inconnaissable?

Nous avons passé le dimanche 6 à Madras et nous arrivions à Calcutta le

8 au matin. Tout de suite, nous voyons le fils de Tagore, Rathindra Nath

et nous nous rendons avec lui dans leur vieille maison, ou plutôt leur

vieux palais, au cœur de la ville indigène. Nous voilà immergés dans la

vie hindoue.

Dans un palais voisin résident deux neveux du poète, Abanindra et

Gaganendra Nath Tagore, deux patriciens qui sont aussi deux grands

peintres. Ils vivent encore suivant l’antique usage de la _Joint

family_, biens indivis, familles réunies. Les dames sont invisibles. Je

suis introduite dans leurs appartements. Une douzaine de beaux enfants

jouent ensemble. Je vois des mères, des filles, des brus, une petite

jeune femme, dix-sept ans environ, d’une extraordinaire beauté, une nuée

de domestiques, une cinquantaine de gens peut-être, un petit royaume. Et

le lendemain nous arrivions à Santiniketan.

* * * * *

C’est à un mille environ de la station de Bolpour, un immense plateau nu

où l’école et quelques petits villages forment des oasis de verdure.

L’histoire dit que le père du poète, celui qui fut le Maharshi, le grand

saint, passant par là, fut saisi par la beauté de cet espace où rien

n’arrêtait sa vue, par cette grande solitude. Il était à cet âge où

l’Hindou pense à la retraite. Il s’assit à l’ombre de l’arbre unique,

ordonna à ses domestiques de le laisser seul pendant quelques jours et

il se mit en méditation; des voleurs de grand chemin le servirent. Plus

tard, en ce même endroit, il faisait construire une grande maison:

Santiniketan était fondé. Son fils, le poète, en ce lieu choisi fonda

son école sur le modèle de l’ermitage traditionnel. A sa mort le

Maharshi lui légua sa maison, pour qu’elle devînt la Maison des hôtes,

_Guest house_, à la condition que toute chair, tout alcool y serait

prohibé. Tout à l’entour une trentaine de bangalows, de constructions

basses, couvertes de chaume, abritent maîtres et élèves.

Pour les classes, il y a l’ombre des arbres, car manguiers, sals,

palmiers ont été plantés, ont fructifié. Trois cents élèves, dont une

quarantaine de jeunes filles, vivent là dans une paix profonde.

L’impression est extrêmement calme, grave et souriante: un petit univers

que la passion intellectuelle et nationale anime.

Pendant de longues années le poète a supporté à peu près seul toutes les

charges de cette œuvre; puis, un comité a été fondé qui l’aide en cette

grande tâche. Tous les jours Tagore, assis sous un arbre, enseigne aux

enfants l’anglais et le bengali et ce n’est pas chose banale que de voir

ce grand homme, une des gloires reconnues par les deux mondes, l’Est et

l’Ouest, donner tant d’heures de sa journée, toute sa vie à des enfants,

les enfants qui feront l’Inde de demain. Si le patriotisme est trop

souvent dans les mots, le sien est dans cette œuvre, unique au monde.

Une grande cérémonie a marqué notre arrivée. Sous les manguiers tout

Santiniketan, élèves, maîtres, les femmes, les enfants, se sont groupés

en un demi-cercle, ou plutôt en deux quarts de cercle, (on ne confond

pas les genres), devant un banc de pierre bas où nous nous asseyons.

Deux professeurs chantent des vers; le professeur de français nous

adresse le plus gentil discours; le poète dit à son nouveau professeur

de charmantes paroles de bienvenue, il nous enduit le front de pâte de

santal, il nous met au cou des guirlandes. Sur le sol ont été tracés les

dessins de bon augure; les fleurs sentent fort, nous sommes émus, un peu

déracinés. Et chacun s’en fut dîner. Dîner de quoi? Notre maison n’est

pas encore tout à fait terminée, nous sommes au _Guest house_ pour

quelques jours. Les excellents enfants de Tagore, son fils Rathi, sa

charmante belle-fille Pratima veillent sur nous. Nous sommes évidemment

gâtés à l’extrême. Mais, que mangeons-nous? Je ne sais aucun nom et, les

saurais-je, ils ne me représenteraient que des choses inconnues: ce sont

de délicieuses petites croquettes, des petits hachis compliqués, des

choses trop sucrées. Le pain est un luxe occidental qu’on oublie

quelquefois, mais on en trouve généralement à un mille d’ici, au bazar

de Bolpour.

Nous avons déjà un boy, un chrétien de Madras qui se pique de connaître

les Occidentaux et leurs manies: «S’il avait seulement de la farine, du

vinaigre et du fromage, quelle bonne mayonnaise il nous ferait! Mais ces

_Hindoo people_!» et d’un geste méprisant il désigne tout l’ensemble de

la population de l’Inde, les Tagore y compris. «Et ce Gandhi!... Pour

«nous autres catholiques», quelle religion que la leur! Mais Master

n’a-t-il pas entendu ces bruits étouffés, cette nuit, comme si doucement

on frappait aux fenêtres? Un revenant, Master. On dit qu’il y en a

beaucoup dans cette jungle». Il est tout noir, ce cher Joseph,

orgueilleux comme un dindon, et plein des meilleurs principes. Il a pris

aux Rathi un de leurs meilleurs boys, qui d’ailleurs n’est pas resté

avec nous: il était de caste brahmanique; Memsahib (moi) lui donnait des

ordres, et décidément il ne peut s’habituer aux «_English people_».

Joseph en a trouvé un autre, Bola, aide de cuisine et valet de chambre.

Un troisième, Latou, est balayeur, porteur d’eau, arrange les fleurs,

vide les chaises percées; nous avons chacun la nôtre; l’Inde n’a pas

adopté nos arrangements sanitaires et sans doute a-t-elle eu raison. La

canalisation est remplacée par des personnages muets et invisibles qui

se chargent du Tout-à-la-terre. Est-il beaucoup d’autres pays où tant de

gens soient occupés à vider tant de pots de chambre?

* * * * *

Il y a quelque chose de très prenant dans les choses, dans les gens,

chez ceux-ci une grande douceur, peu d’ironie, de la finesse, la plus

large humanité. Les bêtes mêmes y sont comprises. Une belle et grave

politesse, rien de la muflerie que l’Occident a si bien élaborée.

Et les choses comptent si peu! La plus belle installation ferait rire

nos plus petites bourgeoises: la chambre, c’est un vaste lit très dur,

un cadre de bois, un mince matelas, mais on y dort tranquille sous la

moustiquaire, pas de bêtes à craindre. Pas de chaises. Ordinairement,

sur le sol, des nattes; on nous en a donné quelques-unes et aussi

quelques meubles, mais les saisons en se succédant, la terriblement

chaude et pluvieuse après la terriblement chaude et sèche, font jouer

bois et joints. La salle de bains, c’est une pièce cimentée, d’énormes

bassins pleins d’eau, un tabouret bas sur lequel on se perche, et, avec

un pot qui ressemble à une mesure d’un litre, on s’asperge tant qu’on

veut.

Et si vous voyiez la cuisine, son fourneau de terre, la petite table;

lorsque j’y vais jeter un coup d’œil, je trouve tout mon personnel en

costume léger, accroupi sur ses talons, mon chef épluchant les légumes

pour ses interminables chimies, son second lavant la vaisselle, le

balayeur s’éclipsant.

C’est ainsi, me dit mon mari, que cela se passait il y a vingt-cinq ans.

Les prix ont augmenté, l’organisation est la même, et cependant rien

n’est plus reconnaissable: ce peuple timide, peureux, qui se collait au

mur, à la seule vue d’un Occidental, va et vient, tranquille et suivant

son humeur, sans se soucier des étrangers. Le temps est passé où l’on

pouvait inscrire sur les salles des gares: _European ladies, native

females._ Les grands principes invoqués pendant la guerre, droits des

peuples, droits des gens, ressemblent à ces génies des vieilles légendes

qui, une fois évoqués, ne se laissent plus réduire.

Nous sommes arrivés pour la meilleure saison. C’est l’hiver. Le plein du

jour est brûlant, le soir et le matin plus frais, la nuit délicieuse.

Cependant tous s’enveloppent frileusement, on entend tousser. Le

costume, réduit au minimum pour les gens du peuple, consiste

essentiellement, chez les femmes, en une longue pièce d’étoffe, le sari,

dont elles se font tout à la fois une jupe, une draperie couvrant le

buste, un voile sur la tête. Rien de plus pudique, de plus seyant, de

plus beau. Les hommes, d’une longue draperie se font d’amples culottes,

sur laquelle tombe une longue tunique. Les plus économes la remplacent

par l’affreuse chemise de chez nous et c’est ainsi que j’ai vu venir à

moi le tout mince, tout pâle professeur de français, mon élève: pantalon

blanc très large, casque colonial khaki et une petite chemise aux pans

flottants.

Nous sommes entrés le samedi 12 au soir dans notre belle maison,

rez-de-chaussée surélevé autour duquel court une large véranda. Un petit

escalier conduit à une terrasse où logent corbeaux et pigeons. Aucun

voisin, le soleil tourne autour de nous. Rien qui nous abrite. A six

cents mètres environ, les arbres et les bâtiments de l’école; à trois

cents, le bangalow des Rathi.

L’horizon infini est si clair dans cet air si sec, que l’on voit se

profiler, à vingt milles, des collines dont je ne sais pas le nom. Nous

sommes les plus paresseux de ce petit univers; on se lève ici un peu

avant le soleil, pour la prière et la méditation, la journée commence

par des chants et c’est encore en chantant que les élèves la terminent.

* * * * *

S. a déjà commencé son travail; il a trouvé ici des élèves de choix

parmi les professeurs et quelques moines bouddhiques de Ceylan, avec

lesquels il compte faire de bonne besogne. Chaque jour, cours de

sanscrit, chaque dimanche, conférences sur la littérature bouddhique,

textes, commentaires, etc., auxquels assistent des étudiants venant de

Calcutta.

Nous voilà installés pour quelques mois, tout va très bien, mais nous

attendons avec impatience les premières nouvelles d’Europe! Depuis deux

jours, nous sommes sans journaux. D’ailleurs, pour l’Inde et en dehors

d’elle, il n’y a que l’Angleterre; pendant le voyage de Ceylan à

Calcutta, la seule dépêche française répétée successivement par les

différents journaux concernait la récolte de betteraves, déficitaire!

Heureusement le traité franco-kémaliste nous procure quelques rappels de

chez nous.

Vie de société intense. Nos salons, ou plutôt, notre véranda ruisselle

de visiteurs, dames drapées comme des statues laissant leurs sandales au

bas de nos quelques marches, la plante de leurs pieds soigneusement

rougie de vermillon et si timides qu’elles n’osent ouvrir la bouche. Je

ne me rappelle jusqu’à présent aucun nom, aucun visage. Hier, on m’a

envoyé un délicieux poupard de trois mois, gros, gras, superbe, ses

immenses yeux encore agrandis par le collyre, une petite mouche noire au

milieu du front. Comme nourrice, un grand gaillard tout noir, un pagne

autour des reins, qui poussait tendrement la voiture.

Les bêtes féroces ne se sont pas encore présentées, à peine quelques

araignées toutes petites, auxquelles de petits lézards à grosse tête

font une bonne chasse sur le mur blanchi à la chaux. Notre inénarrable

Joseph prétend avoir vu un serpent tout près de la maison, un cobra,

naturellement! C’est un terrible froussard.

Ce matin, enfin, une lettre de nos enfants. Elle nous a été apportée par

quatre petites filles et un jeune garçon. Ils nous ont chanté la

dernière chanson du poète. Tous nous en avons eu la primeur hier soir, à

la réunion en l’honneur de la pleine lune. On comprend ici qu’on fête

ces soirs magiques. Vers 7 heures tout notre petit univers se groupait,

comme savent se grouper les Orientaux, sous le grand ciel nocturne; la

lumière dorée de la lune l’emplissait d’une extraordinaire clarté. Le

Poète, le professeur de musique (son neveu, le gros et délicieux Dinou),

et le chœur des enfants ont chanté, et j’ai pensé que notre jeunesse vit

bien loin de la nature.

Ce soir je suis invitée par les dames. Il faudra leur dire ce que les

femmes ont fait pendant la guerre, et mon anglais reste déplorable.

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Dans l'Inde (de Ceylan au Népal) · 第 3 / 44 题