_Non content d'émanciper et de grandir_ individuellement _la femme en
réclamant pour elle une plus large accession aux trésors de la
connaissance humaine, non content même de l'émanciper et de la grandir_
socialement _en poursuivant son admission aux métiers et aux professions
du sexe masculin, le féminisme entend qu'elle exerce une influence plus
agissante et plus efficace sur les affaires de l'_État _et sur la
direction du_ foyer.
_C'est ainsi que l'_émancipation individuelle _et_ sociale _conduit
logiquement à l'_émancipation politique_ et_ familiale. _Devenue plus
libre de s'instruire et de travailler, pourvue d'une culture
intellectuelle plus soignée, investie de fonctions économiques plus
indépendantes et plus rémunératrices qui la rehausseront infiniment à
ses propres yeux et à ceux des hommes, il n'est pas possible que la
femme ne cherche à accroître et à étendre son action dans la double
sphère du gouvernement civique et du gouvernement domestique. La
laisserons-nous faire?_
_Dès maintenant, à côté de l'_émancipation intellectuelle; pédagogique,
économique _et_ sociale, _dont nous nous sommes occupé dans nos
premières études, les «femmes libres» inscrivent au cahier de leurs
revendications l'_émancipation électorale, civile, conjugale _et_
maternelle;--_et c'est, conformément à notre plan général[1], l'ordre
même que nous suivrons en ce livre. Dès maintenant, pour parler avec
plus de clarté, le féminisme dénonce avec humeur: 1º l'inégalité_
électorale _qui accorde tout au citoyen et rien à la citoyenne; 2º
l'_inégalité _civile qui assujettit la capacité de la femme mariée à
l'autorisation préalable du mari; 3º l'_inégalité conjugale _qui
enchaîne dans les liens du mariage légal l'épouse à l'époux; 4º
l'_inégalité maternelle _qui soumet les enfants à la puissance du père
plus étroitement qu'à celle de la mère. Dès maintenant, même,
d'excellents esprits ne se font pas faute de déclarer que_ la condition
de la femme dans la cité et dans la famille _est susceptible, en plus
d'un point, d'amélioration et de progrès. Devons-nous appuyer ou
combattre ces nouveautés?_
[Note 1: Voir nos premières études sur le féminisme: l'_Émancipation
individuelle et sociale de la femme_, pp. 6 et suiv.]
_C'est sur quoi nous nous expliquerons, en cette seconde série d'études
qui complète et achève la première, avec le souci persévérant de
subordonner le préjugé à la justice et de séparer, d'un geste net et
franc, la mauvaise herbe du bon grain._
Rennes, 6 juin 1901.