En notre forêt de Lions, vers le hameau de la
Goupillière, tout près d'un grand puits-fontaine
qui appartient à la chapelle Saint Mathurin, il y
avait un bonhomme, bûcheron de son état, qui s'appelait
Brisquet, ou autrement le fendeur à la bonne hache, et
qui vivait pauvrement du produit de ses fagots, avec
sa femme qui s'appelait Brisquette.
Le bon Dieu leur avait donné deux jolis petits enfants,
un garçon de sept ans qui était brun, et qui s'appelait
Biscotin, et une blondine de six ans qui s'appelait
Biscotine.
Outre cela, ils avaient un chien bâtard à poil frisé,
noir par tout le corps, si ce n'est au museau qu'il avait
couleur de feu; et c'était bien le meilleur chien du pays,
pour son attachement à ses maîtres.
On l'appelait la Bichonne, parce que c'était peut-être une
chienne.
Vous vous souvenez du temps où il vint tant de loups dans
la forêt de Lions. C'était dans l'année des grandes neiges,
que les pauvres gens eurent si grand-peine à vivre. Ce fut
une terrible désolation dans le pays.
Brisquet, qui allait toujours à sa besogne, et qui ne craignait
pas les loups à cause de sa bonne hache, dit un matin à Brisquette:
«Femme, je vous prie de ne laisser courir ni Biscotin ni Biscotine,
tant que M. le grand-louvetier ne sera pas venu. Il y aurait du
danger pour eux. Ils ont assez de quoi marcher entre la butte et
l'étang, depuis que j'ai planté des piquets le long de l'étang pour
les préserver d'accident. Je vous prie aussi, Brisquette, de ne
pas laisser sortir la Bichonne, qui ne demande qu'à trotter.»
Brisquet disait tous les matins la même chose à Brisquette. Un
soir il n'arrivait pas à l'heure ordinaire. Brisquette venait sur
le pas de la porte, rentrait, ressortait, et disait en se croisant
les mains: «Mon Dieu, qu'il est attardé!»