Et les rois, arrivés sur le navire, se prosternèrent. Et les dieux,
secoués par leurs prêtres, saluèrent d’une façon farouche et grotesque.
Un homme infiniment vieux, presque aveugle, jadis chef des guerriers,
maintenant grand-pontife, s’approcha, les yeux baissés, ôta son manteau,
ses colliers, ses fétiches, les jeta sur les épaules du capitaine, et,
tout nu, chantant toujours, se précipita, lui aussi, sur le sol, où il
demeura quelque temps, immobile comme un cadavre. Puis tous, se levant
ensemble, firent signe à Félix-Hector d’entrer dans la pirogue des
dieux.
Au milieu d’une foule immobile, étendue à plat ventre au bord des
chemins, on le conduisit au temple. C’était un édifice bâti de pierres
solides et carrées, dont la cime plate s’entourait d’une balustrade
décorée de crânes humains. Ce Moraï était le Panthéon de l’île. La face
contractée d’un rire ironique et féroce, douze divinités s’y rangeaient
en demi-cercle autour de la table de proposition, et il y avait sur
cette table des bêtes sacrifiées, des enfants mâles égorgés, et aussi
les fruits de la terre. Et le grand pontife assit Félix-Hector sur un
escabeau sculpté, au milieu des idoles, le revêtit d’un manteau
d’écarlate, en lui tenant respectueusement le bras droit écarté du
corps, tandis qu’un acolyte très grand, à la barbe longue, blanc de peau
comme un Européen, lui prenait le bras gauche. Et Félix-Hector de
Beaussier-Larieuse se tint ainsi debout, sur le haut du temple, dominant
la mer, dominant les bois, les champs, les collines, les bras en croix,
éperdu, devant tout un peuple qui l’adorait. Autour de lui, des flammes
montèrent. On lui sacrifiait des cochons.
Or, abaissant ses yeux éblouis, il vit que le grand-pontife lui
présentait, à genoux, une chose très vieille, rongée par les oxydes et
la vétusté. Il reconnut une figure d’homme, en cuivre, les bras étendus
comme lui, les pieds sur une espèce de plaque, et cette plaque ayant été
frottée du doigt par le sacrificateur, il lut: