ÉPILOGUE

Au cours des dernières années qui précédèrent la chute de la Monarchie

de juillet 1830, le frère de mon père, mon oncle Eugène de Méneval, se

trouvait à Vienne en qualité de premier secrétaire de l'ambassade

française en Autriche. Il eut la curiosité de chercher à voir sa

marraine, l'ex-impératrice Marie-Louise qui faisait, dans cette ville,

de fréquents séjours; il parvint enfin à en obtenir une audience. Il a

souvent raconté, depuis, l'impression pénible sous tous les rapports

qu'il remporta de sa visite à la veuve du général Neipperg, remariée à

cette époque avec M. de Bombelles.

Le filleul de Marie-Louise se vit effectivement en présence, paraît-il,

d'une vieille femme édentée, décharnée, offrant aux regards de ceux

qu'elle admettait à venir la visiter tous les symptômes de la

décrépitude, et l'aspect d'une véritable ruine. Dans les courts instants

d'entretien que la princesse autrichienne lui accorda, mon oncle put

observer avec surprise que l'oublieuse souveraine s'abstint même de

prononcer le nom de mon grand-père, encore vivant à cette date, et que

Marie-Louise devait précéder dans la tombe.

«La duchesse de Parme se borna, dit-il, à rappeler dans quelques

paroles, qu'elle voulut rendre obligeantes, le souvenir agréable qu'elle

avait conservé de ma mère.»

Marie-Louise évitait avec un soin tout particulier toute allusion au

temps où elle avait été impératrice et femme de Napoléon. Ces importuns

souvenirs, on le conçoit, la gênaient, ce qui tendrait à faire supposer

que le remords de son ingrate conduite l'a poursuivie secrètement

jusqu'à la fin de ses jours. Peu de mois après la visite que nous venons

de raconter, cette souveraine, à l'âme si peu royale, mourait à Vienne à

l'âge de cinquante-six ans, le 18 décembre 1847.

Marie-Louise et la cour d'Autriche entre les deux abdications (1814-1815) · 第 38 / 78 题