«Je ne puis m'empêcher, homme accompli, de vous remercier des
preuves nombreuses de votre bonté. Si je négligeais ce devoir, on
m'accuserait certainement de la plus coupable ingratitude, et je
paraîtrais oublieuse et indigne de vos bienfaits. Cependant, par
Hercule! je ne m'engage pas dans cette entreprise sans éprouver
quelque confusion. L'amitié que vous désirez entre nous, et les
empressements continuels dont vous m'avez comblée, exigent plus
que de simples remerciements, et c'est bien malgré moi que je ne
réponds à tant de faveurs que par de vaines paroles. Ce m'est
aussi une grande perplexité, lorsque je découvre en moi-même
combien je suis peu capable d'écrire à un homme tel que vous; et,
en vérité, je ne voudrais ou n'oserais troubler vos travaux par
des discours puérils et frivoles, ni mêler mon langage incorrect
à votre éloquence, si je pouvais m'acquitter autrement envers
vous et si je ne savais jusqu'où va votre indulgence. Quant à la
lettre que j'ai reçue dernièrement de vous, après l'avoir lue et
relue (car une seule lecture me paraissait insuffisante), il me
semble avoir recueilli par elle plus de fruit de vos excellents
préceptes, que de la méditation journalière des meilleurs auteurs.
Vous m'exhortez à chercher une foi véritable et sincère en
Jésus-Christ, mon sauveur; je m'efforcerai de vous obéir aussi
exactement que Dieu le voudra; car la foi étant un présent divin,
je ne puis promettre que selon ce qu'il m'accordera; et cependant,
je ne cesserai d'intercéder avec les apôtres pour qu'il augmente
ma foi de jour en jour. A cette foi, comme vous le recommandez,
et avec la bénédiction d'en haut, j'ajouterai la sainteté de ma
vie, selon mes faibles puissances. Veuillez en même temps faire
mention de moi dans toutes vos prières. Sachez que dans l'étude
de l'hébreu, je suis la méthode que vous m'avez si bien exposée.
Adieu, que le Seigneur vous protège dans la tâche que vous avez
entreprise, et vous conduise heureusement à l'éternité.
«Votre très-religieusement obéissante,
«Jωanna GRAIA.»