_Coment le roy endoctrina Phelippe son chier fils._
«Chier Fils, la première chose que je te enseigne si est que tu metes tout
ton cuer en amer Dieu, car sans ce nul ne peut estre sauvé. Garde toy de
faire pechié: avant, devroies souffrir toutes manières de tourmens que
faire péchié mortel. Sé il te vient aucune adversité ou aucun tourment,
reçoi-le en bonne patience, et en rends graces à Nostre-Seigneur; et dois
penser que tu l'as desservi. Et sé Dieu te donne habundance de bien si l'en
mercie humblement. Confesse toy souvent, et eslis confesseur qui soit
preud'homme, qui te sache enseigner que tu dois faire et de quoy tu te dois
garder. Le service de sainte églyse écoute dévotement. Chier Fils, aies le
cuer piteux et doux aux povres gens, et les conforte et les aide. Fais les
bonnes coustumes garder de ton royaume, et les mauvaises abaisses. Ne
convoite point sur ton peuple toultes né tailles, sé ce n'est pour trop
grant besoing.»
«Sé tu as aucune pensée pesant au cuer di la à ton confesseur ou à aucun
preud'homme qui sache garder ton secret, si pourras porter plus légièrement
la pensée de ton cuer. Garde que cil de ton hostel soient preud'ommes et
loiaux, et te souviegne de l'escripture qui dit: _Elige viros timentes
Deum, in quibus sit justicia et qui oderint avariciam_; c'est-à-dire: _Aime
gent qui doubtent Dieu et qui font droite justice, et qui héent avarice_;
et tu profiteras et garderas bien ton royaume. Ne sueffre point que
villenie soit dicte devant toy de Dieu. En justice tenir soies roide et
loiaux envers ton peuple et envers ta gent sans tourner né çà né là.»
«Sé aucun a entrepris querele contre toy pour aucune injure ou aucun tort
que il luy soit avis que tu luy faces, allegue contre toy tant que la
vérité soit sceue, et commande à tes juges que tu ne soies de riens
soustenu plus que un autre. Sé tu tiens riens de l'autrui, rens le tantost
et sans demeure. A ce dois-tu mettre toute t'entente, coment tes gens et
ton peuple puissent vivre en paix et droiture; meismement[611] les bonnes
villes et les bonnes cités de ton royaume, et les garde en l'estat et en la
franchise où tes devanciers les ont gardées; car par la force de tes bonnes
villes et de tes bonnes cités doubteront les puissans hommes à mesprendre
envers toy.»
Note 611: _Meismement._ Surtout.
«Il me souvient moult bien de Paris et des bonnes villes de mon royaume qui
me aidèrent contre les barons quant je fu nouvellement couronné. Aime et
honnoure saincte Églyse. Les bénéfices de saincte Églyse donne à bonnes
personnes qui soient de bonne vie et de necte, et si les donne par le
conseil des bonnes gens. Garde-toy de mouvoir guerre contre nul homme
crestien, s'il ne t'a trop forment mesfait, et s'il te requiert mercy tu
luy dois pardonner et prendre amende si souffisant que Dieu t'en sache gré.
Soies, biaux doux fils, diligent d'avoir bons baillis, et enquier souvent
de leur fais, et coment il se contiennent en leur offices. De ceux de ton
hostel enquier plus souvent que de nuls autres s'il sont convoiteux ou
bobanciers oultre mesure; car, selonc nature, les membres sont volentiers
de la nature du chief; c'est assavoir quant le sire est sage et bien
ordenné, tous ceux de son hostel y prennent garde et exemple et en valent
mieux. Travaille toy, biaux fils, que villain serement soient osté de ta
terre, et especiaument tiens en grant vilté Juis et toute manière de gens
qui sont contre la foy.»
«Prens toy garde que les despens de ton hostel soient raisonnables et à
mesure. En la fin, très dous fils, je te pri que tu faces secourre m'ame en
messes et en oroisons. Je te doins toutes les benéiçons que bon père peut
donner à fils; et la benéiçon Nostre-Seigneur te soit en aide et te doint
grace de faire sa volenté!»