_Coment le roy de France se parti du royaume._
Au mois de may en l'an de grace mil deux cens soixante-nuef, se parti le
roy du royaume de France pour aler Oultre-mer. Si s'en ala droit à Clugny
l'abbaye, où il séjourna quatre jours et vint au port d'Aiguemorte où tous
les pélerins devoient assembler. Sitost comme le roy fu là venu, tout le
peuple s'assembla de toutes pars, de barons, de chevaliers et d'autre menu
peuple grant foison. Et pour ce que le port ne povoit pas prendre si grant
nombre de gent, les barons et les plus nobles hommes tournèrent aux cités
d'entour et aux bonnes villes, et sejournèrent tant que les naves furent
garnies de vitaille et de armeures.
Si comme il estoient à séjour, il avint que trop grant forsénerie mut entre
les Provenciaux et ceux de Catheloingne, et mut pour poi d'occasion. Si
s'entrecoururent sus des espées, de coutiaux et de haches. Quant François
virent Provenciaux assaillir, si se férirent en la meslée et chacièrent
Catheloins jusques dedens les nefs, et estoient si eschaufés de couroux
qu'il se férirent en la mer jusques au col pour eux occire. Né nul puissant
homme n'estoit ilec qui la forsénerie de celle gent péust départir.
En celle meslée furent bien occis cent hommes, sans ceux qui furent noiés.
Le roy qui tenoit feste et court plenière à Saint-Gile le jour de
Pentecouste, oï la nouvelle, si vint hastivement celle part, et enquist par
qui ce fait estoit encommencié; tantost qu'il sot la vérité, il commanda
que ceux qui l'avoient commencié fussent punis.