ANNEE 1269.

_Coment le roy de France ala seconde fois oultre-mer._

Le roy de France qui autrefois ot esté oultre-mer, ot volenté d'aler-y la

seconde fois, pour ce qu'il luy fu advis que la première fois ne fu pas

moult prouffitable à la crestienne gent. Pour ceste chose acomplir, le

pape de Rome luy envoia le cardinal Simon, prestre de saincte Cecile. Quant

le roy dut prendre la croix, il assembla un grant parlement à Paris de

prélas, de barons, de chevaliers et de moult d'autre gent; et puis les

amonesta moult de vengier la honte et le dommage que Sarrasins faisoient en

la terre d'oultre-mer en despit de Nostre-Seigneur.

Après ce que le cardinal ot fait sermon à tout le peuple, le roy prist la

croix tout le premier, et tous ses trois fils Phelippe, Jehan et Pierres et

moult grant foison de barons et de chevaliers. Les autres barons qui à ce

parlement ne furent pas, se croisièrent tantost, dès ce qu'il sorent que le

roy fu croisié: si comme Alphons le conte de Poitiers, le roy de Navarre,

le conte d'Artois, le conte de Flandres, le fils au duc de Bretaigne.

Après ce qu'il furent croisiés, il prisrent termine de mouvoir tous

ensemble, et firent aprester leur navie et leur garnisons. Quant le temps

aprocha qu'il durent mouvoir, le roy fist son testament, et bailla son

royaume à garder à monseigneur Simon de Neele et à l'abbé de Saint-Denys en

France qui avoit à nom Macy de Vendosme; et, après ce, le roy ala à

Saint-Denys, et luy pria qu'il luy fust en aide, et prist l'escharpe et le

bourdon et l'enseingne Saint-Denys[565]. D'ilec s'en ala au bois de

Vincennes reposer la nuit; l'endemain se parti de la royne sa femme en

souspirs et en larmes, laquelle il ne vit oncques puis.

Note 595: Je remarque encore ici la concision de notre chroniqueur,

quand il s'agit de l'oriflamme. Le passage de Nangis que Du Cange n'a

pas cité dans sa dix-huitième dissertation sur Joinville est

cependant fort curieux, surtout dans le texte françois qui, comme on

le croit, est également de Nangis. Voici d'abord le latin: «Itaque

martyros... devotissimè... interpellans, vexillum de altario

S. Dyonisii, _ad quod comites Vulcassini spectare dignoscetur_» (ces

termes sont précisément ceux de la lettre patente de Louis-le-Gros,

en 1124) «quem etiam comitatum rex Franciæ debet tenere de dictâ

ecclesiâ in feodum, morem antiquum antecessorum suorum servare

volens, signiferi jure, sicut comites Vulcassini soliti erant

suscipere, suscepit.» Ce passage prouve seulement que les comtes du

Vexin étoient les anciens _porte-oriflammes_, et que le roi, en

devenant comte du Vexin, n'avoit pas répudié le service de ses

prédécesseurs. Mais le texte françois va nous prouver, ou je me

trompe fort, que cet oriflamme n'étoit pas la bannière particulière

de l'abbaye, mais bien celle de la France. Ecoutons: «Et prist... sus

l'autel l'enseigne Saint-Denis, laquelle apartient au comte de

Vesquessin, et laquele conté li rois de France doit tenir en fief de

l'églyse Saint-Denis, aussi come li conte de Vesquessin souloient

faire, qui portoient anciennement _la bannière aus rois de France_,

pour la raison de leur fiè.» Est-ce clair, et contestera-t-on avec Du

Cange le sens de la charte du roy Robert? dira-t-on encore en dépit

du _more antecessorum_ de Louis-le-Gros, que l'oriflamme ne parut

dans les armées du roi de France qu'à compter de la réunion du Vexin

aux domaines particuliers de la couronne?

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 419 / 446 题