ANNEE 1266.

_Coment le roy conquist Bonivent._

Quant les deux batailles de l'ost Mainfroy furent vaincues, la tierce qui

estoit de Puillois et de Sarrasins, en laquelle Mainfroy estoit, fu toute

esbahie; et se doubta Mainfroy forment, né ne sot que faire: si tourna en

fuye: la bataille Robert de Flandres se féri en eux, et en firent grant

occision. En une autre partie furent François qui une grande partie des

uitifs enchacièrent vers Bonivent, et de si près qu'il se boutèrent avec

eux en la ville, et mistrent tout à desconfiture quanque il trouvèrent, et

prisrent la cité de Bonivent et fu rendue au roy Charles. Celle nuit se

reposa le roy et sa gent. L'endemain il cherchièrent le champ où la

bataille avoit esté et que Mainfroy povoit estre devenu, et estoient en

doubtance qu'il ne fust eschapé. Toutes fois fu-il tant quis et cherchié

qu'il fu trouvé entre les mors tout occis par armes, et fu cogneu par ceux

qui avoient esté pris en la bataille. Oncques ne pot l'en savoir

certainement qui l'avoit occis, pour ce qu'il avoit vestu autres armeures

que les seues, car il ne vouloit pas estre cogneu. Le roy commanda qu'il

fust dessevré des autres et enterré, que les oisiaux ne devourassent sa

charoigne: si fu enterré en une voie commune près de Bonivent[573].

Note 573: _Près de Bonivent_. Le récit du chroniqueur est exact; mais

la vengeance pontificale poursuivit Mainfroi au-delà du tombeau,

comme nous l'apprend le seul Dante, dans sa _Divine Comédie_. Le

divin poéte y fait parler ainsi l'ombre de Mainfroi:

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 391 / 446 题