_Coment le roy conquist Bonivent._
Quant les deux batailles de l'ost Mainfroy furent vaincues, la tierce qui
estoit de Puillois et de Sarrasins, en laquelle Mainfroy estoit, fu toute
esbahie; et se doubta Mainfroy forment, né ne sot que faire: si tourna en
fuye: la bataille Robert de Flandres se féri en eux, et en firent grant
occision. En une autre partie furent François qui une grande partie des
uitifs enchacièrent vers Bonivent, et de si près qu'il se boutèrent avec
eux en la ville, et mistrent tout à desconfiture quanque il trouvèrent, et
prisrent la cité de Bonivent et fu rendue au roy Charles. Celle nuit se
reposa le roy et sa gent. L'endemain il cherchièrent le champ où la
bataille avoit esté et que Mainfroy povoit estre devenu, et estoient en
doubtance qu'il ne fust eschapé. Toutes fois fu-il tant quis et cherchié
qu'il fu trouvé entre les mors tout occis par armes, et fu cogneu par ceux
qui avoient esté pris en la bataille. Oncques ne pot l'en savoir
certainement qui l'avoit occis, pour ce qu'il avoit vestu autres armeures
que les seues, car il ne vouloit pas estre cogneu. Le roy commanda qu'il
fust dessevré des autres et enterré, que les oisiaux ne devourassent sa
charoigne: si fu enterré en une voie commune près de Bonivent[573].
Note 573: _Près de Bonivent_. Le récit du chroniqueur est exact; mais
la vengeance pontificale poursuivit Mainfroi au-delà du tombeau,
comme nous l'apprend le seul Dante, dans sa _Divine Comédie_. Le
divin poéte y fait parler ainsi l'ombre de Mainfroi: