_Coment la première bataille Mainfroy fu desconfite._
Après ce que le roy ot parlé aux barons, l'évesque d'Aucerre les absout de
tous leur péchiés et leur donna sa benéiçon en telle manière que il
doublassent les cops de leur espées sus leur ennemis. Quant les batailles
furent ordenées et mises en conroy, Phelippe de Montfort et le mareschal de
Mirepois furent chevetains de la première bataille, et assemblèrent à la
première bataille Mainfroy, en laquelle il avoit au front devant grant
plenté d'Alemans esquiels Mainfroy avoit plus grant fiance qu'en tout le
remenant de sa gent.
Au premier assaut qu'il assemblèrent, les Alemans férirent aux grans cops
estendus sus les François, si que par force il les reculèrent. Quant le roy
Charles vit ce, qui estoit en la seconde eschielle et qui se devoit
combatre à Mainfroy, si se féry tout irié entre ses ennemis à tout sa
bataille. Les Alemans se tindrent moult bien et longuement, car il estoient
bons chevaliers, et aussi comme armés de doubles armes, si que les espées
des François ne les porent empirier né mal mettre. Quant ce virent
François, si sachièrent petites espées courtes et agues et estroites
devant, et commencièrent à crier en langue françoise: «A estoc! A estoc!
dessoubs l'aisselle.» Là où les Alemans estoient légièrement a més.
A celle criée fu la bataille grant et mortelle; les François leur
lancièrent ès corps leur courtes espées agues; et les Alemans
tresbuchièrent ainsi comme blé qui verse après la faucille: si furent tous
mors et vaincus et pou ou noient en eschapa qui ne fussent mors et occis.
Après ce que les Alemans furent desconfis, le roy et sa gent se férirent en
la seconde bataille que Gauvain conduisoit et Jourdain. Mais quant il
virent que les Alemans furent desconfis esquels il avoient toute leur
espérance, si ne sorent que faire de fouir. Sitost comme François
apperceurent leur mauvaise contenance, si leur coururent sus hastivement
qu'il ne leur eschapassent, et se combatirent à eux si forment qu'il les
desconfirent tous. En celle desconfiture furent pris le conte Gauvain, le
conte Jourdain, le conte Berthelemi, et pluseurs autres.