ANNEE 1264.

_Des messages le pape Urbain contre Mainfroy._

Pape Urbain qui fu désirant de mettre à fin la mauvaistié de Mainfroy,

envoia ses messages au roy de France, et li requist qu'il voulsist secourre

et aidier à l'églyse de Rome contre le roy Mainfroy de Secile qui s'estoit

mis et bouté en la terre et au royaume à tort et sans raison; lequel

royaume doit estre tenu de l'églyse dès le temps l'empereur Constantin qui

le donna et octroia au patrimoine saint Père, et voult que quiconques en

seroit roy qu'il en fust homme saint Père, et qu'il le tenist de luy. «Et

comme Mainfroy ne veuille faire droit à sainte églyse, biaus chier fils, je

vous prie que vous m'envoiez Charles vostre frère à tout son povoir, et

nous luy donnons et ottroions le royaume de Secile et la duchiée de Puille.

Et après ce, nous voulons qu'il soit prince de Calabre. Et toutes ces

dignités nous luy octroions jusques à la quarte ligniée qui de luy istra.»

Quant le roy oï ces nouvelles, si se conseilla qu'il en feroit; né n'estoit

pas sa volenté que Charles son frère y alast, sé il n'avoit les dignités

dessus nommées à tous ses hoirs et à tousjours-mais. Mais Charles reçut le

mandement l'apostole liement, et dist au roy que sa volenté estoit de

secourre saincte églyse et de luy aidier selon son povoir. Le roy ne voult

pas empeschier le bon propos son frère, si luy octroia.

Tant estoit monté Mainfroy en grant estat, qu'il avoit en s'aide toute la

greigneur partie des cités d'Italie, et luy obéissoient comme à seigneur et

à roy. Si establi ilec et en son nom Poilevoisin[567] à grant compaignie de

gent d'armes;--il ressembloit Mainfroy de contenance et de manière plus que

nul homme;--pour ce que il gardast les passages, que nul ne peust passer

oultre qui fust de l'aide le pape de Rome: né messagier né autre ne povoit

en nulle manière passer qu'il ne perdist la vie, ou il estoit mis en

prison.

Note 567: _Poilevoisin_. Palavicino.

Nouvelles vindrent en France que Poilevoisin gardoit les passages si

estroictement que nul ne povoit passer. Si manda le conte Charles, qui

estoit esleu à roy de Secile, Phelippe de Montfort, bon chevalier et hardi,

pour abatre et oster la mauvaistié Poilevoisin, et pour délivrer le chemin

de Rome. Iceluy Phelippe se mist à la voie, et emmena avec luy le Marchis

de Montferrant et toute la commune de Milan, qui à celle fois furent de la

partie aux François; car il avoient en grant haine Mainfroy pour ce que

l'empereur son père avoit fait abatre toutes les tours de Milan, et les

forteresces; et si leur avoit osté les trois rois qui vindrent aourer

Nostre-Seigneur quant il fu né, et les envoia à Coulongne sus le Rhin.

Phelippe de Montfort vint à un pas où il trouva Poilevoisin à tout moult

grant ost, et avoit en son aide toute la forte gent de Cremonne. A eux se

combatirent si vertueusement que Poilevoisin tourna en fuie et ceux de

Cremonne, et laissièrent le pas tout délivre[568]. Phelippe et sa gent

passèrent oultre, si trouvèrent les tentes à ceux de Cremonne, et leur

garnisons de vins et de viandes. Si prisrent tout quanqu'il porent trouver

de bon, et puis boutèrent le feu dedens et s'en passèrent oultre, et

délivrèrent les passages et les chemins; si que tous ceus qui vouloient

aler à Rome povoient passer seurement.

Note 568: _Delivre_. Libre.

Ce jour meisme que Phelippe de Montfort se combati, mourut pape Urbain.

Tantost les cardinaux s'assemblèrent et se hastèrent moult de faire pape,

pour le triboul où l'églyse de Rome estoit contre Mainfroy: si firent pape

de messire Guy et le nommèrent Climent. Cil ot premièrement femme et

enfans. Après la mort sa femme, il fu évesque de son pays, et après il fu

archevesque de Nerbonne sus mer, et après il fu cardinal de saincte Sabine

et puis pape de Rome.

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 383 / 446 题