_Coment Tartarins destruirent pluseurs contrées._
Nouvelles vindrent au roy de France que les Tartarins avoient destruit
grant partie de la terre d'Oultre-mer, et luy fu dit de par le pape que il
avoient occis tant de Sarrasins que nul n'en savoit le nombre, et le soudan
desconfit et le roy d'Arménie; et avoient pris Antioche, Triple, Damas,
Halape, et toutes les terres environ; et estoit leur propos, si comme
aucuns crestiens disoient, de passer oultre et de destruire toute
crestienté. Quant le roy oï telles nouvelles si manda tous les barons de
France et leur conta coment les Tartarins avoient destruit la terre
d'Oultre-mer, et que leur propos estoit de venir en France si comme l'en
disoit. Si s'accordèrent tous les barons par le conseil le roy que l'en
fist aumosnes aux povres, et que les religions féissent processions et
prières que Nostre-Seigneur voulsist garder son peuple. Avec ce il commanda
au peuple qu'il se gardassent de jurer villainement et d'aler ès tavernes
pour les gloutonnies qui y sont faictes et dictes: tournoiemens furent
deffendus et joustes et hourdéis[551]. Tous jeux furent deffendus fors du
traire d'ars et d'arbalestres. Si avint que les Tartarins qui menoient si
grant maistrise, furent seurpris de diverses maladies, si s'en retournèrent
pluseurs en leur terres et pluseurs en moururent.
Note 551: _Hourdéis._ Lutte de plusieurs contre plusieurs. Nangis
ajoute: _Usquè ad biennium_. Pendant deux ans. Ce qui prouve que
saint Louis ne défendoit alors les tournois que par esprit de
pénitence et non dans l'intention d'en abolir définitivement l'usage.