_Coment le roy envoioit ses lettres privéement._
Une chose de mémoire digne devons bien raconter: il avint que le roy estoit
à Poissy secrètement avec ses amis; si dist que le greigneur bien et la
plus haute honneur qu'il eust oncques en ce monde luy estoit avenue à
Poissy. Quant la gent l'oïrent ainsi parler, si se merveillèrent moult de
quelle honneur il disoit, car il cuidoient qu'il deust mieux dire que telle
honneur luy fust avenue en la cité de Rains, là où il fu couronné du
royaume de France.
Lors commença le roy à sousrire et leur dist que à Poissy luy estoit avenue
celle grant honneur; car il y avoit receu baptesme qui est la plus haulte
honneur sus toutes autres. Quant le roy envoioit ses lettres à ses amis
secrètement, il metoit: _Loys de Poissy à son chier ami, salut._ Né ne se
nommoit point roy de France. Si l'en reprist un sien ami, et il respondi:
«Biaus ami, je suis ainsi comme le roy de la fève qui au soir fait feste de
sa royauté, et l'endemain, par matin, si n'a plus de royauté.»
Le roy avoit une coustume que quant il estoit près des malades, il
s'agenouilloit et leur donnoit sa benéiçon, et prioit Nostre-Seigneur que
il leur en voulsist donner garison; et puis si les touchoit de ses dois là
où la maladie estoit, et faisoit le signe de la croix, en disant les
paroles de la puissance Nostre-Seigneur et de sa digne vertu, après ce
qu'il les avoit tenu et baisié. Selonc ce qu'il appartient à la dignité
royal, il les faisoit mengier à sa court et leur faisoit à chascun donner
de l'argent pour raler en leur contrées.