ANNEE 1256.

_Coment le roy envoioit ses lettres privéement._

Une chose de mémoire digne devons bien raconter: il avint que le roy estoit

à Poissy secrètement avec ses amis; si dist que le greigneur bien et la

plus haute honneur qu'il eust oncques en ce monde luy estoit avenue à

Poissy. Quant la gent l'oïrent ainsi parler, si se merveillèrent moult de

quelle honneur il disoit, car il cuidoient qu'il deust mieux dire que telle

honneur luy fust avenue en la cité de Rains, là où il fu couronné du

royaume de France.

Lors commença le roy à sousrire et leur dist que à Poissy luy estoit avenue

celle grant honneur; car il y avoit receu baptesme qui est la plus haulte

honneur sus toutes autres. Quant le roy envoioit ses lettres à ses amis

secrètement, il metoit: _Loys de Poissy à son chier ami, salut._ Né ne se

nommoit point roy de France. Si l'en reprist un sien ami, et il respondi:

«Biaus ami, je suis ainsi comme le roy de la fève qui au soir fait feste de

sa royauté, et l'endemain, par matin, si n'a plus de royauté.»

Le roy avoit une coustume que quant il estoit près des malades, il

s'agenouilloit et leur donnoit sa benéiçon, et prioit Nostre-Seigneur que

il leur en voulsist donner garison; et puis si les touchoit de ses dois là

où la maladie estoit, et faisoit le signe de la croix, en disant les

paroles de la puissance Nostre-Seigneur et de sa digne vertu, après ce

qu'il les avoit tenu et baisié. Selonc ce qu'il appartient à la dignité

royal, il les faisoit mengier à sa court et leur faisoit à chascun donner

de l'argent pour raler en leur contrées.

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 367 / 446 题