_Coment le roy se confessoit._
A coustume avoit le roy de soy confesser tous les vendredis de l'an
dévotement et secretement. Tousjours après sa confession recevoit
discipline par la main de son confesseur de cinq petites chaiennes de fer
jointes ensemble que il portoit en une petite boiste d'ivoire en une
aumonière de soie. Telles boistes à tout telles chaiennes donnoit-il
aucunes fois à ses privés amis pour recevoir autelle discipline comme il
faisoit. S'il avenoit que son confesseur luy donuast trop petis cous, il
luy faisoit signe qu'il ferist plus asprement. Pour une haute feste il ne
laissoit à prendre sa discipline dessus dicte[507].
Note 507: Guillaume de Nangis, que notre auteur traduit dans tous ces
pieux détails, ajoute ici: «Né ce ne fait pas à trespasser coment uns
confessors que li rois ot devant frère Gefroi de Baulieu, li donnoit
aspres et dures disciplines, en tele manière que sa char, qui tendre
estoit, en estoit moult grevée. Mais oncques li bons rois, tant come
il vesqui, ne le voult dire; ainsois le dist après sa mort tout en
jouant et en riant à frère Gefroi.» (Edition du Louvre, p. 239.)
Long-temps porta le roy la haire à sa char toute nue; mais il la laissa par
le commandement de son confesseur, et pour ce qu'elle luy estoit trop
griève: et portoit une couroie de haire: et, pour ce qu'il la laissa à
porter, il commanda que son confesseur donnast chascun jour aux povres
quarante sous. A coustume avoit le roy de jeuner tous les vendredis de
l'an, né ne mengeoit char né sain[508] au mercredi. Et toutes les vigiles
de Nostre-Dame, il jeunoit en pain et en eaue, et aussi faisoit-il le
vendredi benoist. Il ne goustoit de poisson né de fruit les vendredis de
caresme, et metoit tant d'eaue en son vin qu'il ne sentoit que pou ou néant
de vin.
Note 508: _Sain_. Graisse.