_Coment le roy ala en pélerinage._
Si comme le roy estoit à séjour à Acre, volenté luy prist d'aler en
pélerinage en la cité de Nazareth où Nostre-Seigneur fu nourri. Si se parti
d'Acre moult dévotement, et vint jusques à un chastel qui est nommé Phore
et est en Chana de Galilée, où nostre Sire fist de eaue vin, quant il fu
aux noces Archedeclin[470]. Quant il fu là venu, il se reposa jusques à
l'endemain, et quant il fu levé l'endemain de son lit, il vesti la haire
emprès sa chair nue. D'illec se parti et vint par le mont de Thabor et
entra en Nazareth la veille de Nostre-Dame en mars. Sitost comme il vit la
cité, il descendi de son cheval et se mist à genoux, et aoura
Nostre-Seigneur et Nostre-Dame. D'ilec en avant, il ala tout à pié jusques
au lieu où Nostre-Seigneur fu nourry, et jeuna en pain et en eaue, et si
estoit moult travaillié de cheminer à pié si longuement. Tantost comme il
ot fait son disner de pain et d'eaue, il fist chanter vespres haultement;
et l'endemain, à l'aube du jour, matines à chant et à deschant et à
treble[471]. Après, il fist chanter la messe en la place où l'ange Gabriel
salua Nostre-Dame; en la fin de la messe il reçut le vrai corps
Nostre-Seigneur Jhésucrist, en moult grant dévocion et en moult grant
humilité.
Note 470: _Archedeclin._ C'est le nom que toutes les légendes donnent
au marié de Cana. Au reste, le traducteur françois a rendu assez mal
le texte de Guillaume de Nangis: «Ivit.... de Sephoriâ, ubi
præcedenti nocte jacuerat, in Cana Galileæ.»
Note 471: C'est-à-dire: A trois parties. Le _deschant_ étoit une
sorte d'accompagnement fleuri. Le _treble_ remplaçoit le _tenor_.
Voyez des exemples dans le roman de _Fauvel_, manuscrit du roi,
n° 6812.
Après s'en retourna au Japhet où il séjourna une pièce de temps pour la
royne sa femme qui ot une fille nommée Blanche: et assez tost après,
nouvelles luy vindrent que la royne Blanche estoit morte. Si tost comme il
le sot, il commença à plourer, et s'agenouilla devant l'autel de sa
chapelle et pria moult dévotement pour l'ame de sa mère. Après ce que le
roy ot dit ses oroisons, les prélas et le clergié s'assemblèrent et
chantèrent vigiles de mors et commendacion de l'ame. De ce jour en avant,
le roy fist chanter messe especial devant luy pour l'ame de sa mère, s'il
ne fust dimenche ou feste sollempnel.