ANNEE 1253.

_Coment le roy ala en pélerinage._

Si comme le roy estoit à séjour à Acre, volenté luy prist d'aler en

pélerinage en la cité de Nazareth où Nostre-Seigneur fu nourri. Si se parti

d'Acre moult dévotement, et vint jusques à un chastel qui est nommé Phore

et est en Chana de Galilée, où nostre Sire fist de eaue vin, quant il fu

aux noces Archedeclin[470]. Quant il fu là venu, il se reposa jusques à

l'endemain, et quant il fu levé l'endemain de son lit, il vesti la haire

emprès sa chair nue. D'illec se parti et vint par le mont de Thabor et

entra en Nazareth la veille de Nostre-Dame en mars. Sitost comme il vit la

cité, il descendi de son cheval et se mist à genoux, et aoura

Nostre-Seigneur et Nostre-Dame. D'ilec en avant, il ala tout à pié jusques

au lieu où Nostre-Seigneur fu nourry, et jeuna en pain et en eaue, et si

estoit moult travaillié de cheminer à pié si longuement. Tantost comme il

ot fait son disner de pain et d'eaue, il fist chanter vespres haultement;

et l'endemain, à l'aube du jour, matines à chant et à deschant et à

treble[471]. Après, il fist chanter la messe en la place où l'ange Gabriel

salua Nostre-Dame; en la fin de la messe il reçut le vrai corps

Nostre-Seigneur Jhésucrist, en moult grant dévocion et en moult grant

humilité.

Note 470: _Archedeclin._ C'est le nom que toutes les légendes donnent

au marié de Cana. Au reste, le traducteur françois a rendu assez mal

le texte de Guillaume de Nangis: «Ivit.... de Sephoriâ, ubi

præcedenti nocte jacuerat, in Cana Galileæ.»

Note 471: C'est-à-dire: A trois parties. Le _deschant_ étoit une

sorte d'accompagnement fleuri. Le _treble_ remplaçoit le _tenor_.

Voyez des exemples dans le roman de _Fauvel_, manuscrit du roi,

n° 6812.

Après s'en retourna au Japhet où il séjourna une pièce de temps pour la

royne sa femme qui ot une fille nommée Blanche: et assez tost après,

nouvelles luy vindrent que la royne Blanche estoit morte. Si tost comme il

le sot, il commença à plourer, et s'agenouilla devant l'autel de sa

chapelle et pria moult dévotement pour l'ame de sa mère. Après ce que le

roy ot dit ses oroisons, les prélas et le clergié s'assemblèrent et

chantèrent vigiles de mors et commendacion de l'ame. De ce jour en avant,

le roy fist chanter messe especial devant luy pour l'ame de sa mère, s'il

ne fust dimenche ou feste sollempnel.

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 334 / 446 题