ANNEE 1250/1251.

_Coment le roy s'en voult retourner en France._

Le roy fist apprester sa navie, car il cuida certainement que les amiraux

luy tenissent son convenant; mais les messages qui retournés furent de

Babiloine, luy contèrent la faulseté des Sarrasins, et que eux avoient bien

entendu qu'il ne tendroient foy né serement qu'il eussent en convenant, et

que il n'avoient délivré que la tierce partie des prisonniers crestiens.

Quant il oï ce, si en fu forment courroucié et requist conseil qu'il

pourroit faire de celle besoingne? si luy loèrent les barons qu'il ne

partist point si tost de la terre d'Oultre-mer; car elle seroit en

greigneur péril que elle n'estoit avant qu'il y venist; et pour ce que les

prisonniers seroient sans aucune espérance et se tendroient ainsi comme du

tout perdus, si que sa demeure pourroit faire grant bien à toute la terre

saincte; et meismement pour le descort qui estoit entr'eux, c'est assavoir

entre ceux de Babiloine et le soudan de Halape; car le soudan de Halape

avoit jà pris Damas et pluseurs autres chastiaux qui estoient en la

seigneurie de Babiloine.

Quant le roy oï telles parolles, si ama mieux à demourer que de prendre

repos né aisement en son royaume, et manda son frère le conte de Poitiers

et luy commanda qu'il alast garder le royaume de France avec la royne

Blanche sa mère, qui moult le gardoit sagement[461].

Note 461: Dans le _Romancero François_, page 100, j'ai publié une

chanson dont je rapportois la composition au règne de

Philippe-Auguste. Je me suis trompé: elle exprima certainement les

sentimens des barons françois après la délivrance de saint Louis,

alors que cet excellent prince penchoit à retourner immédiatement en

France. Elle est si belle et vient si parfaitement en aide au texte

des _Chroniques de Saint-Denis_, qu'on me pardonnera de la reproduire

ici:

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 314 / 446 题