_Coment le conte de Champaigne fu assailli des barons._
Droitement en l'an de grace mil deux cens vingt et huit, pluseurs des
barons s'assemblèrent, et commencièrent à gaster la terre au conte de
Champaingne par devers Alemaigne[340]: car il l'avoient en moult grant
haine pour ce qu'il s'estoit accordé au roy. Et mistrent tout en feu et en
charbon quanqu'il trouvèrent devant eux; et alèrent jusques à une ville qui
a nom Caourse[341]. Quant il furent devant la ville, si la commencièrent à
assaillir. Quant le conte Thibaut vit que il estoient si durement esmeus
contre luy, si demanda au roy de France secours et, pour Dieu, qu'il luy
voulsist aidier, et que tout ce faisoient les barons pour ce que il
s'estoit à luy acordé.
Note 340: C'est-à-dire, par le point le plus éloigné des domaines du
roi.
Note 341: _Caourse._ Chaource, à quatre lieues de Bar-sur-Seine.
Le roy reçut sa prière et envoya messages aux barons, et leur pria qu'il se
voulsissent déporter de dommagier le conte Thibaut; mais les barons firent
oreilles sourdes; oncques pour son commandement ne se vouldrent tenir.
Quant le roy vit qu'il ne vouldrent ceser, si fist venir ses gens d'armes
et souldoiers à pié et à cheval, et manda sa chevalerie et ses
communes[342], et se mut à aler contre ses barons, entalenté de prenre
vengeance de tel fait. Les barons seurent que le roy venoit à tout grant
ost, si se doubtèrent d'aler contre luy né ne l'osèrent attendre; ains se
départirent du siège au plus tost qu'il porent et s'en alèrent chascun en
sa contrée. Quant le roy sceut certainement qu'il estoient départis du
siège, il s'en retourna arrières, luy et son ost, et s'en revint en France.
Note 342: _Et ses communes._ «Ac satellitum armatorum.» Nangis
entendoit sans doute, par ces mots, la même chose que notre
chroniqueur.