ANNEE 1227.

_Coment les barons de France murmurèrent contre le saint roy._

En celluy an meisme que l'enfant fu couronné, Hue le conte de la Marche,

et Pierre Mauclerc duc de Bretaingne, et Thibaut le conte de Champaigne

parlèrent ensemble et commencièrent à murmurer contre le jeune roy; et

distrent que tel enfant ne devoit pas tenir royaume; et que celluy seroit

moult fol qui à luy obéiroit, tant comme il fust si jeune. Lors firent

aliances ensemble et promistrent que il n'obéiroient né à luy né à son

commandement. Tantost qu'il se furent départis, le duc de Bretaingne fist

garnir deux fors chastiaux et deffensables: l'un à nom Saint-Jacques de

Buiron[330], et l'autre Belesme. Le père Saint Loys le[331] bailla à garder

au duc de Bretaingne, pour ce qu'il estoit fort et deffensable, quant il

ala sur les Albigois.

Note 330: _St-Jacques de Buiron._ Latin: _S. Jacobum de Beveron_.

Tillemont reconnoît ici _Saint-James de Beuvron_, en Normandie; sans

doute _St-James_, dans l'Avranchin, à quelques lieues de Pontorson.

--Belesme-est dans le Perche.

Note 331: _Le._ Il falloit: _Les_, comme le latin.

Nouvelles vindrent au roy que le duc garnissoit ses forteresces et ses

chastiaux, et qu'il avoit en son aide le conte de la Marche et Thibaut de

Champaigne pour aler contre luy et pour luy grever. Si se conseilla à sa

mère et à ses barons: si luy fu loé qu'il alast hastivement contre le duc,

pour ce qu'il avoit premier garni ses chastiaux. Lors manda chevaliers et

sergens d'armes, et assembla grant ost pour aler là, et se mistrent à voie

pour aler droit à la charrière de Charcoy[332].

Note 332: _La charrière du Charcoy_. Variantes: _Querrière de

Turquey_,--_de Surquey_. Latin: «_Ad quarreriam de Curcetio_.» Je

crois que c'est aujourd'hui le village de _Charcé_, dans le

_Saumurois_, près de _Brissac_.

Avec le jeune roy estoit un cardinal de Rome qui estoit venu en France de

par le pape, et Phelippe conte de Bouloingne, oncle le roy, et Robert conte

de Dreux, qui estoit frère au duc[333]. Quant Thibaut le conte de

Champaigne vit l'ost de France venir là où il avoit[334] tant bonne

chevalerie et tant bonne gent, si se pensa que s'il se tenoit longuement

contre le roy que il luy en pourroit bien mescheoir; si se parti de ses

compagnons au point du jour, pour ce qu'il ne l'apperceurent et s'en vint

au roy; et le pria qu'il luy voulsist pardonner son mautalent, et que plus

ne seroit contre luy.

Note 333: Au duc de Bretagne.

Note 334: _Où il avoit._ Où il se trouvoit.

Le roy qui estoit enfant et débonnaire le receut en grace et luy pardonna

on mautalent. Après il manda au duc et au conte de la Marche qu'il

venissent à son commandement ou qu'il venissent contre luy à bataille: et

il luy mandèrent que volentiers feroient paix à luy, mais que il leur

donnast jour et lieu là où il pourroient parler de paix et de concorde.

Quant le roy eut oï les messages, si leur assigna jour au chastel de

Chinon, et fist retourner son ost en France; et puis s'en ala à Chinon, et

là les attendi au jour qui estoit establi. Mais il ne vindrent né ne

contremandèrent; si les fist semondre de rechief; oncques pour ce ne

vindrent; la tierce fois furent semons et sommés. Lors parlèrent ensemble

le conte et le duc, et distrent que à ceste fois ne pourroient venir à

chief du roy[335]; si luy envoyèrent messages, et distrent que volentiers

venroient parlera luy à Vendosme, mais qu'il eussent sauf aler et sauf

venir. Le roy leur octroya; lors vindrent à Vendosme, et amendèrent au roy

de leur outrage et de leur meffait, tout à sa volenté. Le roy qui fu jeune

et débonnaire leur octroya paix et amour, mais qu'il se gardassent de

mesprendre[336].

Note 335: _Venir à chief._ Nous disons aujourd'hui: _Venir à bout_.

Note 336: Notre chronique, tout en s'aidant du récit de Nangis, a

raconté les dernières circonstances de l'accord des barons d'une

manière plus claire et plus vraisemblable.

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 197 / 446 题