_Coment Saint Loys fu couronné en la cité de Rains._
[329]Au moys après que le roy Loys fu trèspassé, Saint Loys son fils, qui
n'avoit pas douze ans acomplis, fu mené à Rains; et manda l'en l'évesque de
Soissons pour l'enfant coronner, pour ce qu'il n'avoit adonc point
d'archevesque à Rains. L'évesque de Soissons vint à Rains à grant
compaignie de prélas et du clergié, et enoingt et sacra l'enfant, et luy
mist la couronne en la teste; et dist les prières et les paroles qui
afièrent à dire à tel dignité.
Note 329: Ici commence l'ouvrage de Guillaume de Nangis; mais, dans
ce qu'il en emprunte, notre chroniqueur n'a pas suivi la traduction
ancienne publiée à la suite de Joinville et d'après un manuscrit de
Colbert, dans la grande édition de 1761, dite _du Louvre_. La sienne
est en général plus correcte et, d'ailleurs, débarrassée de beaucoup
de superfluités.
Quant l'enfant fu couronné, il s'en vint à Paris là où il fu receu à moult
grant joie du peuple et des gens du pays. La royne Blanche sa mère le fist
moult bien endoctriner et enseignier, car elle l'avoit en garde par raison
de tutele et de bail; et luy quist gens de conseil les plus preudeshommes
et les plus sages que on peust trouver, qui resplendissoient de droicture
et de loyauté pour les besoingnes du royaume gouverner, autant clers comme
lais. Ce fu fait le premier dimenche de l'avent Nostre-Seigneur.