_Coment le père Saint Loys ala en Albigois._
Si comme le père monseigneur Saint Loys voult aler en Albigois, il laissa
son royaume à garder à la royne Blanche sa femme et ses enfans, et s'en
vint à la cité d'Avignon, et l'assist à grant force de gent. Tant les tint
estroictement et tant fist ruer perrières et mangoniaux, qu'il ne le porent
endurer; si se rendirent et se mistrent du tout à sa volenté. Le roy prist
toute la contrée en sa main, et mist ès bonnes villes et ès forteresces,
baillis, seneschaux, viguiers, maires, prévos et sergens d'armes, pour
garder sa terre et toute la contrée de par luy en son nom. Et aussi leur
commanda que tous ceux qu'il pourroient trouver entechiés du vice d'érésie
et qui fussent de riens contre la foy, tantost fussent ars et mis au feu et
en charbon sans nul rachatement.
Après ce, il establi les evesques et les prélas et leur chapelains en leur
églyses, que les mescréans avoient chaciés. Quant le roy eut ainsi restabli
la foy crestienne en Albigois, si s'en retourna vers France. Si comme il
vint près d'un chastel que l'en appelle Montpancier, il convint que la
prophécie Mellin fust accomplie qui dist: _In monte ventris morietur leo
pacificus_. C'est-à-dire à Montpancier mourra le lion paisible et
débonnaire: car une maladie le prist le jour qu'il vint au chastel, dont il
mourut. Aporté fu à Saint-Denys en France, et mis en sépulture delès le roy
Phelippe son père, l'an mil deux cens vingt et six.