Note 298: _Portue._ «Portuensis.» _Porto._

Guillaume archevesque de Rains et l'évesque de Portue célébrèrent ce jour

les deux grans messes de Requiem ensemble: c'est-à-dire à deux autels en un

meisme temps, ainsi comme tout d'une voix; en telle manière que les autres

évesques et les couvens respondirent aux deux ainsi comme à un seul. Là fu

présent le roy Jehan[299] de Jhérusalem qui lors estoit en France venu pour

le secours de la terre d'Oultre mer; et messire Loys, ainsné fils le roy

Phelippe; et Phelippe le mainsné, conte de Bouloingne et moult grant

multitude de barons du royaume.

Note 299: _Jehan_ de Braine ou _de Brienne_.

Ce sont les lais et le testament que le roy fist en sa derrenière volenté:

il laissa pour secourre la terre d'oultre mer, trois cens mille livres de

parisis, qui furent livrés au roy Jehan; cent mille, au Temple; à

l'ospital, cent mille livres; au conte Amaury de Montfort, cent mille

livres pour la terre d'Albigois garder, et vingt mille pour ramener sa

femme et ses enfans des mains de ses anemis[300]; cinquante mille livres

pour départir aux povres gens. Et si laissa grant somme d'avoir pour

restorer les torfais qu'il avoit fais pour ses guerres: si establi vint

moines prestres en l'abbaye de Saint-Denys en France par dessus le nombre

qui devant y estoit, qui sont tenus à chanter pour l'ame de luy. Mors fu en

l'an de l'Incarnacion Nostre-Seigneur mil deux cens vingt et trois, de son

aage soixante et trois, et de son règne quarante-trois.

Note 300: Le texte latin ne parle ici que de vingt mille livres

données à Amaury de Montfort, pour la délivrance de sa femme et de

ses enfans.

(_Le manuscrit 8299 ajoute ici:_)

«Lequel roy Phelippe, seurnommé Auguste, aïeul de saint Loys, puet-on véoir

honorablement enterré en l'églyse Saint-Denys, devant le mestre-autel. Et

en ycel jour et en ycelle meisme heure, Honoré, le pape de Rome, comme il

fust en une cité de Champaigne des Italiens, là li fu révélé par la volenté

divine et monstre, par la carité d'un chevalier, que il féist le service

pour le dit roy Phelippe. Lequel pape avec les cardinaus célébra pour le

dit roy le service et l'office des mors honnourablement. Ycil gentis et

vaillans roys de France Phelippes dit Auguste qui conquist Normandie, régna

quarante-trois ans. Après lequel roy Phelippe, Loys son fils, en la yde

huitiesme dou moys d'aoust fu couronnés à roy de France en l'an de son éage

vint-sixiesme avec Blanche sa feme, en l'églyse de Rains, de Guillaume,

arcevesque de celle cité.»

_Cy fenissent les fais du bon roy Phelippe._

_Dans le manuscrit de Sainte-Geneviève décrit par l'abbé Lebeuf_ (Histoire

de l'Académie des Inscriptions, _tome_ XVI, _page_ 172 _et suiv._), _on

trouve les vers suivans, reproduits dans le manuscrit de la Bibliothèque

du Roi coté n° 8395._

Phelippes, rois de France, qui tant ies renommés,

Je te rens le romans qui des roys est romés.

Tant à cis travaillé qui Primas est nommez

Que il est, Dieu merci, parfais et consummez.

L'on ne doit pas ce livre mesprisier né despire,

Qui est fais des bons princes, du régne et de l'empire;

Qui souvent y voudroit estudier et lire

Bien puet savoir qu'il doit eschiver et elire.

Et dou bien et dou mal puet chascuns son prou faire:

Par l'exemple des bons se doit-on au bien traire,

Par les fais des mauvais qui font tout le contraire

Se doit chacuns du mal esloignier et retraire.

Mains bons enseignemens puet-on prendre en ce livre;

Qui vuet des preudes omes les nobles fais ensuivre

Et leur vie mener, savoir puet à délivre

Coment l'on doit au siècle plus honestement vivre.

Rois qui doit tel roiaume gouverner et conduire

Se doit par soy méismes endoctriner et duire,

Loiauté soustenir et mauvaistié destruire,

Que li mauvais ne puissent aus preudes omes nuire.

Li princes n'est pas sages qui les mauvais atrait,

Li maus qui le mal pense fait de loing son atrait;

Et quant il voit son point si à tost fait tel trait

Dont il fait un fort homme mehenié et contrait.

Les preudomes doit-on amer et chiers tenir

Qui volent en tous tems loiauté soutenir;

Car avant se lairoient par l'espée fenir

Que il féissent chose dont maux déust venir.

* * * * *

Ut benè regna regas, per que benè regna reguntur,

Hec documenta legas que libri fine sequntur:

Ut mandata Dei serves priùs hoc tibi presto,

Catholice fidei cultor devotus adesto.

Sancta patris vita per singula sit tibi forma,

Menteque sollicitâ sub eâdem vivito norma.

Ductus in etatem sis morum nectare plenus,

Fac geminare genus animi per nobilitatem.

Si judex fueris, tunc libram dirige juris,

Nec sit spes eris, nec sit pars altera pluris.

Et si bella paras in regni parte vel extrâ,

Certè litus aras nisi dapsilis est tibi dextra.

Cor quorum lambit sitis eris, unge metallo;

Non opus est vallo quem dextera dapsilis ambit.

Clamat inops servus, moveat tua viscera clamor,

Nec minuatur amor dandi si desit acervus.

Non te redde trucem cuique, nec munere rarum,

Murus et arma ducem nusquam tutantur avarum

Militibus meritis thesauri claustra resolve

Allice pollicitis, promissaque tempore solve.

A quel roi Philippe ces vers furent-ils adressés? L'abbé Lebeuf et dom

Bouquet, qui les avoient reconnus dans le seul manuscrit de Ste-Geneviève,

n'ont pas un instant douté qu'ils n'eussent été faits pour

Philippe-le-Hardi. Le cinquième vers latin semble les avoir décidés:

«Sancta patris vita per singula sit tibi forma.»

En me rangeant à leur avis, je dois soumettre aux lecteurs quelques

observations:

1° Ces vers, conservés par deux manuscrits, celui de Sainte-Geneviève, le

plus ancien, et celui de Charles V, le plus recommandable, terminent dans

ces deux leçons, non pas la vie de Philippe-le-Hardi, mais celle de

Philippe-Auguste. Bien plus: dans le volume de Sainte-Geneviève, la main

qui a tracé la vie de saint Louis est évidemment moins ancienne que celle

du scribe des Gestes de Philippe-Auguste et des vers que nous venons de

transcrire.

Si donc le vers latin cité, si les allusions faites par l'ancien traducteur

au règne de Philippe-le-Hardi (voyez, entre autres lieux, le début du règne

de Hugues Capet), ne permettent pas de fixer avant le règne du fils de

saint Louis l'époque de la première compilation françoise de nos _Grandes

chroniques de France;_ d'un autre côté, l'endroit où les vers françois ont

été transcrits et la solution de continuité qui se fait remarquer depuis la

fin du règne de Philippe-Auguste jusqu'au commencement du règne de saint

Louis prouvent que le premier _historiographe_ s'est arrêté avant l'histoire

de Louis VIII, et que c'est à un second historiographe que nous devons la

rédaction des gestes de saint Louis.

Ainsi les vers furent bien adressés à Philippe-le-Hardi par le premier

chroniqueur françois son contemporain; mais l'ouvrage qu'ils accompagnoient

ne se poursuivoit pas encore au-delà du règne de Philippe-Auguste. Voilà

pourquoi je conserve à ces vers la place qu'ils occupent dans les deux

seuls manuscrits où je les aie vus. Quant au traducteur, _qui Primas est

nommé_, j'en parle dans les dissertations qui termineront le dernier

volume.

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 177 / 446 题